[CRITIQUE] ADRESSE INCONNUE de Kim Ki-Duk

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Le destin tragique de trois adolescents dans une petite ville de Corée. Chang-guk vit avec sa mère prostituée dans un vieux bus américian converti en habitation. Jihum est le fils d’un vétéran de la guerre de Corée et travaille comme peintre assistant dans une boutique de portrait. Quant à Eunok, elle a perdu son père pendant la guerre. Tous ont été marqués par l’histoire de leur pays.

N’en déplaise aux mauvaises langues qui critiquent le cinéaste sous prétexte qu’il commence à être célèbre, Adresse inconnue est une preuve supplémentaire que le cinéma de Kim Ki-duk ne se résume pas à de la contemplation esthétisante. La sortie – tardive – de ce film dans l’Hexagone (il a été réalisé il y a quatre ans, juste après L’île) n’aurait sans doute jamais pu se faire si l’extraordinaire Printemps, été, automne, hiver… et printemps n’avait pas bénéficié d’un tel succès public et critique.

A travers un entrelacs d’amours chiennes qui oscille entre tragique et grotesque, Kim Ki-duk recycle en sourdine toutes ses obsessions. Rétrospectivement, Adresse inconnue possède l’allégorie politique et la parabole antimilitariste d’un Coast guard et la violence crue d’un Bad guy sans toutefois les symboles aqueux de L’île et Printemps, été, automne, hiver… et printemps. C’est accessoirement son film le plus personnel : le cinéaste s’inspire de son vécu pour édifier une tragédie où tous les personnages sont prisonniers d’un environnement très limité. Les excès mélodramatiques trouvent un habile contrepoint dans une atmosphère absurde qui amplifie la vie de ces Sisyphes en plein questionnements intérieurs (soldat américain qui devient fou, Coréen métisse en proie à une terrible haine intérieure, maman blessée et battue qui envoie des lettres désespérées à une adresse inconnue…).

En dépit de fondations branlantes et d’incontestables maladresses, cette chronique polyphonique, à la fois tordue et pessimiste, ne manque ni d’intensité ni de pertinence. Si Kim Ki-duk a signé des films plus substantiels et maîtrisés par la suite (on peut par exemple penser à Samaria et son impressionnant script qui furetait dans tous les registres), on lui sait gré de ne pas rendre ses personnages plus aimables qu’ils ne sont. Meurtris jusqu’à l’os, poignants et irrécupérables. Kim Ki-duk filme leurs émotions à nu. Et quand on se laisse porter, ce peut être très beau.

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