[PERFO OSTENTO] Mise Ă  mal par une mission sous couverture des plus pĂ©rilleuses, Erin Bell (Nicole Kidman) est devenue une femme borderline, fĂąchĂ©e avec sa fille, dĂ©pressive et fatiguĂ©e. Et quand le gang qu’elle infiltra refait brutalement surface, Erin se met en tĂȘte de retrouver son leader, le sadique Silas (Toby Kebbell) et de l’éliminer. De ces prĂ©misses de polar pur et dur, la rĂ©alisatrice Karyn Kusama (dont c’est le cinquiĂšme long-mĂ©trage) tire un vĂ©ritable chemin de croix, une errance existentielle dans le dĂ©dale urbain de Los Angeles, dĂ©jĂ  thĂ©Ăątre de tant de polars et films noir. Le visage lourdement maquillĂ©, Kidman semble toujours sur le point de plier, traĂźnant son corps tel un mort-vivant au milieu d’un monde qui ne lui inspire que le dĂ©goĂ»t et le mĂ©pris. Un chemin de croix qui devient hĂ©las trĂšs vite celui du spectateur, tant il sera compliquĂ© de faire la part des choses entre les quelques moments touchants du film et les multiples lieux communs du genre que la rĂ©alisatrice Ă©grĂšne pendant deux heures.

S’articulant autour d’une double intrigue (la mission sous couverture d’Erin il y a plusieurs annĂ©es s’amalgame avec l’enquĂȘte sinueuse qu’elle mĂšne aujourd’hui), Destroyer en fait souvent des tonnes, surlignant inutilement chaque Ă©motion et chaque accĂšs de rage des personnages. On sent bien que Kusama veut prendre aux tripes le spectateur, mais tout cela s’avĂšre au final assez vain comme cette scĂšne de masturbation forcĂ©e, rĂ©pugnante mais gratuite. Il reste malgrĂ© tout quelques beaux moments dans le parcours christique d’Erin, mais trop peu pour offrir au spectateur la respiration nĂ©cessaire pour encaisser une telle noirceur. Une dĂ©marche similaire Ă  celle de Michael Mann, qui recherche dans l’abondance factuelle du scĂ©nario une poĂ©sie mĂ©lancolique, aurait semblĂ© plus pertinente (cf. la sĂ©quence du baiser entre Amy Brenneman et Robert De Niro dans Heat).

Pour autant, difficile de ne pas souligner l’intelligence du dĂ©nouement. A partir de la sĂ©quence du diner qui oppose la mĂšre ratĂ©e qu’Erin est devenue Ă  sa fille revĂȘche, le film se libĂšre enfin de son pathos policier. Les quinze derniĂšres minutes amĂšnent leur lot de rĂ©vĂ©lations et redistribue les cartes. Un chamboulement bienvenu qui offre Ă  Kidman l’occasion d’adoucir enfin son jeu, jusque-lĂ  trĂšs rigide et permet Ă  la rĂ©alisatrice d’achever son histoire par un bel effet de boucle (les premiers et derniers plans du film se rĂ©pondent, achevant le parcours cyclique du personnage). Malheureusement, ce moment de grĂące final arrive trop tard pour sauver l’ensemble, qui ne dĂ©passe jamais le simple thriller moyen et clichetonneux.

ALEXIS ROUX

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