Make my day! Ă©pisode 15. Ressortie dans un joli combo de Cold Sweat de Terence Young (1970), Ă©galement connu sous le titre français De la part des copains: l’occasion bienvenue de rappeler que la plus grande dĂ©cennie du cinĂ©ma mondial a aussi enfantĂ© des polars endormis (ce qu’on oublie trop souvent).

VĂ©tĂ©ran de la guerre de CorĂ©e, Joe Martin dirige une florissante entreprise de construction navale sur la CĂ´te d’Azur. Ses anciens compagnons d’armes le retrouvent et lui reprochent violemment de les avoir abandonnĂ©s au beau milieu d’une “affaire” qui leur a jadis valu plusieurs annĂ©es de prison… On aime un peu trop la carte blanche laissĂ©e Ă  JB Thoret par StudioCanal (la collection Make my day!) pour s’appesantir longuement sur ce titre, qui sent quand mĂŞme très fort le fond de catalogue, exhumĂ© pour remplir des cases Excel entre deux sorties d’envergure… Un polar 70’s sur la Riviera, vite emballĂ© par Terence Young (surtout connu pour Dr No, Bons baisers de Russie et OpĂ©ration Tonnerre), qui a au moins le mĂ©rite de rappeler que la dĂ©cennie du Nouvel Hollywood a aussi enfantĂ© des polars neurasthĂ©niques qu’une vaste entreprise de rĂ©Ă©valuation critique ne suffira pas Ă  rĂ©habiliter.

Une bronsonnade comme une autre? MĂŞme pas: quatre ans avant Death Wish (1974), notre hĂ©ros silencieux a sorti un tee-shirt tight qui met en valeur d’avantageux biceps, se pavane en chino sur la CĂ´te, et mène une vie tout en pĂ©pĂ©rade avec sa femme d’intĂ©rieur, campĂ©e par… Liv Ullmann. Ce ne sera pas la seule bizarrerie de ce casting qui compose aussi avec Michel Constantin, Jean Topart, Luigi Pistilli, et surtout un James Mason qui a sorti un bob de saison, ce qui entache pas mal son rĂ´le de mĂ©chant chef de gang venu prendre sa revanche… Nonchalance et farniente seront les deux maitres mots de ce film d’action endormi, un peu comme si les codes du film noir amĂ©ricain, chaudement bousculĂ©s par les sixties, avaient pliĂ© sous une mollesse toute europĂ©enne (Ă  ce petit jeu sibyllin, seul notre impĂ©nĂ©trable Bronson s’en sort avec les honneurs). Une bonne partie du casting parait en effet pas du tout concernĂ©e par la chose, ce qui nous gène d’habitude moins, quand un scĂ©nario ou une mise en scène robuste vient encadrer le tout. Simonin adaptant un roman de Matheson, Jean Rabier Ă  la photo, Michel Magne Ă  la bande son: il y avait pourtant de quoi faire!

On ne conseillera donc le film qu’aux complĂ©tistes forcenĂ©s du genre, ou aux fidèles les plus zĂ©lĂ©s du Saint Jean-Baptiste (dieu sait qu’ils sont nombreux). On apprĂ©ciera beaucoup les bonus: en plus d’un long entretien avec Michel Constantin piquĂ© chez nos amis les Belges (une Ă©mission CinĂ©scope de 52 minutes) et la traditionnelle prĂ©face de JBT (8 minutes), le cinĂ©aste Philippe Setbon disserte pendant trois quarts d’heure passionnants sur la carrière Ă©trange de Bronson, son “non-jeu”, les errements par moment risibles du film, et la grande indulgence dont il faut se parer avant de le revoir. Ce qui est aussi l’intĂ©rĂŞt de cette vĂ©nĂ©rable collection. En bref, une Ă©dition qui ne prend pas vos vessies pour des lanternes, consciente de ce qu’elle est, n’allant pas chercher le roboratif qualificatif de “chef d’oeuvre” Ă  tout bout de champ. VoilĂ  qui fait, malgrĂ© tout, du bien.

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