[CRITIQUE] DESIGNE COUPABLE de Kevin Macdonald

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Présumé innocent. Capturé par le gouvernement américain, Mohamedou Ould Slahi est détenu depuis des années à Guantánamo, sans jugement ni inculpation. À bout de forces, il se découvre deux alliées inattendues: l’avocate Nancy Hollander et sa collaboratrice Teri Duncan. Avec ténacité, les deux femmes vont affronter l’implacable système au nom d’une justice équitable. Leur plaidoyer polémique, ainsi que les preuves découvertes par le redoutable procureur militaire, le lieutenant-colonel Stuart Couch, finiront par démasquer une conspiration aussi vaste que scandaleuse. L’incroyable histoire vraie d’un combat acharné pour la survie et les droits d’un homme.

Le 29 juin dernier, disparaissait Donald Rumsfeld, en toute discrétion. Pourtant, il est responsable du déclenchement de la guerre en Irak qui a fait des dizaines de milliers de morts, a déstabilisé durablement la région et rendu le monde encore pire qu’avant. Il est surtout le principal artisan de la torture institutionnalisée à Abou Graib et à Guantánamo. Sans citer directement Rumsfeld, Désigné coupable lève un coin du voile sur cette zone d’ombre en dehors des lois et des frontières. Le film est adapté des mémoires du Mauritanien Mohamedou Ould Slahi, interné en toute illégalité pendant 14 ans à Guantánamo sans inculpation ni procès. À cette époque, les Américains avaient besoin de remplir leurs prisons pour montrer qu’ils luttaient contre le terrorisme, mais comme ils manquaient cruellement de ce qu’ils appellent l’intelligence, c’est-à-dire de renseignements, ils ont arrêté qui ils ont pu sur la foi d’informations souvent inexistantes. Slahi fait partie de ceux-là. Comme il avait eu des liens avec Al Qaïda à l’époque où l’organisation était alliée avec les États-Unis, il a été soupçonné de complicité dans le recrutement des terroristes du 11 septembre. Et donc le voilà à Guantánamo.

Kevin McDonald raconte son histoire de trois points de vue différents: celui de Slahi (Tahar Rahim), celui de l’avocate Nancy Hollander (Jodie Foster) qui a entrepris de le défendre, et celui du procureur militaire Stuart Couch (Benedict Cumberbatch). Moins inspiré que dans Le dernier roi d’Écosse, McDonald cherche à montrer aussi clairement que possible le déroulé des faits, qui ne sont pas franchement fascinants. Jodie Foster se heurte à un mur d’opposition bureaucratique (double langage, dissimulation) destiné à retarder le moment où elle découvrira les preuves de ce que tout le monde soupçonne: Slahi, comme la plupart des autres pensionnaires de Gitmo, est détenu sans avoir été inculpé, et le seul élément contre lui est une confession obtenue sous la torture, donc non recevable. Parallèlement, le procureur passe par les mêmes difficultés et aboutit à la même conclusion.

L’approche factuelle, plate et convenue, est rattrapée grâce à une interprétation énergique. Jodie Foster, qui se fait quand même assez rare (un film tous les 3 ans), a dû choisir le rôle par conviction, et elle n’en manque pas lorsque son personnage dit: «Je ne le fais pas seulement pour défendre mon client, mais pour que la justice s’applique». Cumberbatch est un peu desservi par la simplicité du traitement de son procureur qui, après s’être engagé avec une certaine motivation pour faire condamner un terroriste, démissionne parce qu’il s’est rendu compte que les méthodes de l’accusation ne sont pas compatibles avec l’idée qu’il se fait de l’Amérique. Le vrai phénomène, c’est Tahar Rahim, qui joue avec la même intensité un personnage aux antipodes de celui qu’il incarnait dans Le serpent. Malgré les épreuves, Slahi cherche à garder l’esprit alerte, et peut-être que ce qui l’a sauvé de la folie et du désespoir, c’est de faire preuve d’empathie, notamment vis-à-vis de sa famille et de ses codétenus, plutôt que de s’apitoyer sur son sort. L’interprétation qu’en donne Rahim est la principale raison de voir ce film qui autrement, n’arrive jamais à dépasser ses bonnes intentions. G.D.

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