[COMMENT ÇA VA, JACKY GOLDBERG?]

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Journaliste aux Inrockuptibles, Jean-Jacky Goldberg a réalisé le documentaire Flesh Memory, dévoilant les vicissitudes d’une pourvoyeuse de services sexuels 2.0. Pour le Chaos, il évoque librement cinq sujets qui l’inspirent. Et surtout il nous dit comment ça va.

TEXTE & PHOTO: JEAN-JACKY GOLDBERG 

[MOOD] 🙂 «Écoute ça va. Il pleut aujourd’hui à Los Angeles; ce qui est très rare, et j’essaie en ce moment de convaincre un artiste que j’aime d’accepter que je fasse un film, un portrait documentaire sur lui. C’est toujours délicat ces choses-la, mais j’ai bon espoir. Et je termine l’écriture d’un court-métrage pour lequel j’espère vite trouver un producteur.

[EMIL FERRIS] Je viens de finir la deuxième lecture de Moi ce que j’aime, c’est les monstres, lauréat du prix du meilleur album BD à Angoulême. C’est infiniment mérité mais ce n’est pas juste la meilleure BD de l’année: c’est un des meilleurs livres de la décennie – point. Rarement un livre m’a autant secoué, fait pleurer, sidéré par sa beauté. Il m’arrivait de m’arrêter 20 minutes sur un double page et de l’admirer comme on admire une grande toile au Louvre – ceux qui l’ont lu comprendront la comparaison. Je ne m’en remets pas.

[CARLO ROVELLI] L’ordre du temps est un livre de vulgarisation de physique (ma passion) par l’un des plus grands physiciens contemporains, co-auteur de la théorie de la gravitation quantique à boucle, un nom compliqué derrière lequel se cache une des visions les plus puissantes et poétiques sur l’Univers, chamboulant complètement notre appréhension du temps, au-delà même des révolutions quantiques et relativistes (Einstein) sur lesquelles il s’appuie. J’insiste sur «poétique», car Rovelli est un génie des maths, mais aussi des mots. Exemple:

[LA FLOR] C’est ce fameux film argentin de Mariano Llinas qui dure 14h, dévoilé à Locarno l’été dernier, et dont vous allez beaucoup entendre parler en mars, lorsqu’il va sortir sous forme de 4 parties de 3h30, à raison d’un par semaine. Difficile de le résumer en quelques lignes mais il s’agit en gros de 6 films, de genre et de durée différentes, réunis en une seule œuvre par ses quatre actrices, qui passent de l’un à l’autre dans des rôles différents. Ne soyez surtout pas effrayés par la durée: ça se boit comme du petit lait, c’est hyper ludique derrière l’aspect conceptuel, comme du Rivette mâtiné de Borges et d’Hergé. Bref c’est génial, et pas plus long qu’une saison de série à bien y réfléchir.

[TIM BERNARDES] Dans mes écouteurs en ce moment, il y a son premier album, sorti l’an dernier, Recomeçar. C’est un mec de 27 ans qui se réclame à la fois du tropicalisme et de Debussy, qui raconte aussi bien l’intime que la politique (si j’en crois mon dealer en musique, Aureliano Tonet, qui parle portugais, lui) et qui chante pour (et sur) les lendemains de fête. C’est un superbe disque d’hiver, et l’écouter aujourd’hui, dans le contexte politique brésilien, est particulièrement émouvant.

[HOUELLEBECQ] Je ne sais pas si on peut appeler ça une obsession, ce serait plutôt une anti-obsession: Sérotonine. Moi qui adore Houellebecq, cette fois-ci je n’y arrive pas. A avancer, a l’aimer. Je lis 20 pages, je le referme. J’attends quelques jours, je relis 20 pages, je le referme… J’ai l’impression de l’avoir déjà lu, non seulement dans ses précédents romans, comme s’il s’agissait d’un digest pas super bien digéré, mais aussi dans tout le discours médiatique, matraqué, inévitable, depuis un mois. Ça me pose question sur la notion de prescription culturelle, qui est en partie mon métier, et qui est ce que je fais ici-même: comment donner envie sans dégoûter? C’est une question hyper compliquée je trouve, et pour une fois que je me retrouve de l’autre côté, assommé par le «discours sûr» avant d’avoir accès à l’œuvre elle-même, je me surprends à détester mes amis prescripteurs…» J.J.G.

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