[CRITIQUE] ANNA de Luc Besson

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[DERAPAGE] Dans les annĂ©es 80, la belle et timorĂ©e Anna quitte son Ukraine natale pour venir Ă  Paris, oĂč elle devient un mannequin trĂšs prisĂ©. Mais la jeune femme s’avĂšre aussi une tueuse Ă  gages implacable et mĂ©thodique, travaillant pour le compte du KGB – du moins pour l’instant. Car comme les fameuses poupĂ©es russes (et les TGV sur les passages Ă  niveaux), une femme peut en cacher une autre. Luc Besson est depuis quelque temps assis sur des braises. ConfrontĂ© Ă  l’échec financier cuisant de son prĂ©cĂ©dent film (le trĂšs indigeste ValĂ©rian et la CitĂ© des Mille PlanĂštes) et visĂ© par des accusations Ă  caractĂšre sexuel, l’homme a aujourd’hui bien des difficultĂ©s Ă  rester le grand patron du cinĂ©ma français. Dans ce contexte, Anna apparaĂźt moins comme le retour aux sources d’un cinĂ©aste soucieux de retrouver la flamme d’antan que comme un pseudo-mea culpa, offrant aux fans nostalgiques un repompage Ă  peine modernisĂ© de Nikita et espĂ©rant, par son discours fĂ©ministe et Ă©mancipateur, redorer son blason. Encore faudrait-il y mettre les formes pour convaincre, Luc Besson se contentant hĂ©las du minimum syndical. Anna est un film d’action dĂ©sespĂ©rĂ©ment lambda, desservi par un scĂ©nario multipliant les allers-retours, les flashbacks et les rĂ©vĂ©lations capillotractĂ©es dont le seul effet est d’annihiler toute surprise. Comme toujours engluĂ© dans un esprit de sĂ©rieux qui prĂȘte plus Ă  sourire qu’autre chose, le film noie son spectateur dans les intrigues gĂ©opolitiques absconses (les Russes sont-ils vraiment mĂ©chants? Les AmĂ©ricains sont-ils vraiment gentils?) et se complait dans la parlote pour finalement s’achever sur une pseudo-rĂ©conciliation des deux blocs au Parc Monceau (ce n’est pas une plaisanterie!). Reste une poignĂ©e de scĂšnes d’actions bien ficelĂ©es Ă  se mettre sous la dent, mais lĂ  encore le bilan final est bien maigre. Devant ce festival d’archĂ©types mal dĂ©grossis et dĂ©nuĂ© de toute audace formelle, on ne peut que regretter le Besson des dĂ©buts qui, malgrĂ© d’évidents dĂ©fauts, proposait au moins un cinĂ©ma diffĂ©rent du tout-venant de l’époque, divertissant et soigneusement emballĂ©. Inutile de tirer plus longtemps sur l’ambulance, d’autant que le succĂšs public s’annonce plus que jamais incertain.

ALEXIS ROUX

1 COMMENTAIRE

  1. Les “critiques” me font penser Ă  des ingĂ©nieurs de travaux finis. Ils donnent un avis technique alors qu’on en est au stade de l’avis cosmĂ©tique. Quand un film (avec le travail que cela reprĂ©sente en amont) sort en salle, on doit faire preuve d’humilitĂ© et avoir la pudeur de se placer au niveau du spectateur sans aller poser ses fesses sur la chaise du rĂ©alisateur. Les critiques (Ă©dito, debout derriĂšre un pupitre avec un buzzer rouge ou assis sur un gros fauteuil qui tourne) sont gĂ©nĂ©ralement des personnes qui ne produisent RIEN. Elles ne font que renvoyer leur rancoeur d’artistes ratĂ©s Ă  la figure de vrais artistes. Bien sĂ»r que c’est un nouveau “Nikita” ; et alors? Remettre son ouvrage sur le mĂ©tier est un exercice encore plus dur! Par contre, quand une cruche Ă  poil de la star-ac reprend des morceaux qu’elle n’aurait jamais eu la capacitĂ© intellectuelle et artistique de crĂ©er, lĂ , les critiques l’Ă©rigent en star! Les critiques sont toxiques. BRAVO LUC BESSON !

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