Deux ans après sa diffusion aux USA sur la plateforme Shudder, la série Creepshow, hommage au film à sketches culte du même nom signé George Romero en 1982, sort enfin en France en DVD et Blu Ray chez ESC Editions.

Produite par Greg Nicotero, ex-maquilleur aux côtés de Tom Savini pour Le Jour des morts-vivants, et réalisateur/scénariste de nombreux épisodes de Walking Dead et Fear The Walking Dead, Creepshow reprend le concept des sketches, ici au nombre de 12, répartis sur 6 épisodes (soit deux sketches par épisode). Passée inaperçue lors de sa diffusion en septembre 2020 sur Paris Première, cette première saison – la deuxième est déjà en chantier – est une véritable surprise.

Certes, Creepshow est une série horrifique, mais elle conserve le ton pulp et décalé du film de 1982, qui s’appuyait déjà sur les comics de la série Tales From The Crypt de feu EC Comics. Chaque épisode est animé par la marionnette mutique «The Creep», et chaque sketch est ponctué d’effets visuels rappelant qu’il s’agit en fait de récits issus d’un comics imaginaire nommé «Creepshow». On se souvient de l’investissement particulier de Stephen King sur le film de 1982. Il était le scénariste de chacun des 5 sketches du film – ainsi que l’acteur principal de La Mort solitaire de Jordy Verrill. La série s’appuie également sur une matière littéraire, des nouvelles de différents auteurs du genre fantastique et horrifique, dont Stephen King et son fils, Joe Hill.

Seuls 4 scripts sont originaux, et ce ne sont d’ailleurs pas les épisodes les moins réussis de la petite anthologie. Comme toute œuvre à sketches, Creepshow est forcément inégale, mais, à part peut-être les épisodes Bad Wolf Down et Time is Tough in Musker Holly, n’atteint jamais le seuil de la nullité. De plus, il y en a pour tous les goûts, du récit lovecraftien de The Gray Matter (adaptation de King) au fantastique cruel de Night of The Paw, en passant par le merveilleux de By The Silver Water of Lake Champlain (adaptation de Hill) ou le récit de maison de poupée hantée de The House of The Head.

La mise en scène, rarement éblouissante, se montre toutefois efficace et limpide, et la série brille davantage pour l’esthétique datée, mi-fifties/mi-eighties, qu’arrivent à reproduire Greg Nicotero et son équipe de réalisateurs (pour la plupart des réalisateurs de court-métrages, ainsi que John Harrison et Tom Savini, proches collaborateurs de George Romero). L’horreur est bien au rendez-vous et ne souffre d’aucun effet de manche. Creepshow préfère instaurer une ambiance unique et propre à chaque épisode, quitte à faire surgir l’effroi seulement dans les derniers instants (l’éblouissant The Gray Matter). A la manière du grand H.P. Lovecraft, et évidemment, en référence aux multiples matériaux d’origines de la série (les comics, les nouvelles), la plupart des épisodes sont conçues comme des témoignages, des récits au passé racontés par un protagoniste, parfois même en brisant le quatrième mur comme dans le jubilatoire The Finger.

Creepshow propose une terreur très graphique malgré le budget relativement serré de la série, et fait la part belle aux effets spéciaux mécaniques, plutôt que numériques. L’expérience de Greg Nicotero n’y est pas étrangère, et certaines créatures sont même impressionnantes (le monstre marin de By The Silver Water of Lake Champlain, l’épouvantail de The Companion), tandis que les explosions gores et crades de Skincrawlers rappellent les meilleures productions Trauma. Une anthologie sans prétention, pleine de savoir-faire et de bonnes idées. Qui a, en plus, la bonne idée de ne durer que 4h30.

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