[IMPOSSIBOL] Au XXVIe siècle, une teen-cyborg déboulonne des méchants et fait des bisous à un bogosse. Cyberpunk et bluette pour pré-ados: c’est James Cameron qu’on assassine. Ça sent le gros plantage, le crash, l’accident industriel et une horde d’executives en costard qui vont devoir vider leur bureau et pointer chez Marvel… Alita Battle Angel était un rêve qui se transforme en cauchemar, le rêve fou d’un homme, James Cameron, qui a essayé pendant 20 ans d’adapter le manga culte Gunnm, de Yukito Kishiro. Le film débarque 20 ans plus tard, 20 ans trop tard. Le manga a été oublié, même au Japon, Ghost in the Shell avec Scarlett Johansson est sorti il y a deux ans, mais surtout Cameron a passé la main et refilé le bébé à… Robert Rodriguez. Pour les étourdis, Rodriguez est un gros bourrin, un roi du système D capable du médiocre comme du pire, des nanars comme Machette, Spy Kids, Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl ou Desperado, même s’il a pu faire illusion un temps avec Une nuit en enfer ou Sin City. Ici, il récupère le scénario de Cameron, un budget de 200 millions de $ et se vautre, comme un porc dans la fange. Son film est, comment dire, en-dessous du niveau de l’amer, un nanar moche comme un Luc Besson, un film de DJ digital qui remixe des blockbusters de SF comme Matrix, Rollerball, Hunger Games, Judge Dredd, Ghost in the Shell ou Ready Player One…

Tas de ferraille et pièces détachées. Iron City, 2563. Dans la décharge d’un univers post-apocalyptique top kawaï, le docteur Dyson Ido, sorte de Geppetto steampunk, fait son petit shopping matinal et tombe sur l’occaz du siècle: un bon tas de ferraille composé d’un corps de cyborg, issu d’une technologie ultra-avancée (extraterrestre?) mais perdue depuis 300 ans, et le cerveau d’une ado un poil rebelle (pléonasme), bref «l’arme-la-plus-sophistiquée-de-tous-les temps». Ido fait deux-trois soudures, bidouille les micro-processeurs et lui donne le prénom de sa fille décédée. En plus d’être un as des prothèses avec plein de petites lames et de tirebouchons aiguisés, le gentil Ido aime bien le cosplay. La nuit, il revêt un bel imper noir, prend une pioche géante et se fritte avec des cyborgs top méchants. Mais il est incapable de protéger Alita de ses instincts de guerrière et d’une série de créatures mi-homme mi-métal qui n’ont qu’une idée dans leur disque dur: transformer Alita en tas de ferraille, ou la vendre en pièces détachées.

Le premier problème d’Alita (mais rassure-toi, ami lecteur, il y en aura d’autres), c’est son scénario niais, insipide. Il a donc été écrit à l’origine par Cameron, mais revu et peut-être corrigé par Robert Rodriguez et Laeta Kalogridis, déjà coupable d’Altered Carbon ou de Shutter Island. Pas d’interrogations métaphysiques, pas de réflexion sur l’intelligence artificielle, Alita explore exclusivement deux arcs narratifs: la BAGARRE, avec Alita qui fait du kung-fu au ralenti contre des Transformers-couteaux suisses. Et la romance entre la belle cyborg et un ado bogosse. De fait le film est clairement destiné à un public de 12 ans ½, avec les considérations philosophiques dignes d’un Twilight ou de Hunger Games, à savoir quand bêta-Roméo va t-il rouler une pelle à cyborg-Juliette («Ça te dérange que je ne sois pas tout à fait humaine?»).

L’autre (très) gros problème, c’est Robert Rodriguez himself. Ici, sa seule (bonne) idée réside ici dans le choix du décor. Alita ne se déroule pas comme dans une Mégalopolis nippone pluvieuse et surpeuplée, mais dans un barrio, avec une architecture latino sympa et colorée. Pour le reste, Rodriguez est incapable d’insuffler un peu de vie à ses personnages, clichés biomécaniques. Et que dire des personnages secondaires, complètement sacrifiés: la pauvre Jennifer Connelly, métamorphosée en potiche en porte-jarretelles, n’a RIEN à jouer et cette endive de Christoph Waltz, insupportable cabotin, roule des yeux comme si son plug anal était coincé. Maladroit, dans un costard trop grand pour lui, Rodriguez ne parvient jamais à faire décoller la 3D et surtout, il ne peut emballer une scène d’action un tant soit peu excitante, ciseler un plan iconique. Comment est-il possible, avec des effets spéciaux signés Weta et Joe Letteri, le chef op’ Bill Pope (Matrix) le monteur d’Avatar et une armée d’informaticiens, de signer un spectacle un film de SF aussi peu excitant, aussi inoffensif, aussi terne? Seule satisfaction, Alita n’aura jamais de suite, vu la gamelle que va se manger ce nanar anthologique.

MARC GODIN

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