Candyman est de retour. Le croquemitaine né sous la plume de Clive Barker dans la nouvelle The Forbidden s’offre une relecture. C’est donc le quatrième film Candyman: le premier, un classique (1992), Candyman 2 (1995), Candyman 3: Le Jour des morts (1999) et ce Candyman version 2021, remake du coup d’éclat. Et ce n’est pas la première fois qu’on adapte son auteur. Ou qu’il s’adapte. La preuve.

Clive Barker au cinéma, c’est toute une histoire. Il y a tout d’abord The Forbidden et Salomé, deux courts fauchés et expérimentaux signés en 1973 par Barker en personne, tous deux ultra-bricolés, curiosités d’étudiant tourmenté sous légère influence Kennethangerienne.

Puis viennent deux adaptations: tout d’abord, Transmutations (George Pavlou, 1985) et sa gueule de vidéo new wave (on se croirait dans Cafe Flesh ou dans le clip du Self Control de Laura Branigan) qui raconte une histoire de savant fou à la Docteur Moreau dans les ruelles d’une ville futuriste. Barker en co-écrit le scénario et détestera le résultat. Et on le comprend!

Puis, Rawhead Rex (George Pavlou, 1986), adaptation de la nouvelle Le monstre de la lande, pas la plus évidente puisqu’elle y décrivait un monstre à tête de bite parcourant la campagne! Entre le catcheur de fortune et le dinosaure inachevé, le gloumoute a sa place toute chaude pour de bonnes soirées nanars. Mauvais départ…

Barker par Barker
Hellraiser (1987 -???)
Alors que le cinéma d’horreur anglais est quasiment au point mort, l’écrivain excédé par les adaptations de ses œuvres avait bien compris qu’on était jamais bien servi que par soi-même. Petite production quasiment en huis-clos, Hellraiser premier du nom ressemble à un vaudeville pervers sous influence Grand Guignol, où l’on ressuscite l’amant dans le placard revenu des enfers et pourchassé par des démons sadomasochistes. L’imagination sidérante de Barker, les contours d’une possible mythologie, la beauté putride des maquillages: le «petit» grand film échauffe les esprits. Et tout le monde n’a de yeux que pour Pinhead, chef de meute des cénobites, ces moines de cuir venues des tréfonds, qui vont puiser leur esthétique douloureuse dans le monde SM (Barker est ouvertement gay, et ça fait une différence).

L’auteur se contentera de produire les deux autres volets, entre un second encore plus baroque et gore, et un troisième opus qui sonne déjà le glas de la saga: l’histoire importe peu, l’univers créé n’est qu’une pâte à modeler docile, et Pinhead devient un nouveau Freddy. Passé un quatrième film rapiécé mais passionnant (dont on rêve de voir le director’s cut du maquilleur/réalisateur Kevin Yagher), la saga se contentera de faire pire à chaque épisode: sous le joug des Weinstein, Pinhead et ses potes deviennent des piliers branlants de vidéo-clubs. Six suites dtv, soit six clous de trop dans nos petites têtes. Les tentatives infructueuses du duo Maury/Bustillo et de Pascal Laugier, tous salis par ce diable d’Harvey, ont donné des allures de non-retour à la licence. L’annonce du reboot, escorté par David S.Goyer, pourra peut-être y faire quelque chose…

Nightbreed (1989)
Ramené aux États-Unis, Barker réitère l’expérience de l’auto-adaptation avec Cabal/Nightbreed, blockbuster impensable réunissant les esprits de Cocteau et de Fellini dans une relecture fantasmagorique de Freaks où l’on croise des centaines de créatures et un David Cronenberg enfilant la veste d’un psychiatre serial-killer. Un roller-coster qui coûtera cher à son auteur, dont le travail fut mis à mal par le studio, incapable d’appréhender l’idée d’un amour inconditionnel pour les monstres. Après des années de luttes acharnées, le film retrouvera la couleur de sa version director’s cut, qui rétablit surtout et avant tout, la fin originelle et romantique voulue par son créateur.

Le maître des illusions (1995)
Le chemin des studios sera à nouveau emprunté pour Lord of Illusions, où Barker met en scène un de ses personnages fétiches: Harry d’Amour, un privé échappé d’un néo-noir, se consacrant entièrement à des affaires trempant dans l’occulte. Dans un Hollywood où se télescope secte à la Manson et spectacles façon David Copperfield, le papa de Hellraiser compose des visions d’horreur splendides (ah, ce tour de magie raté ou cet exorcisme stroboscopique…) au milieu d’une industrie du genre ankylosée. Et ce, même s’il s’agit de son film le plus faible (casting inégal, rythme en dent de scie…). Trop excentrique et violent, ce sera à nouveau séance de coupe-coupe pour la version salle. Dégoûté, Barker a juré depuis ne plus revenir au cinéma, et en particulier celui des studios…

Des livres et du sang
Il y a fort à parier que plus personne ne touchera aux mastodontes de l’oeuvre littéraire de Barker où, à chaque fois, s’ébattent démons et merveilles. De la fantasy pour adultes qui feraient rêver pourtant les pontes de Netflix ou de HBO, mais à ce jour, rien à signaler. Pas sûr donc de voir des adaptations de Galilée, The Secret Show, Coldheart Canyon, Sacrements, Imajica… Par contre ça grignote sec du côté des Books of Blood, ces recueils de nouvelles qui ont fait le premier succès de Clive Barker….

Candyman (Bernard Rose, 1992) 
Dans la nouvelle The Forbidden, une jeune femme fait la rencontre désagréable avec une légende urbaine sanguinaire. Sorti du splendide Paperhouse, le clippeur Bernard Rose, chapeauté par Barker, en étoffera la substance en amenant une dimension sociétale et raciale d’une puissance sans pareil. Le boogeyman, ancien esclave amoureux et supplicié, s’en va hanter une thésarde blanche, qu’il va couper du monde dans une longue et tragique descente aux enfers. Alors que le genre devenait une coquetterie de vidéo-clubs, Rose livre une symphonie d’amour et de mort au romantisme terrassant (Philip Glass au-dessus des nuages…), faisant la nique à une cohorte de séries b sorties des usines.

Une œuvre précieuse portée par le charisme sans pareil du duo Virginia Madsen/Tony Todd, et dont les suites opportunistes rameront sec à apporter ne serait-ce qu’un je ne sais quoi en plus. Bill Condon, bon cinéaste au demeurant, ne livrera rien de plus dans Candyman 2: Farewell to the Flesh, si ce n’est le cadre de la Nouvelle-Orléans et une scène de flashback qui illustre ce que le premier préférait suggérer. Quant au 3ème film, où l’homme sucré course une bimbo échappée de Alerte à Malibu, on se passera bien de commentaire…

Book of Blood (John Harrison, 2009) / Books of Blood (Brannon Braga, 2020)
Nouvelle ouvrant l’anthologie de Barker, Le livre de sang n’invitait pas particulièrement à un format long. Seulement voilà, à la fin des années 2000, Barker se voit assailli d’adaptations en tout genre. Entreprise risquée, la première monture de Book of Blood se laisse voir, respectant au moins l’approche vénéneuse et charnelle de son auteur. On en dira pas autant de la version Hulu sortie l’année dernière, tricotant des histoires hors-sujets (et non écrites par l’auteur) pour en venir au même récit (un jeune homme devenant un cahier à fantômes… au sens propre). Une croûte générique à mille lieues de l’univers de Barker, qui a adoubé la chose sans doute pour se payer une nouvelle piscine…

Midnight Meat Train (Ryuhei Kitamura, 2008) 
Pour ses premières armes aux États-Unis, le réalisateur japonais Ryuhei Kitamura (Versus) plonge dans les abysses new-yorkaises, avec une traque entre un photographe obsessionnel et morbide (un certain Bradley Cooper) et un boucher qui découpe bien autre chose que de la chair animale dans les wagons isolés du métro.

Puisqu’on est revenu au temps du gore dégueulasse, autant y aller: dans le genre franco de porc, ce train de l’abattoir fait virevolter dès qu’il peut sa caméra pour exploser caboche et mâchoire face caméra. Solidement emballé, le résultat fait honneur à la nouvelle d’origine mais la légitimé d’allonger autant la sauce pour 1h40 de cache-cache se pose quelque peu. Malgré le bon accueil, Kitamura se fera très discret par la suite au pays de l’Oncle Sam. Cela faisait longtemps que Barker n’avait pas été aussi bien traité…

Terreur (Anthony DiBlasi, 2009) 
Encore un qui ne fait dans la demi-mesure. En jetant son dévolu sur une nouvelle assez classique, où un quidam fifou entame des expériences à échelle humaine sur la peur, Anthony DiBlasi ne partait pas gagnant pour un premier film. Plus trash encore que son modèle écrit, Dread sait composer quelques grands moments d’horreur craspecs (dont la longue torture psychologique d’une jeune végétarienne et une scène de massacre sidérante) qui le sauvent de la banalité un peu prétexte de son histoire. Le pauvre DiBlasi, qui persévéra dans le genre, ne réussira jamais à transformer l’essai. Quant à la série d’adaptation prévue, elle s’arrêtera là, alors que celle de Jacqueline Pierce (avec Lena Headey dans le rôle principale) était en route. L’idée de ce thriller transgenre, avec son héroïne capable de modeler la chair, aurait été un délice chaos…

Un tour chez les maîtres
La défunte série Masters of Horror ne fera que peu de collaborations avec des écrivains côtés (Lovecraft, Poe, Richard Matheson et Koji Suzuki… ce sera tout). C’est Clive Barker qui remportera la palme de la double adaptation. D’abord avec Les amants d’outre-tombe (Haeckel’s Tale), en 2005. Les mésaventures d’un savant un peu Frankenstein sur les bords, à l’origine prévues pour Romero, mais récupérées par John McNaughton. Probablement un des épisodes les plus marquants de la saison, tant il pousse le bouchon du macabre aussi loin que possible, comme au temps du bis italien dégoulinant, jusqu’à sa scène de partouze nécrophile qu’on aurait jamais imaginé voir sur un écran de télé! Si on applaudit une telle prouesse impolie, on n’en dira pas tant pour La muse (Valerie on the stairs) en 2006, où Mick Garris illustre un petit scénario de Barker. Si on sauve Tony Todd en démon lubrique, cet Antre de la folie du pauvre semble fort indigne de l’écrivain. Quant à Garris, on s’en fout. J.M.

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