Ouvre les yeux. Greg est un homme brisé, atteint d’un manque profond, celui de ne pas vivre la vie qu’il souhaite dans une demeure de rêve, sa dreamhouse, qu’il ne cesse de dessiner de manière obsessionnelle, même sur son lieu de travail. Alors qu’il commet un crime, il rencontre Isabel, une sans-abri qui lui révèle que le monde dans lequel il vit est une simulation, et que, comme elle, il peut agir de manière surnaturelle sur ce qui le compose (faire léviter des objets, faire chuter des gens, allumer ou éteindre des bougies à distance). D’abord sceptique, il se laisse ensuite entraîner, avant de basculer dans une autre réalité, qui serait la vraie vie, un monde débarrassé de la pauvreté, du labeur, dans lequel les gens ne font que profiter de la vie. Cependant, ses habitants s’ennuient tellement qu’ils ont besoin de retrouver des émotions négatives grâce à la simulation inventée par Isabel, afin de raviver leur ferveur perdue.

Cahill reloaded. On le sait, Mike Cahill a du talent. Compère du duo Brit Marling – Zal Batmanglij, le réalisateur et scénariste partage le même intérêt qu’eux pour la SF indé, plus intello que spectaculaire – même si l’extraordinaire saison 2 de The O.A. a su faire le pont entre les deux. Auteur de deux fables SF émouvantes et originales, Another Earth et I Origins, hélas mollement mises en scène et peu passionnantes, il revient sur Prime Video avec une production Amazon Studios, Bliss, portée par un couple d’acteur prestigieux, Owen Wilson et Salma Hayek. On retrouve dans Bliss le même amour pour la SF embourgeoisée que dans les précédentes réalisations de Mike Cahill. Le concept a des airs de Matrix inversé. D’ailleurs, Bliss et le film des sœurs Wachowski s’ouvrent dans les mêmes bureaux déprimants et usent du même procédé de pilules/cristaux comme révélateurs des secrets du monde factice. La différence, c’est que le film de Mike Cahill joue la carte du vertige, de la confusion des réalités, au point qu’une réalité finit par envahir l’autre – même si on a très peu de doute sur la primeur d’une réalité (le «monde réel») sur l’autre (la «simulation»).

Hélas, Bliss peine à passionner, souffre de la même mollesse que les prédécesseurs longs de son auteur. En effet, il arrive après de nombreux films mieux mis en scène sur le même sujet: revoyez Matrix ou Ouvre les yeux, réalisés il y a des décennies, ça enterre Bliss. Sa seule vraie force, on la trouve chez Owen Wilson, jouant ici une sorte de double du personnage qu’il incarnait dans Minuit à Paris de Woody Allen, dix ans plus tôt. Avec sa dégaine d’ex-beau gosse accablé par le spleen, l’acteur, qui se fait aujourd’hui plus rare sur les écrans, apporte une plus-value émotionnelle au film de Mike Cahill. A tel point qu’on se dit finalement que Bliss aurait certainement été plus touchant s’il s’était délesté du faux suspense qui l’anime (quelle est la vraie réalité?) pour s’intéresser essentiellement à la brisure de Greg: ce manque qui le bouleverse. Du coup, peu importe au fond la réalité dans laquelle il choisit de vivre… M.B. 

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