[A FLEUR DE PEAU] C’est un petit film, fragile. On y entre sur la pointe des pieds, avec quelques appréhensions quand même. Car sur le papier, Dirty God a tout du projet voyeuriste, franchement limite. L’histoire d’une jeune femme, petite prolotte britannique brûlée à l’acide par son ex, un personnage paumé, perdu, qui doit affronter le regard des autres, avant de se reconstruire, d’apprendre à s’accepter et, peut-être, aimer à nouveau. Le tout interprété par une non-professionnelle, elle-même gravement brûlée. Bref, du storytelling du troisième type.

Quand le film débute, la réalisatrice néerlandaise Sacha Polak filme le corps de son actrice. Ses cicatrices, en gros plans, son corps, sa poitrine, ses bras, comme un champ de bataille, un territoire inconnu, effrayant. C’est effrayant, absolument insoutenable. On pourrait être chez David Cronenberg, à la découverte de la nouvelle chair, mais dès le générique, la jeune cinéaste affiche une incroyable humanité. Elle nous livre le corps martyrisé de Jade, histoire de dire, voilà, contemplez-le, et que l’on n’en parle plus. Un véritable tour de magie cinématographique s’opère alors. Ce corps extra-ordinaire, ces marques, ces stigmates, on les oublie, on passe à autre chose. Car Sacha Polak a du talent et une idée: changer votre regard. Cette vie de douleur, ce chemin de croix vers la lumière, éclairé par Ruben Impens, le chef op’ virtuose de Grave et Alabama Monroe, évoque souvent le cinéma de Ken Loach, dans sa justesse et surtout son honnêteté.

Mais Polak est également une cinéaste impressionniste, elle tente de vous connecter aux sentiments de son héroïne et plusieurs séquences très fortes rappellent les fulgurances d’Andrea Arnold (American Honey). Des images en discothèque, un plan sur des HLM, le jeu avec le masque, des scènes de sexe, la séquence dans la laverie automatique, transforment la chronique sociale en un objet non identifié, un trip viscéral. On se retrouve plongé dans le tambour d’une machine à laver, tourneboulé entre les errements de Jade, ses aspirations à une vie normale, ses galères avec son môme ou sa mère, ses coups de tête, ses espoirs… Le film fonce comme une balle à fragmentation, n’élude rien, pas même la sexualité de Jade. Simple, basique. On en sort vidé, rincé, essoré. Et persuadé que l’on a vu un grand film, d’une immense cinéaste. Et immense directrice d’acteurs.

MARC GODIN

QUI ES-TU VICKY KNIGHT? 
Il faut quand même parler de son interprète, Vicky Knight. Un parcours hallucinant. Vicky Knight a été gravement brûlée à l’âge de huit ans dans un incendie où ses cousins ont perdu la vie. Elle a vécu pendant 15 ans un enfer au quotidien, avec les passants qui la dévisagent dans la rue comme un animal, une bête de foire qu’ils menacent de brûler à nouveau, les passages à tabac après l’école… Avant de débuter le tournage, son premier film, elle avait baissé les bras, ne souhaitait plus vivre. Dire qu’une actrice est née est un doux euphémisme. Elle est belle. Simplement sublime. Comme ce grand film. Simplement sublime. M.G.

 

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