[COONSKIN] Ralph Bakshi, 1975

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RĂ©vĂ©lation du cartoon au dĂ©but des annĂ©es 70, l’Ă©nergie crĂ©atrice de Ralph Bakshi s’est exprimĂ©e en dehors de la norme unique selon laquelle l’animation est un support exclusivement rĂ©servĂ© aux très jeunes.

PAR PAIMON FOX

Après avoir travaillĂ© au studio Terrytoons comme polisseur de cellulos et rĂ©alisateur de programmes tĂ©lĂ©visĂ©s d’animation ainsi qu’au Famous Studios Ă  la fin des annĂ©es 60, Ralph Bakshi s’est surtout imposĂ© dans les annĂ©es 70 en collaborant avec le producteur Steve Krantz, en fondant son propre studio (Ralph’s Spot) et en signant Fritz the Cat (1972), son premier long-mĂ©trage. C’est l’adaptation culte de la bande dessinĂ©e de Robert Crumb – que ce dernier dĂ©teste – dans laquelle il dĂ©veloppe des techniques expĂ©rimentales, comme l’emploi de plans en prise de vue rĂ©elle et de photographies. A sa sortie, scandale : c’est le premier dessin animĂ© classĂ© X par la Motion Picture Association of America. Avides d’expĂ©rience et stimulĂ©s par le scandale autour, les spectateurs de l’Ă©poque se sont ruĂ©s en masse et lui ont offert un succès inattendu. A l’arrivĂ©e, Fritz the Cat est devenu le premier film d’animation indĂ©pendant Ă  engranger une recette de plus de 100 millions de dollars.

Refusant de rejoindre le circuit mainstream et dĂ©sireux de creuser cette veine underground, Bakshi suit avec attention l’Ă©mergence des “Grindhouse”, les petits cinĂ©mas de quartier diffusant pendant toute la nuit des films d’exploitation (blaxploitation, sexploitation, kungfuxploitation, nunsploitation). PassionnĂ© par l’histoire des Afro-AmĂ©ricains aux États-Unis, il s’aventure dans les rues de Harlem avec un enregistreur, comme s’il prĂ©parait un documentaire, et questionne les passants en leur demandant “comment vit un noir aux Etats-Unis?”. A partir de ces informations, il commence la production d’un nouveau film : Harlem Nights qui, Ă  l’origine, devait ĂŞtre distribuĂ© par Paramount Pictures. Il s’entoure d’animateurs afro-amĂ©ricains et d’artistes reconnus (Barry White, qui personnifie vocalement son double animĂ© “Brother Bear”), mĂ©connus (Scatman Crothers) ou encore inconnus (Philip Michael Thomas, longtemps avant la sĂ©rie Miami Vice). Le but: fustiger le racisme et les stĂ©rĂ©otypes raciaux en usant des conventions de la blaxploitation. L’animation sert Ă  raconter une histoire vendue comme le remake de Song of the South (Harve Foster et Wilfred Jackson, 1946), celle de trois mecs (Brother Rabbit, Brother Bear et Preacher Fox) qui fuient vers Harlem pour Ă©chapper aux griffes d’un shĂ©rif et Ă©voluent au sein de la pègre new-yorkaise. LĂ -bas, ils rencontrent un JĂ©sus noir, des flics racistes, des prostituĂ©es, des mafieux. Et, surtout, se mĂ©tamorphosent : l’un devient un caĂŻd ; l’autre, un boxeur ; le troisième (Preacher Fox), on ne sait pas. Le rĂ©sultat est abrasif comme du Robert Downey Sr. (Putney Swope, 1969)

A plusieurs reprises, le film change de titre. Il devient “Coonskin No More” avant d’ĂŞtre rebaptisĂ© “Coonskin”. Ce n’est que le dĂ©but des ennuis pour Bakshi et sa bande. Pour commencer, Coonskin voit sa date de sortie repoussĂ©e suite Ă  des protestations du Congress of Racial Equality, qui taxe Bakshi de racisme. En revanche, la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) rĂ©dige une lettre pour le soutenir en dĂ©crivant Coonskin comme une satire “dĂ©rangeante” mais “brillante”. Finalement, Bryanston Distributing Company se charge de la distribution au lieu de la Paramount, qui annule un autre projet que Bakshi devait dĂ©velopper (The American Chronicles). Face Ă  une telle hostilitĂ©, Coonskin est retirĂ© du circuit, estampillĂ© “film maudit”. Comme toujours avec ce genre de curiositĂ©s, la reconnaissance est venue tardivement grâce Ă  des copies pirates. Également connu comme illustrateur de cartoon Marvel, Bakshi a fini par rentrer dans le rang en cherchant Ă  se racheter une conduite Ă  la fin des annĂ©es 70 avec des films d’animation axĂ©s sur l’heroic fantasy comme Les Sorciers de la guerre (1977), Le Seigneur des anneaux (1978) et Tygra, la glace et le feu (1983). Avant de se planter avec Cool World (1992), mĂ©lange d’animation et de prises de vues rĂ©elles, comme un prolongement Ă  Coonskin qui proposait cette mĂŞme alliance quinze ans en avance. A l’Ă©poque, c’Ă©tait percutant parce que nouveau. Mais l’attention trop portĂ©e sur le fond et non la forme n’a pas jouĂ© en sa faveur. Chaque annĂ©e, il rĂ©cupère de nouveaux fans qui le reconsidèrent Ă  juste titre. Parmi eux, il y a le groupe de hip-hop Wu Tang Clan qui, en 2005, avait comme projet d’en rĂ©aliser une suite avec Ralph Bakshi aux commandes.

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