Il est des nôôôôtres. Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

La découverte du mois, c’est que Thomas Vinterberg a de l’humour. Il existe une théorie selon laquelle il manquerait à l’homme 0,5g/ml d’alcool dans le sang. Un groupe de chercheurs danois décident de mener l’expérience. Si le pitch est alléchant, attendez de connaitre la suite. Cette théorie, issue des travaux du psychologue norvégien Finn Skårderud vient avec un bonus: le taux d’alcoolémie idéal est bien de 0,5g, mais il est néanmoins possible de le modeler en fonction de son âge, de son sexe et de sa corpulence, il convient donc à chacun de trouver son taux le plus adapté afin de mener une vie au maximum de ses capacités. Cet art de vivre est supposé faire des hommes des êtres doués d’une cognition entière, de l’oreille absolue et d’une forme physique exemplaire. L’alcool ne doit pas être vu comme récréatif mais comme un composant de la vie, consommé de 8h à 20h, du lundi au vendredi. Les week-ends servant à boire de l’eau.

Nul doute que le nouveau Thomas Vinterberg décrochera la timbale au box-office, mais le film affiche aussi son intention de convaincre des spectateurs réfractaires en leur promettant de viser plus haut et plus précis que l’ordinaire du rire bien de chez nous. D’abord en choisissant un casting rassembleur (Mads Mikkelsen; valeur sûre du international, et des talents confirmés du cinéma nordique); ensuite, en affichant une ambition de mise en scène. Raconter une grande expérience qui part en vrille, c’est l’occasion de croiser la symphonie burlesque avec le tableau choral (toute la panoplie des émotions lyriques est présente dans cette école de Copenhague).

La force du cinéma de Thomas Vinterberg réside aussi dans le langage subtil qu’il déploie pour contourner les clichés. L’éclosion a lieu et la personnalité sur qui l’alcool réagit le mieux est le plus équilibré du groupe. A contrario, le moins introverti a du mal à trouver son taux. Heureusement, la phase 3 de l’expérience stimule l’ensemble des personnages. L’affection silencieuse qu’ils se portent dans l’ivresse et leur professionnalisme – digne d’un quatuor scientifique conduisant une expérience cruciale pour l’humanité – parvient à faire oublier la disharmonie dans le nombre de verres à l’heure, et, même, à faire affleurer l’innocence d’une amitié éternelle.

Même si la phase 3 est déconseillée aux jeunes pousses et aux personnes âgés, nous encourageons les intellectuels à se plonger dans cette expérience (représentant plus un travail au long cours qu’une simple murge), en vue de calmer la hardiesse puritaine qui plombe continuellement le débat public et oriente systématiquement les opinions vers les extrêmes. L’un des objectifs du cinéma nous dit Vinterberg est de questionner la «vérité universelle». Une confrontation du même acabit que celle qui opère entre la «raison» et deux verres de vin blanc. S.R.

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