[CRITIQUE] ASSASSINATION NATION de Sam Levinston

American Beauty meets All Cheerleaders Die

Le Chaos qu’on voit pas venir, c’est toujours bon Ă  prendre. Exemple avec ce Assassination Nation sorti dans nos salles sans grande conviction, signĂ© alors par Sam Levinson (fils de Barry) dont le CV ne comportait que Another Happy Day, un drame familial passĂ© relativement en catimini. Heureusement pour nous, il ne s’agit pas d’une nouvelle tentative de meta-slasher pop, ce que l’esthĂ©tique du film et de la promo Ă©voque beaucoup, mais plutĂ´t d’un brĂ»lot dĂ©finitivement ancrĂ© dans son Ă©poque. Comme dans le sympa mais loupĂ© Tragedy Girls, on retrouve l’utilisation intensive des rĂ©seaux sociaux au cĹ“ur du film, des xoxo bitches, et du rose bonbon maculĂ© de rouge, le tout mâtinĂ© bien Ă©videmment de violence graphique. Comme dirait l’autre «la suite va vous surprendre». Dans un Salem Ă  la symbolique plus qu’évidente (mais heureusement, jamais surlignĂ©e), quatre lycĂ©ennes se retrouvent entraĂ®nĂ©es dans une spirale d’évĂ©nements dĂ©coulant d’un leak scandaleux visant le maire de la ville. On ne rĂ©vĂ©lera Ă©videmment pas ce qui amènera dans une diabolique chute de dominos un teen movie plutĂ´t frimeur et malin Ă  subitement se transfigurer en survival fĂ©ministe, avec scène de siège et vengeance sanguinolente Ă  la clef, tendance The Purge façon woke mais en rĂ©ussi cette fois. Dans une forme tonitruante qui Ă©puisera les plus sages, Assassination Nation rĂ©ussit Ă  ĂŞtre aussi bourrin qu’intelligent, chose rare dans le cinĂ©ma de genre – qu’il soit friquĂ© ou non – avec une finalitĂ© plus proche de l’ultimate MeToo movie que d’un bĂŞte «sa fai reflechire». La misogynie, l’égo(ĂŻsme) masculin, le slut-shaming, la toxicitĂ© des rĂ©seaux sociaux, la violence larvĂ©e post-Trump, l’homophobie, la pudibonderie… tout ça est encapsulĂ© dans un ride dĂ©capant, qui jongle assez habilement avec un trop plein d’informations typiquement casse-gueule. Sa tronche de couteau suisse cinĂ©matographique pourrait l’achever en bonne grosse Tarantinade (le thème musical de L’oiseau au plumage de cristal retentit dès les premières scènes et on cite ouvertement le genre du Sukeban) mais la sincĂ©ritĂ© et la rage d’en dĂ©coudre de Levinson et de ses girls (dont les dĂ©buts au cinĂ©ma d’une Hari Nef dans un rĂ´le particulièrement touchant et bien vu d’adolescente trans) l’emportent. Et nul doute que ça fera hurler Ă  la mort une grande partie d’un certain public masculin, ce qui n’a rien de dĂ©sagrĂ©able en soi. J.M.

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