[CRITIQUE] DERNIER TRAIN POUR BUSAN de Sang-Ho Yeon

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Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité… Avec le formidable Toni Erdmann, également en salles ce mercredi, vous ne trouverez rien de plus divertissant pendant cette période estivale que ces quasi deux heures passées dans ce Dernier train pour Busan. Comme nous, vous allez préférer les zombies dans le train aux serpents dans l’avion. Non seulement ce thriller remplit pleinement son cahier des charges (pas une seconde d’ennui) mais surtout il révèle Sang-Ho Yeon, jeune réalisateur coréen sur les traces de Bong Joon-ho qui s’était jusque là distingué pour ses films d’animation délirants (The Fake, The King of Pigs, très vus en festivals et inédits dans l’Hexagone) et qui, aux commandes d’un film live pour la première fois – plus précisément la suite de son Seoul Station qui était un film d’animation – est capable d’obtenir des miracles de mise en scène, en particulier de fluidité dans les mouvements de caméra et d’aisance dans la gestion de l’espace.

Ici, c’est la méthode de l’effacement pour mettre en valeur l’action, soit ce qui se passe à l’écran, ce qui anime le plan: pas un effet pour se faire plaisir et jouer au petit malin mais au contraire une nécessité de tout mettre généreusement en œuvre pour que le spectateur en ressorte éprouvé, sens dessus dessous. Ainsi, toutes les scènes s’enchaînent en obéissant à une logique paranoïaque: qui va y passer le premier entre le père qui ne s’occupe pas de sa fille, le beauf qui refuse d’ouvrir mais qui dans l’action se révèle le plus fiable et le plus attachant, la femme enceinte, la vieille qui perd sa meilleure amie? Et le film d’alterner très efficacement les moments calmes de suspension, d’attente et de réflexions (sur l’entraide, sur l’altruisme, sur le sacrifice, sur l’abnégation, sur la filiation, sur le groupe, sur les clivages sociaux, sur le monde de la finance…) pour que le spectateur reprenne son souffle et les séquences d’action survitaminées pour avoir ce même souffle coupé. Preuve supplémentaire de la réussite totale de cette entreprise qui ne prend jamais celui qui la regarde pour un idiot: si ce film multi-genre nous fait passer par tous les états émotionnels envisageables (rire, larmes, frisson), c’est aussi et surtout parce que chacun s’identifie aux différents personnages dans des conditions aussi extrêmes. Faites-nous confiance, en termes de film d’été, c’est exactement ce que vous avez envie, et ce que vous avez besoin, de voir.

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