Même plus peur, satané clown
Même plus peur, satané clown

[ÇA VAUT PAS UN CLOWN] Alors qu’on imaginait le chapitre 2 de Ça tourné à la queue-leu-leu voire quasiment en même temps que le premier volet, il a fallu s’armer de patience pour voir la chose se mettre en place. Lancé comme un essai kamikaze, le premier film avait ramassé assez de sous pour permettre à la suite de prendre vie. De quoi sous-entendre qu’en cas d’échec, le bidule serait resté inachevé. En réalité, on aurait préféré vu le résultat…

Ceux qui ont lu le livre le savent bien: c’est la première adaptation tv (Il est revenu de Tommy Lee Wallace avec Tim Curry) qui s’était octroyée l’idée de redécouper la structure en chassé-croisé temporel du roman, pour redistribuer les époques chronologiquement. Un concept fort risqué puisque l’épopée des personnages adultes, bien moins intéressante et percutante en stand-alone, se retrouvait isolée dans une deuxième partie laborieuse et grotesque. La peur, la vraie, cisaillait alors la venue de ce second volet (annoncé dans un long teaser spoilant une des rares bonnes scènes du film): Andy Muschietti a beau avoir eu davantage de budget et de confort à la clef, il lui manquait cette précieuse pression qui circulait dans les veines du premier film mais surtout le squelette – solide – du premier script de Cary Joji Fukanaga et de Chase Palmer. En l’état, la plume a été chapardée par Gary Dauberman (gloups…), connu pour s’être aventuré sur les terres d’Annabelle. Vous aussi, vous les sentez les mauvaises vibes? Les frissons de l’incertitude? Sachez que ce n’est que le début…

C’était prévu et ça n’a pas coupé, le même défaut qui grignotait la première adaptation de Tommy Lee Wallace au début des années 90 refait donc surface ici: face à des adultes, désemparés certes, mais des adultes quand même, Pennywise fait indéniablement moins peur. Et ce n’est que la première marche de l’escalier de la déception. Le deuxième faux pas revient quant à lui au traitement du club des losers, tous diablement rafraîchissants dans le premier volet, cruellement mécaniques dans le second. Quand ce ne sont pas les acteurs eux-mêmes (Jessica Chastain a beau se salir en faisant croire qu’elle n’est pas dans une pub Chanel, rien n’y fait, on pense toujours à l’incroyable Sophia Lillis, et James McAvoy ne peut plus s’empêcher de cabotiner, poursuivant en vociférant ce qui semble être le seul gamin de Derry à la ronde), c’est l’écriture des personnages, tous traités par dessus la jambe, qui prend l’eau. Bill Hader, le seul manifestement éveillé, maintient le cap comme il peut en enchaînant les vannes. Pour l’émotion, assénée au burin, on repassera aussi. Tout ça foutu en l’air par un film presque aussi long que la mini-série (3 heures, on le rappelle) auquel il succède!

Reste une scène assez glaçante où notre bitchy Xavier Dolan ouvre le bal en première victime du clown: sensation de malaise sans doute générée par le fait de voir une agression homophobe aussi violente représentée dans un film d’horreur «grand public»… sans qu’elle soit toutefois connectée à son sens premier, à savoir comment la corruption de la ville de Derry nourrit aussi la créature maléfique. C’est là une autre strate malheureuse de cette suite: de nombreuses subtilités marquantes du roman sont littéralement bazardées, en particulier la tempête destructrice censée servir d’apothéose. À la place, Muschietti et Daube-man alignent des raccourcis à la masse (le coup des artefacts ou le flash-back des origines de Ça, d’une laideur sans mesure…) et des inventions improbables avec des scènes d’apparitions grotesques, véritable foire aux monstres géants très éloignée de l’esprit malaisant du roman ou du premier film. Mamie Mama (Muscietti se cite sans complexe, on est content pour lui), Spiderhead baveuse (coucou The Thing? Alors, pas d’inspi?), loulou de Poméranie et scène de vomi sur du Juice Newton: rien ne va, mais alors rien de rien.

Et si on s’est beaucoup moqué de la forme finale de Pennywise et de sa mise à mort dans le téléfilm, imaginez donc: c’est encore pire ici. De son côté, le grimaçant Bill Skarsgård attend la prochaine couche de CGI sans s’inquiéter d’apporter quoique ce soit de nouveau au personnage ou à son jeu. Et dans les changements infimes, même les départs du premier chef op (adieu la photo gloomy et ténébreuse photo de Chung-hoon Chung) ou du directeur artistique Claude Paré, se ressentent par tous les pores; de ce parc d’attraction ne servant à rien en passant par l’absence de visions d’horror-fantasy comme aimaient à en composer le premier film, l’ambition semble au niveau zéro. Vidé de la beauté crépusculaire du livre, de sa maturité et de ses terreurs d’outre-tombe, presque digne du plus mauvais des Freddy: la bonne surprise du premier a laissé place, pour la suite, au film d’usine. Pas de quoi rire.

JEREMIE MARCHETTI

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