Tourné sans autorisation sur plusieurs années dans les rues de la capitale parisienne et financé grâce au crowdfunding, Paris est à nous est le pari d’une bande de jeunes passionnés de cinéma regroupés sous le pseudonyme Elizabeth Vogler. Sans distributeur, le film est finalement sorti par Netflix, avec une grosse com’ à la clef – affichages, publicités, etc. Un sacré indicateur de la qualité du film…

PAR MORGAN BIZET

Anna aime Greg. Ils sont jeunes, se sont rencontrés lors d’une soirée électro et vivent depuis une parfaite idylle, du moins en apparence. Car Greg est un odieux connard qui passe son temps à rabaisser Anna, pointer son «manque d’ambition» car elle ne travaille pas (contrairement à lui) et, cerise sur le gâteau, quitte Paris pour s’installer à Barcelone. Hésitante quant à rendre visite à Greg, Anna échappe «de peu» à un crash d’avion. Si Greg décide de revenir la rejoindre au plus vite, la jeune femme plonge de plus en plus dans un malaise existentiel, accentué par celui que vit sa ville chérie – entre attentats, violences policières, manifestations contre la loi du travail, etc.

Voilà de quoi résumer un film qui, de prime abord ne manque pas d’ambition. Soit dépeindre le Paris du milieu des années 2010 et sa jeunesse en proie aux doutes en mettant en parallèle le destin de son personnage principal, Anna, et sa relation en pente descendante avec Greg. Toutefois, de l’idée de départ à sa réalisation finale, Paris est à nous se révèle être un échec total. Le film aux multiples créateurs m’a profondément irrité par ses tics de mise en scène empruntés à Malick, Lynch et Noé et la vacuité de son propos.

Au-delà des maladresses inhérentes à ce genre de projet, Paris est à nous m’a surtout mis mal à l’aise, obligé de supporter un amas de voix-off mentales ou dialogues autour de la place des êtres dans le monde, ou de la question du réel et du virtuel – avec en prime une parabole risible sur les Sims. Les doutes et questionnements qui animent les protagonistes ne convainquent jamais et semblent sortir tout droit d’une très mauvaise dissert’ de philo.

La grande erreur de Paris est à nous, c’est d’avoir voulu marcher sur les plates-bandes des dernières œuvres de Terrence Malick. Un style si particulier de films-poèmes initiés avec l’audacieux et casse-gueule Tree of Life, dont le cinéaste semble déjà avoir fait le tour après un trio de films aussi beaux que chiants, A la merveille, Knight of Cups et Song to Song. Radegund, sa prochaine production, devrait d’ailleurs renouer avec un style plus « classique ». Paris est à nous a eu bien du mal à me faire croire que les atermoiements bancals d’Anna puissent être la porte d’entrée à un chamboulement métaphysique sans frôler le ridicule.

Paris est à nous devient donc rapidement une publicité pour la Black Magic, cette petite caméra peu chère au rendu pro qui transforme n’importe quel wanna be cinéaste en réalisateur potentiellement distribuable. Tant mieux pour la création dira-t-on, mais le revers de la médaille est facilement identifiable : la tentation du long-métrage pour des œuvres à l’écriture pauvre et limitée, au détriment d’un format court plus adapté.

Ces images documentaires, témoins cruciales d’un Paris en crise, ne servent hélas à rien dans cette production qui ne sait qu’en faire, à part balancer une musique classique par-dessus à renfort de violons ou des sonorités électroniques plus angoissantes – free Laurent Garnier ! – et y plonger une comédienne en larmes. Quel dommage de voir trois années de rushs détenteurs d’une vérité sur notre époque asservies à une œuvre aussi clicheteuse et forcée. Paris est à nous est comme le doppelganger d’un possible chef d’œuvre qui m’a été refusé de voir. Quelle frustration ! Au lieu d’un émerveillement, j’aurai eu le droit à une poussée d’eczéma…

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