[CRITIQUE] ALITA BATTLE ANGEL de Robert Rodriguez

0
638
Qui suis-je? Comment vis-je? Qui me filme? Qui me regarde?

[IMPOSSIBOL] Au XXVIe siĂšcle, une teen-cyborg dĂ©boulonne des mĂ©chants et fait des bisous Ă  un bogosse. Cyberpunk et bluette pour prĂ©-ados: c’est James Cameron qu’on assassine. Ça sent le gros plantage, le crash, l’accident industriel et une horde d’executives en costard qui vont devoir vider leur bureau et pointer chez Marvel… Alita Battle Angel Ă©tait un rĂȘve qui se transforme en cauchemar, le rĂȘve fou d’un homme, James Cameron, qui a essayĂ© pendant 20 ans d’adapter le manga culte Gunnm, de Yukito Kishiro. Le film dĂ©barque 20 ans plus tard, 20 ans trop tard. Le manga a Ă©tĂ© oubliĂ©, mĂȘme au Japon, Ghost in the Shell avec Scarlett Johansson est sorti il y a deux ans, mais surtout Cameron a passĂ© la main et refilĂ© le bĂ©bĂ© à
 Robert Rodriguez. Pour les Ă©tourdis, Rodriguez est un gros bourrin, un roi du systĂšme D capable du mĂ©diocre comme du pire, des nanars comme Machette, Spy Kids, Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl ou Desperado, mĂȘme s’il a pu faire illusion un temps avec Une nuit en enfer ou Sin City. Ici, il rĂ©cupĂšre le scĂ©nario de Cameron, un budget de 200 millions de $ et se vautre, comme un porc dans la fange. Son film est, comment dire, en-dessous du niveau de l’amer, un nanar moche comme un Luc Besson, un film de DJ digital qui remixe des blockbusters de SF comme Matrix, Rollerball, Hunger Games, Judge Dredd, Ghost in the Shell ou Ready Player One


Tas de ferraille et piĂšces dĂ©tachĂ©es. Iron City, 2563. Dans la dĂ©charge d’un univers post-apocalyptique top kawaĂŻ, le docteur Dyson Ido, sorte de Geppetto steampunk, fait son petit shopping matinal et tombe sur l’occaz du siĂšcle: un bon tas de ferraille composĂ© d’un corps de cyborg, issu d’une technologie ultra-avancĂ©e (extraterrestre?) mais perdue depuis 300 ans, et le cerveau d’une ado un poil rebelle (plĂ©onasme), bref «l’arme-la-plus-sophistiquĂ©e-de-tous-les temps». Ido fait deux-trois soudures, bidouille les micro-processeurs et lui donne le prĂ©nom de sa fille dĂ©cĂ©dĂ©e. En plus d’ĂȘtre un as des prothĂšses avec plein de petites lames et de tirebouchons aiguisĂ©s, le gentil Ido aime bien le cosplay. La nuit, il revĂȘt un bel imper noir, prend une pioche gĂ©ante et se fritte avec des cyborgs top mĂ©chants. Mais il est incapable de protĂ©ger Alita de ses instincts de guerriĂšre et d’une sĂ©rie de crĂ©atures mi-homme mi-mĂ©tal qui n’ont qu’une idĂ©e dans leur disque dur: transformer Alita en tas de ferraille, ou la vendre en piĂšces dĂ©tachĂ©es.

Le premier problĂšme d’Alita (mais rassure-toi, ami lecteur, il y en aura d’autres), c’est son scĂ©nario niais, insipide. Il a donc Ă©tĂ© Ă©crit Ă  l’origine par Cameron, mais revu et peut-ĂȘtre corrigĂ© par Robert Rodriguez et Laeta Kalogridis, dĂ©jĂ  coupable d’Altered Carbon ou de Shutter Island. Pas d’interrogations mĂ©taphysiques, pas de rĂ©flexion sur l’intelligence artificielle, Alita explore exclusivement deux arcs narratifs: la BAGARRE, avec Alita qui fait du kung-fu au ralenti contre des Transformers-couteaux suisses. Et la romance entre la belle cyborg et un ado bogosse. De fait le film est clairement destinĂ© Ă  un public de 12 ans Âœ, avec les considĂ©rations philosophiques dignes d’un Twilight ou de Hunger Games, Ă  savoir quand bĂȘta-RomĂ©o va t-il rouler une pelle Ă  cyborg-Juliette («Ça te dĂ©range que je ne sois pas tout Ă  fait humaine?»).

L’autre (trĂšs) gros problĂšme, c’est Robert Rodriguez himself. Ici, sa seule (bonne) idĂ©e rĂ©side ici dans le choix du dĂ©cor. Alita ne se dĂ©roule pas comme dans une MĂ©galopolis nippone pluvieuse et surpeuplĂ©e, mais dans un barrio, avec une architecture latino sympa et colorĂ©e. Pour le reste, Rodriguez est incapable d’insuffler un peu de vie Ă  ses personnages, clichĂ©s biomĂ©caniques. Et que dire des personnages secondaires, complĂštement sacrifiĂ©s: la pauvre Jennifer Connelly, mĂ©tamorphosĂ©e en potiche en porte-jarretelles, n’a RIEN Ă  jouer et cette endive de Christoph Waltz, insupportable cabotin, roule des yeux comme si son plug anal Ă©tait coincĂ©. Maladroit, dans un costard trop grand pour lui, Rodriguez ne parvient jamais Ă  faire dĂ©coller la 3D et surtout, il ne peut emballer une scĂšne d’action un tant soit peu excitante, ciseler un plan iconique. Comment est-il possible, avec des effets spĂ©ciaux signĂ©s Weta et Joe Letteri, le chef op’ Bill Pope (Matrix) le monteur d’Avatar et une armĂ©e d’informaticiens, de signer un spectacle un film de SF aussi peu excitant, aussi inoffensif, aussi terne? Seule satisfaction, Alita n’aura jamais de suite, vu la gamelle que va se manger ce nanar anthologique.

MARC GODIN

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here