[CRITIQUE] DREAM de Kim Ki-Duk

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Kim Ki-Duk est un cinéaste qui de film en film cherche à se renouveler. Depuis Locataires et surtout Time, il a abandonné les obsessions aqueuses pour écrire des dialogues à ses acteurs afin que leurs personnages posent des mots sur ce qu’ils ressentent. Parfois, sa prolificité l’aveugle aussi ; et c’est manifestement ce qui s’est passé avec Dream. Généralement, dans les couples de ses récits tragiques, l’un aime plus que l’autre et ne reçoit pas l’amour qu’il mérite en retour. Ce qui est intéressant, c’est la notion de point de vue, et généralement on est du côté de celui qui souffre. Dans Dream, l’originalité consiste à utiliser le rêve comme refuge pour un homme et une femme qui ne se sont jamais vus, qui sortent d’une rupture sentimentale et n’arrivent pas à faire le deuil de leur précédente relation. Ils sont interprétés par des comédiens aux nationalités différentes (une actrice coréenne et un acteur japonais) qui ne parlent pas la même langue mais communiquent au-delà des mots. L’essentiel de leur relation réside dans la puissance évocatrice des images. A travers leurs griefs, Kim Ki-Duk capte la rouille intime entre la déchirure et la renaissance, qu’il symbolise un peu naïvement par un papillon. En réalité, rien n’est facile : il y a la rancœur envers celle et celui que l’on a aimé, qui a nourri tant de promesses pendant des années avant de tout couper mais aussi envers celle ou celui qui a pris la place.

Comment faire pour nourrir l’intensité d’un couple durant des années ? Est-il possible d’aimer la même personne toute une vie? Peut-on pardonner à celui/celle qui a trahi? Pourquoi recommencer une nouvelle relation si c’est pour tout détruire? Peut-on retrouver confiance en soi? Kim Ki-Duk rend compte de la dégradation physique et morale dans un écheveau aux allures de labyrinthe proustien où les sens sont prisonniers de leur première fois. Comme toujours, il a beaucoup mis de lui-même dans les situations pour les avoir vécues. Partant du principe que parler de soi revient à parler des autres, Kim Ki-Duk avait tous les éléments pour réaliser un film ultime sur l’amour destructeur, en mêlant le texte et l’image, le sens et la sensation, l’abstraction et l’émotion. Bizarrement, il n’arrive jamais à lui conférer une force inédite et dans le même genre, il n’est pas interdit de préférer L’écureuil rouge (Julio Medem, 1993). Sans retrouver la grâce de ses précédents longs-métrages, le cinéaste coréen laisse apparaître les coutures de son style. Mais on peut se rassurer sur l’avenir de son cinéma en se disant qu’il a réalisé le sublime Locataires après l’échec artistique de L’arc, dont il aurait pu ne jamais se remettre.

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