En attendant la suite. L’histoire de Paul Atreides, jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s’il veut préserver l’avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l’humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre…

Avec sa réputation de film le plus attendu des deux dernières années, Dune remplit indiscutablement son ambitieux contrat. C’est un spectacle exceptionnel, mais sa dimension même le rend frustrant parce qu’incomplet, Villeneuve ayant décidé très tôt qu’il fallait deux volets pour adapter fidèlement le livre de Frank Herbert. Un parti-pris totalement recevable, mais assombri par une question récurrente: a-t-on vraiment besoin d’un nouveau Star Wars? L’association est inévitable, mais c’est normal, puisque Lucas s’est copieusement inspiré du roman. Villeneuve avait lui-même affirmé son intention de faire un Star wars pour adultes, mais s’il nous a épargné les puérilités assumées par Lucas, il ne pouvait pas échapper au genre lui-même, le space opera, qui nécessite un savoir-faire spécifique. Villeneuve s’est donc fait les dents avec ses deux précédents films de SF, Premier contact et Blade Runner 2049, et l’expérience lui a permis de construire un univers dont la cohérence ne tient pas seulement à la conception d’accessoires et d’effets réalistes (les costumes n’ont pas l’air taillés dans la feutrine, et les vaisseaux ne ressemblent pas à des maquettes en plastique), mais aussi à la façon de les filmer.

Il aurait pu être tenté d’exhiber fièrement ses créations (et certaines sont impressionnantes comme les ornithoptères, des véhicules qui volent comme des moustiques), mais elles apparaissent juste le temps qu’il faut pour remplir leur fonction. Même les colossaux vers des sables, dont la conception a duré des mois et coûté une fortune, ne sont visibles que quelques secondes à l’écran, ce qui ne les rend pas moins redoutables, au contraire. Mais l’effet le plus réussi est la fidélité à l’esprit du roman, indissolublement ancré dans les années 60. En bon apôtre de la contreculture, Frank Herbert avait écrit une satire à peine déguisée du monde occidental exploitant les ressources du Moyen-Orient. L’épice, objet des convoitises de l’empire, était une métaphore transparente du pétrole, et les Fremen, le peuple du désert que Paul Atreides tente de s’allier, étaient ouvertement inspirés des Arabes, depuis leur langage jusqu’à leur mode de vie. On peut aussi voir l’influence sur Frank Herbert de Lawrence d’Arabie, ce visionnaire qui s’était imaginé un destin de fédérateur des tribus arabes. Le même processus est à l’œuvre dans le personnage de Paul Atreides qui, non content d’avoir été élevé depuis son enfance pour diriger, est perçu par la population des Fremen comme un possible libérateur.

En dépit de son apparence d’origin story, qui expose pendant 2h35 les bases d’une histoire qui reste à raconter, ce premier épisode se laisse voir avec plaisir. Il met en place une intrigue complexe impliquant un empire prédateur, tiraillé entre clans rivaux qui multiplient avec une grande violence les intrigues, les alliances et les trahisons. Dans ce contexte où la moindre erreur est fatale, le jeune Paul Atreides (Timothy Chalamet) cherche sa place, protégé par sa mère (Rebecca Ferguson), et guidé par des visions prémonitoires. Mine de rien, on ne voit pas le temps passer, et ce qui pourrait passer pour une très longue exposition est remplie de trouvailles efficaces (le langage non verbal qui unit la mère et son flls), et de scènes spectaculaires: un test d’endurance nerveuse avec une sorcière toxique jouée par Charlotte Rampling, le sauvetage in extremis d’un équipage de moissonneuse menacé par un ver des sables, une séquence de fuite en ornithoptère dans une tempête de sable. À un moment, Paul est soumis à une épreuve qui, dans un parcours initiatique, aboutit à une transformation radicale, et dont on devine que Jodorowsky aurait adoré la filmer. La scène est très forte et élève le film à un niveau supérieur, et c’est à ce moment que Zendaya intervient. Mais, alors qu’elle s’est fait désirer pendant tout le film, n’apparaissant que furtivement dans les rêves de Paul, elle arrive donc pour déclarer que «l’histoire ne fait que commencer». Et le film se termine! C’est assez frustrant, mais assez habile pour donner envie de voir la suite. G.D.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici