Ich bin ein Berliner. Berlin, aujourd’hui. Francis, 30 ans, est un réfugié de Guinée-Bissau qui se retrouve dans la capitale allemande après avoir traversé illégalement la Méditerranée sur un bateau. Seul survivant du voyage, il se rend vite compte que gagner sa vie honnêtement en tant que réfugié apatride sans papiers est pratiquement impossible.

Transposer l’écrasant Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin à l’époque contemporaine est un défi insolent et chaos comme on les aime. Dès l’introduction, une voix-off nous annonce que nous allons vivre l’histoire d’un échec, celui d’un homme, broyé par une vie, une ville et des choix qui le transformeront dans sa chair et son esprit. Ce chemin de croix, c’est celui de Francis (Welket Bungué), migrant bissau-guinéen travaillant sur un chantier non loin d’Alexanderplatz et aspirant à mieux qu’un lit dans un dortoir et une tartine de beurre le matin. «You deserve more from life» («Tu mérites mieux de la vie»), cette phrase, répétée comme un mantra ainsi que le refus d’une condition misérable vont pousser notre héros à défier le destin. Nous voilà alors embarqués à bord d’une tragédie de trois heures en cinq actes transposant dans le Berlin contemporain le roman de Alfred Döblin publié en 1929. Reprenant les éléments clés du livre original et sa structure en chapitres, le film va progressivement se transformer en un bad trip visuel et sonore dont l’esthétique néons clignotants renforce un propos triste et pourtant bien réel sur la condition des réfugiés, les espoirs déçus et les mains tendues jamais désintéressées, ouvrant souvent la porte vers un nouvel enfer.

C’est dans cette ambiance sophistiquée que le réalisateur plonge la ville des ours, capitale fantomatique où tout le monde joue un double jeu. Sa population composée presque uniquement de mafieux, de pervers et de prostituées semble tout droit sortie de Sin City. Et ceux qui n’appartiennent pas à ces catégories ne valent pas mieux non plus. On se rendra compte très vite que notre héros est lui aussi loin d’être un saint. Mais est-ce cette chienne de vie qui l’a rendu ainsi ou était-il lui aussi déjà un peu pourri à l’origine? Son attraction envers un mafieux démoniaque et dégingandé (Albrecht Schuch, génialissime) cache-t-elle des sentiments plus troubles que de la simple reconnaissance? C’est cette relation fascinante, érotico-masochiste entre les deux personnages, qui va faire plonger la seconde partie du film dans le genre pur. Dès lors que le pacte faustien sur fond de trafic de drogue entre les deux sera scellé, ne régnera plus que le chaos. Un chaos fait de baises, de deals, de cris, de larmes et de sang. Sur trois heures, ce néo-thriller filmé comme un long trip techno en laissera sûrement plus d’un sur le carreau. Mais ceux qui iront jusqu’au bout du délire en sortiront essoufflés, groggy. Et heureux de sortir de là tourneboulés. C’est exactement pour vivre ce genre d’expérience puissante qu’on aime à aller au cinéma. G.C.

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