Voici un titre qui emporte exactement son spectateur vers un ailleurs calme et prenant, intelligent et instinctif, imprévisible et divertissant. Vraiment. A la manière d’une héroïne d’Eric Rohmer prête à l’aventure sans énervement, qui accepte sans défiance les signes de la vie à l’extérieur, Brooke est une fille bien chaussée, dotée d’un vélo en panne au milieu non pas de nulle part, mais d’un monde ample qu’elle ne demande, sans le savoir, qu’à découvrir. Une perspective excellente pour une héroïne qui garde son humeur égale, malgré la chaleur étouffante de la Malaisie en été. 

Voici donc trois variations narratives d’un même postulat de départ: être en rade. Variations instantanées, infiniment liées. On y croise des poissons au bleu fluorescent au pouvoir magique; des hommes jeunes en gros 4×4 au coeur gonflé de sens civique et historique passionnant alors qu’ils partagent leur repas au milieu de blagues masculines; un musée climatisé qui contracte et explose le temps comme un génial somnifère; et des singes voleurs, adorateurs de crème glacée… Au creux de cet univers merveilleux, tout peut se produire pour qui est disposé à garder l’esprit ouvert. 

3 aventures de Brooke est plus qu’Alice-Brooke au pays des merveilles. Plus qu’un cheminement fantastique, qu’il est pourtant. C’est une mini odyssée qui restitue la grâce exacte de l’amitié féminine (si peu visitée au cinéma), de l’amour pour l’histoire pacifiste et profonde de son pays qu’il faudrait réinventer, ou de la recherche de la vie sous toutes formes qu’il faut avoir, envers et contre tout, quelle que soit l’importance de ses traumatismes anciens. Si les petits poissons bleu fluo existent et surgissent quand on les attend, c’est bien pour montrer aux êtres humains de 3 aventures de Brooke qu’ils ont raison de vivre et d’agir. 

Le prodige de ce triple conte est alors que, grâce à un ton léger et transparent comme l’air en été, tout devient simple. La réalisation mise tout sur une lumière en permanence extrêmement solaire. Elle joue à disparaître au profit de personnages réagissant en permanence aux décors qui les entourent sans snobisme. Le modernisme plastique de l’intérieur d’un 4×4 tout neuf, rivalise d’importance avec la vieille déco bizarroïde de salles de musée, les deux seuls endroits où il fait frais. Les paysages naturels forment une série d’images idéales, qui ne demandent qu’à être respectées, pour livrer des miracles grâce à une faune grouillante qui ne redoute pas les humains. Parfaitement équilibrées, les 3 histoires ne servent qu’un seul but, une grosse envie d’être solidaires d’un monde auquel on appartient férocement. Le film réussit ainsi cet exploit de placer ces trois petites légendes magiques comme des réalités qu’on aurait tendance à oublier, mais qui sont absolues et dénuées de toute mythomanie. V.A.

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