Le temps dĂ©truit (encore) tout. Alors qu’une troupe de danseurs s’entraine pour leur spectacle, quelqu’un ajoute de la drogue dans leur sangria. Peu Ă  peu, ils tombent en bad trip. NaĂźtre et mourir sont des expĂ©riences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.

Born to be dead. VĂ©ritable attraction rotative autour des obsessions d’un rĂ©alisateur en passe de maturitĂ©, Climax porte bien son nom : l’apogĂ©e d’un moment, d’une idĂ©e ; sans doute partie de Enter the Void pour entrer dans ce hangar glauque, un soir, transformĂ© en thĂ©Ăątre des hallucinations les plus cruelles et violentes.

On sait combien l’instinct demeure le cƓur du cinĂ©ma de Gaspar NoĂ©. Climax (film d’1h35) ne met au fond rien d’autre en scĂšne que la rĂ©sistance instinctive et animale d’un groupe face aux substances toxiques et mortelles qu’il a ingurgitĂ©. Clairement, cette spontanĂ©itĂ© – qui se lit aussi dans la mise en scĂšne – met en opposition deux mondes : celui la montĂ©e, caractĂ©risĂ© par la joie, l’adrĂ©naline, la fĂȘte, et celui de la descente : l’enfer de la perte de contrĂŽle et l’anarchie. Mais les deux restent liĂ©s et rĂ©gis par le mĂȘme rythme : la danse, l’agitation, la festivitĂ©. Qu’il soit question de trouver un coupable ou de faire sortir des insectes imaginaires nichĂ©s sous la peau, les corps embrassent Ă  l’unisson ce mouvement de rĂ©ponse directe et totalement irrationnelle du dĂ©but Ă  la fin, suivant irrĂ©mĂ©diablement la Tracklist du DJ, Ă  la vie Ă  la mort, sans comprendre ce qui leur arrive.

Film en deux temps, comme les deux faces d’un vinyle, la camĂ©ra tourne en rond Ă  360 degrĂ©s dans ce chaos permanent, qui se renverse Ă  la verticale, transformant l’écran en miroir inversĂ© ; absorbant les couleurs primaires rouge vert bleu de Suspiria, se renversant Ă  nouveau pour nous donner une vision directe sur l’étendue des dĂ©gĂąts – qui renversent sur la table la filmographie du rĂ©alisateur, lui donnant un aspect apothĂ©otique Ă  l’aube d’un rĂ©veil brutal : celui du lendemain de fĂȘte alors que certains ne sont toujours pas redescendus.

CamĂ©ra Ă  l’épaule, micros branchĂ©s aux quatre coins, Gaspar NoĂ© ne s’arrĂȘte jamais, sans cesse en rotation, Ă  la recherche d’images fortes, inscrites d’abord dans sa tĂȘte puis transposĂ©es dans les nombreuses chambres, pouvant dĂ©voiler une femme nue qui se gratte jusqu’au sang ou un couple adorable qui s’enlace amoureusement, on ne sait jamais. On se plait Ă  s’imaginer dans ce bordel, faisant nous-mĂȘmes face au dĂ©sastre, essayant de rĂ©veiller les personnages. Mais quand on se rend compte, grĂące Ă  Selva (Sofia Boutella) que tout le monde a effectivement bu de cette foutue sangria, on est pris d’une violente envie de partir. L’expĂ©rience est radicale. Claustrophobes s’abstenir. Vous ne reverrez pas de sitĂŽt une telle fĂȘte de la musique et de la mort. On en sort vannĂ©, avec une petite crainte de son voisin. L’instant de stupĂ©faction digĂ©rĂ©, le film gagne en beautĂ© et en justesse au point de nous donner envie d’écouter la B.O. en boucle, recrĂ©ant ainsi la chronologie de l’horreur dans nos esprits. Morbides curieux que nous sommes, on adore.

SINA REGNAULT

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