[CRITIQUE] BUÑUEL APRÈS L’AGE D’OR de Salvador Simó

Buñuel l’emmerdeur, Buñuel le provocateur. Le chaos avant le chaos. Alors quand on apprend l’existence d’un biopic animé, on se dit SI SENOR. Et puis on déchante un peu. Un peu, pas beaucoup. Car il s’agit, non pas de la vie – sûrement much chaos – de Buñuel qui est retracée, mais le tournage de son incroyable Terre sans pain. Nous sommes à la fin des années 20, L’âge d’or vient de faire scandale, l’église voit le bonhomme d’un mauvais œil, et celui-ci part se «racheter» vaguement avec ce documentaire poignant et morbide sur les paysans oubliés des Hurdes. On ne reviendra pas en détail sur le film lui-même, qu’il vaut voir pour le croire, mais le pari d’entreprendre son making-of est, il faut l’avouer, assez passionnant. Salvador Simó retranscrit sans trop en faire tout le mystère du personnage Buñuel, son espièglerie, sa pudeur, mais aussi sa cruauté, en particulier lorsqu’il n’hésite pas à faire souffrir des animaux pour les besoins du film. La manipulation du réel, qui était au cœur de Terre sans pain, est ici ouvertement traitée, avec cette volonté de réel «surréel» voulu par Buñuel au détour de mises en scènes ou de réarrangements très spéciaux. Si le spectacle est agréable et tout à fait officiel, avec l’utilisation des images du film d’origine même, il est aussi beaucoup trop académique pour marquer. Le dessin, rigide, sans aspérité, lumineux et fade, se marie très mal avec l’univers du grand surréaliste. Ce que viennent confirmer de nombreuses scènes oniriques ou d’hallucinations hélas bien décevantes, et très très loin de l’imaginaire du réalisateur. En bref, ce n’est pas Viva la Muerte ou La danse de la réalité, soit les films autobiographiques des deux enfants les plus légitimes de Buñuel (Arrabal et Jodorowsky) mais on passe un bon moment, presque mignon. Un peu trop sans doute… J.M.

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