[CRITIQUE] CREED 2 de Steven Caple Jr

1
332
Quand tu joues Ă  The Eye of The Tiger

[VICTOIRE PAR CHAOS] Exception faite d’un cinquième opus franchement raté, la saga Rocky a toujours brillé par sa longévité, sa finesse et sa cohérence. Plusieurs années après un sixième chapitre déjà censé refermer la marche, Creed débarquait quelque peu comme un cheveu sur la soupe pour finalement s’imposer comme une œuvre solide, brutale et bouleversante, menée tambour battant par un Ryan Coogler virtuose. Un achèvement inattendu mais nécessaire pour la mythologie sportive créée par Sylvester Stallone en 1976. Mais alors que sort aujourd’hui ce deuxième spin-off, la même question se pose de nouveau, quatre ans après: comment prolonger dignement une œuvre aussi conclusive ?

Reprenant à la fois l’intrigue de Rocky III (un outsider terrasse le champion, doit désormais retrouver son humilité et réapprendre la dureté de la vie pour défendre son titre) et celle de sa suite (le champion doit venger la mort d’un proche en affrontant son bourreau), Creed II paraît de prime abord bien fragile dans sa narration. Le film fonctionne durant toute sa première partie sur un faux-rythme très perturbant, expédiant les scènes sur lesquelles il devrait s’attarder tandis que d’autres s’étalent inutilement. Et si le casting empêche le tout de s’écrouler dès maintenant (Stallone est comme toujours habité par la tristesse existentielle de Rocky), Adonis Creed paraît quant à lui beaucoup trop lisse et Michael B. Jordan peine à lui donner l’épaisseur nécessaire. En bref, la mayonnaise a du mal à prendre durant cette première (grosse) demi-heure, et ce n’est pas très rassurant. Qu’à cela ne tienne, c’était sans compter sur la finesse d’écriture du film (Stallone a participé à l’élaboration du scénario, ce qui n’y est peut-être pas étranger). En effet, il suffit à ce Creed II d’attaquer son deuxième acte pour nous asséner un uppercut émotionnel salvateur.

Délocalisée pour l’occasion, l’intrigue abandonne la grisaille réconfortante de Philadelphie au profit d’une Los Angeles écrasée par le soleil, les grands espaces désertiques voire même, pour quelques instants, la froideur bleutée d’une Russie désœuvrée. L’histoire prend en effet une tournure amère, marquée par la nostalgie, le poids des regrets et la peur de l’avenir qui sied parfaitement à ce type d’environnements inhospitaliers. A ce titre, le personnage d’Ivan Drago (Dolph Lundgren) se révèle vite un des plus touchants du film. Derrière son monolithisme de circonstance se cache une blessure irréparable, celle d’un ancien champion humilié, déshonoré, qui transfère sa frustration sur son fils – un jeune boxeur possédé par la colère mais qui s’avèrera vite colosse aux pieds d’argile. Il va sans dire qu’on ne s’attendait pas à voir là l’un des meilleurs développements de personnages de la saga.

Il en va de même pour Rocky et Adonis, enfin revigoré par son entraînement titanesque (peut-être le plus outrancier et jouissif de tous). Tout comme Drago et son fils, le tandem Balboa-Creed devra faire le deuil du passé sans laisser la rancœur et la tristesse achever de gâcher leur vie, présente ou future. Côté mise en scène, le film n’est pas en reste, même si l’absence de Ryan Coogler se fait malheureusement ressentir (celui-ci aurait sûrement évité l’esthétique clippesque dans laquelle se complaît parfois ce deuxième opus). Filmant les combats avec une nervosité sans égal, le film reste toujours lisible et offre quelques beaux moments de bravoure, qu’ils soient spectaculaires (l’entraînement en plein désert, le combat final) ou beaucoup plus intimistes (les scènes d’hôpital). Car dans tout bon film Rocky qui se respecte, le combat le plus dur est toujours celui qui se déroule hors du ring.

Au final, Creed II surprend autant qu’il réjouit, malgré un début très monotone. Associant une atmosphère souvent planante avec une énergie sauvage, le film parvient non seulement à offrir une fin en apothéose au personnage central de ces deux spin-off mais aussi et surtout à achever la franchise dans son ensemble, tant narrativement que thématiquement. Après huit long-métrages et au vu d’une scène finale très sobre qui devrait mouiller les yeux des plus récalcitrants, une chose est maintenant certaine: il est temps de dire au revoir à Rocky et à son univers. Une page a été tournée.

ALEXIS ROUX

1 COMMENT

  1. Je suis dĂ©solĂ© mais ce film est catastrophique comparĂ© au premier film, si inspirĂ©, rĂ©alisĂ© par Ryan Coogler, absent pour cause de Black Panther . Tout y respire le “remake” paresseux, on s’ennuie ferme Ă  l’image de Rocky qui n’a plus que pour seule envie de parler Ă  la pierre tombale de sa femme et de s’intĂ©resser Ă  un lampadaire . La relation de Lundgren avec son fils aurait pu dĂ©tourner le film vers une approche plus “tough” mais au final tous ces boxeurs ne restent que des “mummy’s boys” et cette guimauve gluante pourrit le message de nous prĂ©senter une dĂ©finition juste de ce qui anime un vĂ©ritable boxeur et de la prĂ©paration nĂ©cessaire pour y parvenir. C’est vraiment dommage…

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here