La France queer et chaos existe-t-elle au cinĂ©ma? Durement, mollement, discrètement. N’importe comment. Dans la mĂ©moire grand public Ă©merge des images difformes comme La cage aux folles, PĂ©dale Douce, Chouchou,  Epouse-moi mon pote: des succès oui, mais Ă  quel foutu prix? Dernièrement, Les crevettes pailletĂ©es ont tentĂ© de remettre les pendules Ă  l’heure. Moui. D’un patrimoine portant en son sein des personnalitĂ©s telles que Jean Genet, Mireille Havet, Guillaume Dustan, Monique Wittig, Violette Leduc ou Jean Cocteau, qu’en fait-on? Finalement peu de choses. Mais depuis quelques annĂ©es, l’effervescence de la culture drag (queen or king), la puissance grandissante de l’emporwement queer et une nouvelle visibilitĂ© des corps n’ont de cesse de prendre de l’ampleur. HantĂ© par les ombres de Magdalena Montezuma ou d’Ingrid Caven tout en gardant un Ĺ“il sur la Trilogie du samedi, Alexis Langlois fait partie d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration dont l’Ă©clectisme Ă©claboussant et l’impertinence sassy offrent quelque chose d’indĂ©niablement nouveau dans un paysage en pleine mutation.

Dans une dĂ©cennie qui a portĂ© Yann Gonzalez et Bertrand Mandico, d’autres enfants chaos commencent Ă  sortir leur premier cri. Dès son entrĂ©e dans le monde du court-mĂ©trage, Langlois impose dĂ©jĂ  des visions malaxant le ketchup et le strass, s’entourant d’une petite bande (dont le quatuor Nana Benamer/Naelle Dariya/Raya Martigny/Dustin Muchuvitz et sa sĹ“ur Justine) comme ses modèles Fassbinder et Waters, tout en convoquant un imaginaire «millennial» et camp Ă  la fraĂ®cheur acide. Après Mascarade (2012) et Je vous rĂ©serve tous mes baisers (2014), il passe Ă  la vitesse supĂ©rieure en 2016 avec Fanfreluches et idĂ©es noires, semi-happening rĂ©jouissant (et plus belle rĂ©ussite de son auteur) oĂą la camĂ©ra frĂ´le (tous) les corps d’une after queer qui dĂ©rape. Du Jack Smith 2.0 dans un 40 m² parisien, beau comme un rimjob sur du Dalida. S’ensuivra A ton âge le chagrin est vite passĂ© (2017) comĂ©die musicale très drĂ´le sur un sujet très triste foutant Jacques Demy, Liza Monet et Jena Lee dans un mixer. Le tout dans un joyeux bordel ou acteurs cis et trans s’Ă©changent leur genre au grĂ© des scènes.  Et puis comme nous dĂ©vorons le fruit Ă  pleine dents, nous voici au noyau: De la terreur mes sĹ“urs, dernière exaction en date du bonhomme et vainqueur du grand prix du court-mĂ©trage au dernier FIFIB. Derrière des images faisant craindre une Ă©nième parodie de slasher, cette recrĂ©ation queer aux dents acĂ©rĂ©es croque quatre copines trans (la mĂ©lancolique, la truculente, l’amazone et la hackeuse) sirotant leurs dĂ©boires Ă  la table d’un bar. Quelques regards hĂ©tĂ©ros très mal placĂ©s et hop, les demoiselles s’imaginent dix mille façons de latter les couilles aux intolĂ©rants: partouze pâtissière, rĂ©volte anar ou vengeance musclĂ©e, dans un esprit convoquant on l’aura bien devinĂ© le pape du trash et Russ Meyer.

En vingt minutes, Langlois pousse tous les curseurs de la vulgaritĂ© et de la dĂ©glingue jusqu’Ă  tirer une rĂ©flexion pas des plus tendre (Laurence Anyways n’est pas Ă©pargnĂ©!) sur la place des personnes transgenres dans le cinĂ©ma. Auscultant le vomi transphobe, les agressions quotidiennes ou l’intolĂ©rance au sein mĂŞme de la communautĂ© LGBT, Langlois rĂ©pond au dolorisme habituel (coucou Girl) par un beau fuck, oĂą l’on choisit de briller plutĂ´t que de sombrer. Plus didactique certes que son Fanfreluches et idĂ©es noires, l’énergie vacharde et l’insolence qui y coulent de partout feraient baisser les yeux Ă  une majoritĂ© de comĂ©dies françaises. Le dĂ©but d’une Ă©popĂ©e pour Shady Langlois, dĂ©jĂ  sur un prochain court (Les dĂ©mons de Dorothy), un clip (avec Perez) et mĂŞme un long-mĂ©trage (Les reines du drame)!

Le court-mĂ©trage sera projetĂ© en exclusivitĂ© au MK2 Beaubourg pendant une semaine, du 27 novembre au 3 dĂ©cembre, en prĂ©sence du rĂ©alisateur et, le 28 et le 3, de l’Ă©quipe

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