[OUH LA LA] Neuf ans qu’on Ă©tait sans nouvelle de Bertrand Blier. Après Le Bruit des glaçons, le metteur en scène avait notamment tentĂ© d’adapter un de ses romans, Existe en blanc, l’histoire d’un serial killer belge obsĂ©dĂ© par les soutiens-gorge, avec BenoĂ®t Poelvoorde et MaĂŻwenn. Las, le projet resta en l’Ă©tat. Pour se rĂ©-imposer dans le circuit, Blier s’entoure donc aujourd’hui d’un convoi plus exceptionnel, du moins sur le papier: Christian Clavier et GĂ©rard Depardieu. Deux Gaulois invincibles, et redoutables anges gardiens, permettant Ă  l’auteur des Valseuses, Trop belle pour toi et autre Tenue de soirĂ©e de convaincre enfin les investisseurs nĂ©cessaires pour… Pour quoi, en fait? Et bien pour pas grand-chose, c’est ça le problème.

D’emblĂ©e, Blier nous met face Ă  ses principaux personnages, Foster et Taupin, qui attendent de recevoir les pages d’un scĂ©nario – totalement creux – avant d’agir. Et cette attente, le spectateur la subit aussi. Ça dĂ©marre sur les chapeaux de roue – le meurtre gratuit d’un homme – puis, plus rien: Foster et Taupin vont dans un cafĂ© commander une bière mais on la leur refuse, Foster et Taupin se retrouvent devant une boulangerie Ă  quatre heures du matin et font la connaissance d’une femme qui mange un croissant, Foster parle de son Ă©pouse, Taupin tombe dans des escaliers, Foster et Taupin boivent un Cognac, etc, etc, etc. Et dans l’ombre, une armĂ©e de scĂ©naristes Ă©crivent, sans savoir comment tout cela va s’achever… Nous, on sait: par un bide cinglant!

DĂ©solĂ©, Bertrand. Le potentiel Ă©tait gigantesque, et, en dĂ©finitive, il ne rĂ©sulte de ce long-mĂ©trage que d’infimes envolĂ©es dialoguĂ©es – le minimum, pour un Blier: Ă  propos du «cul de Josette» par exemple, ou lors de cette sĂ©quence, extraordinaire, oĂą Depardieu explique comment cuire un poulet – on se demande cependant si son monologue n’est pas improvisĂ©, ce qui serait un comble. Bref, les acteurs – très (voire trop) nombreux – sauvent la mise. Convoi exceptionnel nous rappelle d’ailleurs Ă  quel point le cinĂ©ma français regorge de talents – il est toujours bon de le souligner: ainsi, mille bravos Ă  Farida Rahouadj, Alexandra Lamy, Audrey Dana, Philippe Magnan… et surtout Ă  Christian Clavier. Il serait temps pour lui de poursuivre dans cette direction, sous rĂ©serve d’un meilleur script. Car ce buffet-lĂ  manque cruellement de consistance, et, pire encore, il sent parfois le rĂ©chauffĂ©. PrĂ©parez vos mouchoirs, la dĂ©ception est rude.

GILLES BOTINEAU

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