Quatorze ans après l’excellent The Devil’s Rejects, Rob Zombie retrouve enfin la famille Firefly avec 3 From Hell, troisième volet d’une saga sanguinaire initiée en 2004 avec La Maison des 1000 morts. L’attente était grande autour de ce film, notamment de la part des fans de Zombie, pour qui The Devil’s Rejects était l’un de ses plus beaux faits d’armes, même si The Lords of Salem, injustement boudé par une partie du public, pourrait prétendre au statut de numéro satanico-uno. L’inquiétude était également de mise, d’abord parce que le dernier film du réalisateur, 31, était bien en deçà de ce qu’il avait pu produire jusqu’alors, et ensuite parce que la production de 3 From Hell a été perturbée par l’état de santé de Sid Haig (décédé cinq jour après la sortie du film aux Etats-Unis), qui n’a pu reprendre son rôle que pour une courte apparition. Ce bon vieux Rob a donc sorti de son chapeau le personnage de Foxi (Richard Brake), le demi-frère d’Otis et de Baby, afin d’avoir le trio de choc donnant son titre au film.

Malheureusement, ce changement de dernière minute résume à lui tout seul le gros problème d’écriture de 3 From Hell, qui d’une part n’a ni queue ni tête, et qui d’autre part ne dit rien de bien nouveau sur ses personnages. Il ne s’agit même pas de critiquer leur improbable survie après qu’ils se soient faits trouer la peau à la fin de The Devil’s Rejects (20 balles chacun, quand même), car après tout, les Firefly ne sont pas des gens comme les autres. L’hystérie baroque et presque cartoonesque de La Maison des 1000 morts avait d’ailleurs instauré l’invraisemblance dans l’ADN de la saga, si bien que quelques facilités scénaristico-fantastiques n’étaient pas condamnables. Non, le souci fondamental, c’est que Zombie ne sait plus trop quoi faire des Firefly, ravivant comme il peut le fantôme du road-trip sanglant qu’était The Devil’s Rejects, au point de provoquer chez le spectateur une inévitable impression de déjà-vu, voire de la lassitude. Amoureux de la gouaille de redneck et des gueules de hillbillies, le réalisateur semble pourtant ravi de retrouver toute sa bande, au premier rang de laquelle nous pouvons trouver Bill Moseley, l’interprète d’Otis. Les yeux exorbités, la barbe hirsute et la voix nasillarde, l’acteur est toujours aussi passionnant à regarder, évoquant explicitement la starification malsaine de Charles Manson au moment de son procès. De même, le surjeu en roue libre de Sheri Moon Zombie fait clairement écho aux membres hallucinées de la Famille, également immortalisées par la presse, qui a fait de leurs visages un symbole d’altérité univoque et monstrueuse. Le film fait d’ailleurs explicitement référence aux images du procès Manson dans ses dix premières minutes, pour le coup vraiment réussies, où le style documentaire, le grain de l’image (rajouté en post-production), et la chorégraphie des personnages contribuent à gonfler le récit d’une double lecture glaçante, en prise avec une réalité qui a traumatisé toute une nation.

Comme à son habitude (et c’est pour ça qu’on l’aime), Zombie ne fait pas dans la dentelle. Ses personnages enchaînent les répliques chocs, proférant face caméra qu’en substance, l’Amérique a les monstres qu’elle mérite, et que l’horreur de son voyeurisme est à la hauteur des actes qu’ils ont pu commettre. Zombie avait quatre ans lorsque Manson a été arrêté, et six lorsqu’il a été condamné. Il a grandit avec les images de la Famille, au point de les reprendre lors de ses concerts, où le tube Helter Skelter des Beatles (qui aurait décidé Manson à commettre ses exactions) est devenu un incontournable. Elles font également partie intégrante de son oeuvre cinématographique, qui depuis le début, interroge sa propre fascination pour l’altérité, de l’humanisation de Michael Myers dans les deux Halloween jusqu’à celle des Firefly dans The Devil’s Rejects. Ici, rien de nouveau, hormis donc ces dix premières minutes, Zombie ayant finalement tout dit de ses personnage dans le précédent volet de la saga. L’arrivée du petit nouveau Foxy ne donne lieu à aucune fantaisie, le personnage faisant pale figure à côté du Captain Spaulding, dont l’absence se fait cruellement sentir. S’en suit un long épisode de cavale au Mexique (dans le film, Mexique = sombreros, tequila, prostituées et maquillages de tête de mort), où Otis, Baby et donc Foxy s’emmerdent royalement, avant que Zombie n’introduise au forceps un nouvel antagoniste afin de les distraire. Même Otis semble saoulé de toute cette histoire (dans les deux sens du terme), au point de ne presque jamais hausser la voix comme il en avait l’habitude jusqu’alors. Le seul intérêt pourrait éventuellement résider dans la direction artistique, qui nous pourvoie en silhouettes toutes aussi «grindhouse» les unes que les autres, des masques de lucha libre jusqu’au nain borgne, en passant par les poitrines démesurées des prostituées du coin. Il n’empêche que tous ces motifs sont là pour le seul «plaisir» de l’image, Zombie, en bon fétichiste, n’y voyant qu’un pur intérêt graphique et rien de plus. En ce sens, il tombe dans le même travers que 31, où là encore, les personnages n’étaient que des silhouettes.

Lassé, le gars Rob? On n’espère pas, car son cinéma, généreux de mauvais goût et brut de décoffrage, mérite d’avoir voix au chapitre dans un paysage horrifique globalement partagé entre les films standardisés de Blumhouse, les «produits» des gros studios, et l’aseptisation parfois trop proprette des oeuvres estampillées A24. Au-delà d’être son moins bon film, 3 From Hell, à la suite de 31, montre aussi le manque criant de renouvellement de sa mise en scène (le montage des séquences violentes est toujours aussi illisible), déployée en mode pilote automatique, et qui perd cruellement de son inventivité graphique. On lui souhaite de retrouver l’inspiration qui était la sienne, et qui faisait de lui l’un des grands réalisateurs d’horreurs du cinéma contemporain.

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