Toujours prompt à lâcher les chiens du bis gaulois, Le chat qui Fume offre un sérieux dépoussiérage à deux perles cochonnes et déviantes de Claude Mulot et Michel Lemoine. Installez-vous, on se croirait presque au Brady…

Il faut bien commencer quelque part pour aborder cette grosse salve estivale du matou (six films!) qui opère un nouveau tournant dans la distribution de leur collection: on pourra dire adieu au format dvd, certaines éditions ne proposant ainsi que le disque blu-ray. Mais on pourra dire hello aux galettes UHD, une idée que l’éditeur avait dégainé l’année dernière avec La rose écorchée, proposant le premier disque UHD 100 % bis français! Les gros titres remastérisés par leur soin auront ainsi droit à la très haute définition, allégeant au passage leur packaging en carton (qui vont également disparaître pour certains titres à venir, sowy pour les fourrés du fourreau).

Quel drôle de sentiment de découvrir donc tout un pan de la série Z française dans la plus haute qualité imaginable, pour des films plus ou moins voués à moisir sur des vhs devenues introuvables. C’est le cas des Charnelles de Claude Mulot, film sexy et vénéneux qu’il signa avant sa grande plongée dans le X sous le nom de Frederic Lansac, livrant ainsi des classiques du genre tels que Le sexe qui parle, La femme objet ou Les petites écolières. Après avoir distribué La saignée et La rose écorchée, le matou continue son exploration de la filmographie de Mulot, alors que de l’autre côté de l’atlantique, c’est Mondo Macabro qui sort long-métrage, le vendant un peu à tort comme un thriller horrifique en allant jusqu’à reprendre le visuel vhs signé Melki, où le film s’appelait alors Nevro. L’éditeur français joue moins la carte de l’entourloupe en le présentant tel qu’il est: un road-movie psyché et un peu glauque, où un fils de richou impuissant s’embarque sur les routes françaises, un voleur ébouriffé et une fugueuse sous les bras. On sent déjà l’envie de Mulot de verser de plus en plus dans un cinéma qui titille la braguette, sentant bon la libération sexuelle et ses retombées plus amères. Quelque part physiquement entre Michel Sardou et Gerard Lanvin, Francis Lemmonier domine aisément le casting avec son charisme inquiet, la montée de sève de la France coquine lui donnant des envies de meurtres pas bien catholiques. Si la violence reste en retrait, le clou du film se dissimule dans une longue, très longue scène de baise hallucinogène aux frontières du hard, bel échantillon d’une sexualité fiévreuse qui sortait alors de ses gonds.

Pour ne pas changer, le Chat n’a rien laissé au hasard: vingt minutes d’anecdotes croustillantes avec l’actrice Anne Libert, qui tourna à l’époque intensément chez Jess Franco, une demi-heure en compagnie de Francis Mischkind, soit Mister Alpha Blue et accessoirement producteur proche de Mulot, un autre entretien avec Gerard Kikoïne (qui travaillait côté son avant d’entreprendre la carrière porno que l’on connaît) puis un dernier avec Didier Philippe-Gérard, qui sera longtemps l’assistant réalisateur de Mulot. Les scènes rallongées ou le générique alternatif (quand le film s’appelait Émotions d’un jeune garçon de bonne famille!) font office de mignardises décoratives, mais on est encore surpris par la présence d’un autre film de Mulot sur un dvd séparé, le softcore Black Venus, présenté ici sur une galette dégraissée jusqu’à l’os (pas de menu, vf only, copie moyenne). Un petit bonus au vu d’un film à l’intérêt moindre, une production Harry Allan Towers où l’on croise Florence Guerin ou Ingrid Schubert et qui rappellera aux nostalgiques le charme suranné de la Série Rose et des dimanches soirs sur M6 dans les années 90.

Changement d’ambiance avec Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff, escapade cul et horrifique de Michel Lemoine, dont le visage de serpent aristocratique avait hanté les bandes bis des années 60, avant de glisser derrière la caméra pour un cinéma plus olé-olé (comprenant un virage porno, comme notre bon Mulot). Possédé par les pulsions tourmentées de ses ancêtres, le rejeton de la famille Zaroff ne peut pas s’empêcher de tuer des jolies filles, aidé en cela par son fidèle majordome (Howard Vernon, qui d’autre?). S’imbriquant dans une belle lignée de bis francophones tourné vers l’eurogothic (La nuit des pétrifiés, Midi-Minuit ou encore Une vierge chez les morts-vivants), Les week-ends… alterne passage à vides et visions émoustillantes, tel ce corps transformé en coupe de champagne ou les apparitions de Martine Azencot, dont la danse brûlante réveille un colosse de pierre, jusqu’à cette superbe scène de masturbation dans un long boa froufrou. Lemoine n’exclut pas non plus l’humour, avec l’intervention du couple Nathalie Zeiger/Robert de Laroche, qui connaîtra une fin spectaculaire à trop vouloir traîner dans la salle des tortures!

Autrefois édité chez Mondo Macabro sous le titre de Seven Women for Satan (rien à voir mais bon), le petit défouloir pervers de Michel Lemoine ressuscite sous des couleurs éclatantes, et se voit bien évidemment submergé de bonus: outre des plans coupés et des scènes totalement inédites (dont un délire onirique et une scène de mutilation particulièrement trash!), c’est Robert de Laroche, un des derniers piliers du film, qui est sollicité. Le concerné, redoutablement sympathique et truculent, assure une longue interview de près d’une heure revenant sur sa collaboration avec Lemoine ainsi qu’un commentaire audio. Ses deux courts-métrages amateurs ont été sorti également de leur crypte: le très ésotérique Baphomet et le très beau Chronique de Voyage, hommage à l’expressionnisme allemand traversé de superbes plans et évoquant fatalement Jean Rollin. Sont ramenés également pour l’occasion une ancienne interview de Lemoine (effectuée pour la précédente édition de Mondo Macabro) et le documentaire Paris Ciné Bis de 1994, revenant sur le fabuleux univers des cinémas de quartiers. Boucle bouclée.

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