[CRITIQUE] AFTER MY DEATH de Kim Ui-Seok

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La disparition soudaine d’une Ă©lève d’un lycĂ©e pour filles prĂ©cipite la communautĂ© scolaire dans le chaos. La piste du suicide est privilĂ©giĂ©e. Famille, enseignants et Ă©lèves cherchent Ă  fuir toute responsabilitĂ©. Young-hee, une camarade d’école est suspectĂ©e par tout le monde, Ă  commencer par la mère de la victime. Bouc-Ă©missaire idĂ©al, Young-hee va chercher Ă  Ă©chapper Ă  n’importe quel prix Ă  la spirale de persĂ©cutions qui l’accablent. Mais quel secret, quel pacte peut-elle bien cacher ? After my death surprend par le virage qu’il prend rapidement abandonnant l’enquĂŞte policière (qui restera toujours en fond) autour de ce mystĂ©rieux suicide pour se concentrer sur une Ă©tude, un laboratoire de ses personnages qui gravitent autour du vide et de la notion de «mystĂ©rieux». Comme un trou noir qui viendrait faire graviter autour d’elle de la matière, aspirer la lumière de la vie ; le suicide (qui crĂ©e un abyssal vide) en est ici la reprĂ©sentation mĂ©taphorisĂ©e. Et ainsi, tourne autour de cette disparition, une Ă©trangetĂ© ainsi que des personnages et spectateurs en quĂŞte de rĂ©ponses. Un monde dont la mise en scène vient nous plonger dans l’obscuritĂ© la plus totale, par son Ă©clairage faible et clinique ainsi que ses couleurs froides. Notons que le rĂ©alisateur qui signe son premier long-mĂ©trage (auparavant assistant sur le gĂ©nial The Strangers de Na Hong-jin) maĂ®trise une mise en scène et un rĂ©cit toujours Ă  la lisière du fantastique. Le film vient rĂ©vĂ©ler petit Ă  petit sa plus grande complexitĂ©, par le biais du visage Ă©nigmatique de la protagoniste et d’un baiser cachĂ© au milieu d’un tunnel sombre, celui d’un film sur cette jeunesse perdue, sans cesse au bord de la mort, centrĂ© sur le personnage de Young-hee. «Je n’ai pas peur de mourir. Heureusement tout a une fin» rapporte Young-hee se rappelant ce qu’a dit la disparue. Des mots qui pourraient très bien ĂŞtre les siens. VoilĂ  un Ă©trange projet qui vient peindre le tableau d’une jeunesse corĂ©enne vivant dans le dĂ©sespoir et vient crĂ©er cette dynamique de la solitude dont le film est rempli. Le personnage principal est seul, abandonnĂ© par son amie qui reste avec ses autres camarades toujours en groupe. On peut voir comment le film par le biais du rĂ©cit, de la mise en scène, transforme alors un film d’enquĂŞte policière Ă  l’histoire a priori courante en parabole sur la solitude Ă©motionnelle et un malaise social bien profond. Ainsi le film propose par-delĂ  le suspens exercĂ© et l’atmosphère morbide presque irrĂ©elle, une puissante expĂ©rience autorĂ©flexive sur le cinĂ©ma lui-mĂŞme: ou comment filmer le fond du tunnel qu’on ne distingue plus Ă  cause de la trop grande obscuritĂ©. La plongĂ©e dans le chaos intime. T.M.

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