Vous dansez? Sur quel pied? Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux terroriste. La poursuite semble absurde, le Sahara n’ayant pas encore été touché par la vague d’attentats. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête: éloigner S. de la capitale. Pourtant, c’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence.

Believe the hype autour d’Abou Leila, premier long remarqué à Cannes 2019 (une autre époque), et qui gagne enfin le chemin des salles cet été après d’incessants reports. Et forget tout ce que le synopsis pourrait convoquer de convenu: le film est bien plus proche d’un trip mental à la Apocalypse Now – aspiré par une figure maléfique obsessionnelle qui a beaucoup à voir avec le colonel Kurtz – que d’un énième film-dossier considérant l’histoire comme un protocole. Un genre de récit qui dissémine des incertitudes, des fausses pistes, qui s’ouvre avec du William Blake et se termine avec Ainsi parlait Zarathoustra (en arabe): autant dire que le spectateur n’est pas tenu par la main, et que son vertige épouse souvent celui des deux personnages principaux, réfugiés dans un monde où la violence qu’on cherche à canaliser finit toujours par revenir à la puissance 10.

Bien qu’échafaudé sur un rythme lent, Abou Leila est aussi un road-movie baroque, contaminé par quelques morceaux gore et autres joyeusetés habilement empruntées au cinéma fantastique. Si le “film-gratin du dimanche” puisant sans distinction dans tous les genres est presque devenu un cliché du cinéma contemporain, on doit reconnaitre qu’ici la greffe opère particulièrement bien (peut-être devrions-nous parler plutôt de griffe d’ailleurs, celle rugissante du Cat People de Tourneur et Schrader: voyez comme les références siéent parfaitement au Chaos…). Notamment grâce à un scénario rondement élaboré, qui ne cesse de surprendre le spectateur. Spectateur qui se demandera régulièrement, et jamais sur un mode désagréable (en cela le film est un petit exploit) : “ai-je définitivement perdu le fil?“.

Un film en gestation depuis maintenant 10 ans, qui mérite amplement son buzz louangeur: UFO a finalement trouvé un créneau le 15 juillet, après avoir programmé le film en mars. C’est l’occasion d’accompagner les débuts d’un cinéaste dont on espère beaucoup. Le Chaos se fera une joie d’y retourner, en prenant soin de laisser les enfants et leurs brassards oranges crapahuter sur la plage hein… G.R.

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