Fast and furious. Lino (Alban Lenoir) est un génie de la mécanique, spécialisé dans la construction de voitures-béliers. Pour aider son «frère» endetté (Rod Paradot), il organise un cambriolage, mais se fait prendre sur le vif par la police. Alors qu’il doit purger une peine de deux ans de prison, Charas (Ramzy Bedia), à la tête d’une unité de police anti «go fast», lui propose de travailler pour lui. Neuf mois plus tard, les talents de concepteur de voitures-béliers de Lino ne sont plus à démontrer. Malheureusement, il va être accusé à tort d’un meurtre, et ne pourra prouver son innocence qu’en retrouvant la balle du crime, coincée dans une voiture disparue.

De l’action made in France. Produit par Netflix, Balle Perdue est le premier long-métrage du réalisateur français Guillaume Pierret, fruit d’une étroite collaboration avec son interprète principal Alban Lenoir. La bande-annonce laissait poindre la possibilité d’un film d’action français visuellement ambitieux, aux courses poursuites haletantes et aux scènes de combat aussi lisibles que musclées, détonant ainsi (et on l’en remercie) du reste de la production hexagonale. Le film confirme globalement cette première impression, refusant d’utiliser la grammaire épileptique des actioner américains du début des années 2000, au profit encore une fois de plans relativement longs, lisibles, et plutôt jolis à regarder. L’investissement physique d’Alban Lenoir, qui a lui-même réalisé la plupart de ses cascades, se ressent particulièrement et apporte même un surplus de crédibilité tout à fait bienvenu au récit. On peut d’ailleurs supposer que Pierret a pris un plaisir particulier à filmer ses comédiens, à capter leurs gueules et leurs voix, sans que ces derniers ne tombent dans le cabotinage de vieux briscards revenus de tout, marque de fabrique du (piètre) cinéma d’Olivier Marchal par exemple.

Il n’en demeure pas moins que Balle Perdue s’inscrit dans un schéma scénaristique parfois convenu, voire assez poussif en ce qui concerne son exposition. Cela se ressent au niveau de l’intrigue, mais également en ce qui concerne les dialogues et la caractérisation des personnages (d’où vient Lino? Pourquoi sait-il aussi bien se battre? etc.). Cela est d’autant plus dommage que les quelques pistes scénaristiques qui concernent le background de certains personnages (la famille d’Areski, la relation entre Lino et Quentin) sont à la fois prometteuses et expéditives, comme si les scénaristes avaient un peu trop dégraissé le script d’origine. Le film arrive néanmoins à combler ces lacunes grâce à des choix dramaturgiques impitoyables, ne sacrifiant jamais la gravité sur l’autel de la brutalité gratuite et vaine.

Dernier bon point: à l’image d’un film comme À bout portant (2010) de Fred Cavayé, Balle Perdue assume pleinement son «identité» de film français, refusant de singer tel ou tel cinéma étranger au nom d’une pseudo viabilité commerciale. Même s’il présente quelques faiblesses, notamment au niveau de son scénario, le film de Guillaume Pierret arrive paradoxalement à faire preuve d’une certaine forme d’authenticité, au-delà même de sa simple démarche. Face aux craintes (illégitimes) des grandes chaînes de produire un cinéma populaire original et qualitatif, le relatif laisser-faire de Netflix en tant que producteur a finalement du bon, encore une fois. P.H.

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