On Ă©tait ravi de l’adaptation quasi-impossible de Jessie par Mike Flanagan et encore plus de sa mini-sĂ©rie The Haunting of Hill House, toute aussi casse-gueule, oĂą l’on dĂ©celait d’ailleurs encore quelques traces Kingienne dans une structure empruntĂ©e Ă  IT (on aurait pas dit non Ă  un petit switch Muschietti/Flanagan d’ailleurs, wink wink). Cependant, rien de bien excitant de voir le mĂŞme bonhomme s’atteler Ă  l’adaptation de Doctor Sleep, lĂ  oĂą l’on aurait rĂŞvĂ© d’un nouveau Salem ou d’un Rose Madder. Car entendons-bien, s’il y a bien un livre de l’Ă©crivain qui n’avait guère besoin de sequel, c’est bien celui-ci. Et nous voilĂ  donc parti sur une idĂ©e bien vaine: celle de retrouver le plus du tout petit Danny Torrance, toujours affublĂ© de son shining mais orphelin depuis bien longtemps. Baignant dans la sueur et la crasse, l’Ă©pave aux pouvoirs un peu Ă©teints se prĂŞte tout de mĂŞme Ă  une remise Ă  zĂ©ro en arrivant dans une petite ville du New Hampshire. C’est lĂ  qu’il va entrer en contact avec une autre gamine extra-lucide et que les ennuis vont commencer. Une troupe d’outcasts – Ă©voquant la tribu d’Aux Frontières de l’aube (Kathryn Bigelow, 1988) – traverse en effet le pays (et peut-ĂŞtre mĂŞme le monde…) dans l’espoir de chasser les dĂ©tenteurs du shining. Leur but, rallier certains Ă  leur cause mais tuer en majeure partie les captifs, dont ils rĂ©cupèrent l’essence de vie. Bref, autant dire qu’on est très loin du huis-clos arty et labyrinthique de Stanley Kubrick.

Face aux choix de faire encore grincer les dents du King en renouant avec une oeuvre aujourd’hui engloutie par la pop culture (remember la scène dans l’Overlook de Ready Player One) ou de respecter le livre de dĂ©part, Flanagan prend conscience des deux mĂ©dias et tente de mettre tout le monde d’accord, bien que le film se plie tout entier Ă  l’esthĂ©tique du film de 1980. Comme par exemple en prenant compte de l’alcoolisme de Papa Jack, transmis durablement Ă  Danny, tare paternelle surtout sous-entendue dans le film de Kubrick. Ou bien repensez encore au dĂ©tail d’une certaine chaudière… Le travail de fan-service, assez maniaque, s’apparente alors dans la dernière partie du film Ă  un Ă©norme gâteau gourmand qui ravira sans doute beaucoup de fans… et filera une indigestion carabinĂ©e Ă  d’autres. Quoiqu’on en dise, et malgrĂ© quelques vellĂ©itĂ©s, on est heureux d’Ă©chapper Ă  une uncanny valley sordide (mĂŞme si voir l’actrice de Starry Eyes, Alexandra Essoe, imiter Shelley Duvall, a quelque chose de sacrĂ©ment bizarroĂŻde) et on apprĂ©cie de voir la Warner donner les moyens aux ambitions d’une Ĺ“uvre horrifique.

Bien que hantĂ© tout entier par le label rouge Kubrick, Flanagan a conscience de sa commande et ne se mesure jamais Ă  lui en terme d’expĂ©rimentations, prĂ©fĂ©rant nourrir prudemment la mythologie existante, tout comme il le faisait par rapport Ă  The Haunting dans sa sĂ©rie Netflix. On reconnaĂ®t le don du cinĂ©aste Ă  soigner ses personnages autant que ses images, alternant de vraies saillies poĂ©tiques (toute la scène de l’intrusion mentale de la petite Abra est incroyable) et des Ă©clairs de violences frontales qui faisaient si peur aux mini-sĂ©ries 90’s qui saturaient le prime-time de M6. Exemple avec cette scène globalement impensable oĂą le pauvre Jacob Tremblay finit Ă©tripĂ© par une bande de vampires psychiques empressĂ©s de sniffer ses dernières vapeurs de vie! Quel plaisir d’ailleurs d’avoir une mĂ©chante comme Rebecca Ferguson, chapeautĂ©e ici en Stevie Nicks malĂ©fique, ajoutant une saveur presque comics Ă  un film qu’on n’aurait pas imaginĂ© aussi divertissant entre d’autres mains. Tellement, qu’on en oublie une croĂ»te comme It Chapter 2J.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici