[OH OH OH JOLIE POUPÉE!] A dire vrai, on craignait le retour de la poupée joufflue. Don Mancini, le scénariste original, n’est plus de la partie, l’embargo presse interdisant toute critique avant le jour même de la sortie et une armada de teasers trop explicatifs avaient fini de nous rendre plus que sceptiques sur ce reboot d’une saga essoufflée depuis longtemps. On avait tort. Le jouet rouquin revient très en forme pour nous offrir un divertissement drôle et gore comme au bon vieux temps. Child’s Play édition 2019 est donc une relecture moderne du film orignal (un peu du second opus aussi) qui pioche avec intelligence dans les meilleures idées de son modèle. La poupée qui tue n’est plus possédée par l’esprit d’un psychopathe adepte du vaudou. Chucky est aujourd’hui un objet ultra connecté, capable d’interagir avec le monde qui l’entoure et d’apprendre grâce aux ressources infinies d’internet et du cloud. Malheureusement, c’est une version piratée par un pauvre employé surexploité qui va atterrir dans le foyer de notre héros Andy. Celui-ci, bien que s’apercevant très vite que son nouvel amis robotique dispose de beaucoup plus de liberté de parole et de réaction que la normale, va tout de même laisser le jouet devenir son «ami» capable d’apprendre à le connaître dans les moindres détails pour le meilleur et bien évidemment pour le pire.

Ce qui est très réjouissant, lors du visionnage de La poupée du mal, c’est la très agréable sensation d’harmonie palpable durant une heure trente. Le réalisateur, qui signe son second film, a bien compris comment conjuguer les obligations de mise en scène d’un film de studio avec l’élégance et l’inspiration d’une œuvre indépendante. Les plans très symétriques sur Andy, garçon un peu insociable et «différent» et les décadrages des autres personnages avec qui lesquels il a du mal à communiquer. Le choix des couleurs ramène au bon souvenir du bis italien et on a l’impression que chaque personnage évolue dans des boites, que ce soit les appartements, les voitures, les magasins à l’instar du packaging où se love notre chère Chucky. La mise en exposition des personnages principaux (convaincants, bien que caricaturaux) est longue mais toujours très dynamique et ne rend pas laborieux le basculement inévitable dans l’horreur. Et question horreur, la générosité dans le gore et l’humour noir est au rendez-vous. Le summum étant atteint lors d’une scène de massacre général dans un supermarché qui n’a rien à envier à la folie du dernier épisode de Puppet Master. Enfin, là où Child’s play fait génialement mouche, c’est dans l’utilisation subtile et limitée d’effets spéciaux CGI au profit de la méthode artisanale et «animatronique» mille fois plus efficace. Il y a même un brin d’émotion dans cette histoire mère-fils un poil cucul et de jouet obsédé par son propriétaire. De quoi ravir Xavier Dolan, qui avait encensé Ça à l’époque, autre revival de la même époque. Preuve que les majors ont bien cerné les attentes d’aujourd’hui question horreur grand public et savent s’entourer de réalisateurs dociles mais talentueux. Ne manquent au final que les frissons et un traitement moins ingrat des personnages secondaires sous-exploités pour nous convaincre totalement. Mais le plaisir coupable et gentiment chaos reste bien garanti, bien au-delà de nos maigres espérances.

GUILLAUME CAMMARATA

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