2019, odyssée spéciale. Un astronaute (Brad Pitt) s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

Un film en paix avec le chaos. Plus qu’aucun autre cinéaste américain, James Gray sait parfaitement ce qu’il contrôle, pour mieux affirmer ce qui lui échappe. Voici Ad Astra, un film-univers magnifique, hanté, sans limite car uniquement dévolu à l’intériorité humaine. Que ressentons-nous vraiment? Sommes-nous capable de nous avouer que nous ne ressentons… rien? Si nous n’y prenons garde, nous pourrions être extrasensoriel. Mais il faut bien à un moment réussir à pleurer, à laisser le coeur dominer, quitte à ce que le résultat lentement ne nous plaise pas totalement. Le reste n’est que du vide sans fin.

Par des vrombissements remarquables, des tentatives d’imposer du bruit dans l’espace, Ad Astra, grande oeuvre de sons, se transforme en auscultation d’une âme. De l’infiniment grand pour comprendre l’infiniment intime. En réalisateur qui pratique le cinéma classique, toujours comme la plus torride des transgressions, Gray filme son sentiment de science fiction selon le rythme de sa voix, une façon douce, étrange et enveloppée, de prononcer chaque mot, de tourner chaque image. En apesanteur, il s’approche de Brad Pitt, debout ou assis, qui se laisse guider comme on apprivoiserait un chat jadis persécuté. Pitt l’observe l’oeil de côté, tête légèrement baissée, bouche à peine entrouverte. Il est tacitement ok pour suivre tout, absolument tout, comme le voyage de son personnage, sans savoir si cela va réellement le mener quelque part. Car Ad Astra est une traversée, une Odyssée au sens homérien pur du terme. Son héros sans ego a livré bataille tel Achille. Il est maintenant Télémaque, le fils noble qui va chercher son père, l’illustre Ulysse, disparu très loin de sa maison.

L’Odyssée qui fascine Stanley Kubrick, les frères Coen, Francis Ford Coppola et peut-être aussi Joseph Conrad, a cette amabilité de devoir être revisitée à toutes les époques. Ad Astra en est une version mutante et fascinante. Il respecte les aventures dangereuses et actives, inhérentes à tout être qui se déplace entre le monde dit réel et les Enfers. Gray capture ainsi des visions prodigieuses, mais encore loin d’égaler la puissance des plans serrés que le cinéaste privilégie, sur un cou, une main, des paupières humaines. Ad Astra traduit ce que dans un futur proche pourrait vouloir dire: être un homme, tenir debout, tout seul. L’idée géniale du cinéaste qui traite sa mélancolie par la métaphysique, est de comprendre que sa version franche d’Ulysse, alias Clifford McBride, père ultime (incarné par un Tommy Lee Jones, angoissé au dernier degré avec ses yeux couleur de lac), n’a jamais été interprétée, pensée, imaginée de cette manière aussi audacieuse, hallucinée, inouïe. Et L’Odyssée, c’est toujours atteindre avec péril. Ad Astra est ainsi porté obstinément par son héros qui veut atteindre, mais quoi? Il n’en sait rien et peu importe, il faut y aller. Il faut y aller!

VIRGINIE APIOU

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