behind the green

RLV CHAOSROMAIN LE VERN

Defiance of Good (Armand Weston, 1976)
Un porno pas comme les autres qui commence comme un drame social à la manière du Ken Loach de Family Life (charge contre le puritanisme, parents démissionnaires, spleen ado), se poursuit comme un film d’horreur façon Luis Buñuel (démiurge sadien, visions oniriques, rites initiatiques SM, quête de jouissance, reconnaissance du désir) et s’achève sur un twist cauchemardesque que je n’avais pas vu venir à l’époque. C’est très excitant et, d’un seul coup, à cause d’un plan, d’une image, ça devient ultra flippant. Dans cette merveilleuse partouze de monstres, il y a Jean Jennings, 18 ans lors du tournage, innocente et débauchée, femme de Joe Spinell à la ville. Gaspar Noe ne s’en jamais remis, moi non plus.

Derrière la porte verte (Mitchell bros, 1972)
Pour la légende merveilleuse de la porte verte. Pour l’incroyable Marilyn Chambers au look de girl next door qui, avec Linda Lovelace (Gorge profonde) et Georgina Spelvin (The Devil in Miss Jones), est devenue une figure emblématique de la décennie seventies marquée par la libération sexuelle. Tout le monde ou presque a déjà vu cette formidable pub pour le désir tournée en un jour (!) et beaucoup de choses restent dans les mémoires (le club bizarre où les libertins masqués contemplent ce qui se produit sur scène, l’orgie avec les prêtresses gourmandes et affamées, la manière généreuse dont la somnambulique Marilyn se tord de désir et offre son corps, la manière si nouvelle dont les corps se mélangent, beaux, moches, noirs, blancs). C’est probablement ce que le cinéma X a produit de plus excitant. Mais si, pour moi, Derrière la porte verte est au-dessus des standards 70’s susmentionnés, c’est aussi parce que rien n’est plus beau, plus chaos, plus joyeux et en même temps plus triste que cette séquence Lynchienne avant l’heure où Marilyn Chambers, enlevée et séquestrée par deux hommes (joués par les frères réalisateurs), débarque dans une pièce blanche, s’allonge et ne sait pas ce qui l’attend derrière la porte verte. Avant cette entrée sur scène, une autre femme la prévient, avec une voix douce et rassurante : le lendemain matin, la sleeping beauty aura tout oublié; elle se souviendra juste que cette nuit-là, elle a été aimée.

Corps de chasse (Michel Ricaud, 1989)
Le réalisateur Michel Ricaud avait compris, et ce bien avant nous, que le bon goût était l’ennemi de la créativité. Parmi ses nombreux méfaits, il existe ce Corps de chasse, sorte de remake parodique de La Traque (ici, trois chasseurs éméchés, rubiconds et dégueux festoient comme des porcs en expliquant « c’est quoi un bon chasseur« , urinent sur la bouffe, partent avec leurs armes en pleine forêt, violent une femme sans défense et, lorsque cette dernière se venge, se lancent à sa poursuite en prenant soin en passant d’agresser sexuellement un transsexuel) qui se révèle aussi improbable que dérangeant. Le « corps de chasse » du titre fait référence à l’une des scènes les plus dégueulasses d’un film qui, étrangement, parvient à injecter quelque chose comme un humour surréaliste, le temps d’une scène inoubliable où l’un des chasseurs tire avec son arme sur un avion dans le ciel et réussit à provoquer son crash. Sérieusement, il faut le voir pour le croire.

Emoções Sexuais de Um Cavalo (Sady Baby, 1986)
Sady Baby ferait passer Gaspar Noé pour un enfant de chœur. Dans la vraie vie, ce catholique pratiquant a fait croire il y a quelques années à son suicide, a eu 47 enfants, réside désormais en prison pour avoir fait tourner une mineure en la faisant passer pour sa propre fille. A l’heure où l’on se parle, il espère en sortant de taule monter un cirque. Lorsqu’il était en liberté dans les années 80, il jouait et surtout réalisait des pornos vraiment too much chaos comme ce dégénéré Emoções Sexuais de Um Cavalo, mû par une volonté de transgresser tous les tabous. Lorsqu’on lui reparle du film des années plus tard dans les interviews, Sady Baby affirme que tous les acteurs étaient heureux sur ses plateaux et que personne n’était forcé de faire ce qu’il n’avait pas envie de faire. La décence ou quelque chose comme ça nous oblige à ne pas énumérer tout ce que l’on y voit. Mais sachez qu’après avoir vu ce monument, si monstrueux qu’il en devient au-delà du bien et du mal, plus rien ne pourra vous atteindre. Sachez-le, vraiment. Et, entre nous, si Love a été interdit aux moins de 18 ans, on se demande bien quelle classification Emoções Sexuais de Um Cavalo obtiendrait…

Poing de force (Jean-Etienne Siry, 1976)
Cultissime porno hardcore réalisé par un gentil affichiste, ayant conçu plus d’une cinquantaine d’affiches pour le cinéma dont celle, assez connue, des Tontons flingueurs de Georges Lautner et espérant secrètement percer dans le X. Sommairement, dans Poing de force, on assiste au fist interminable d’un homme par un autre affublé d’une cagoule noire et ce dernier prend son pied en allant de plus en plus vite. Ce Poing de Force est particulièrement chéri par les fans de cinéma bis qui le considèrent à juste titre comme un pur film d’horreur, en raison de son climat anxiogène, de ses images scabreuses, de ses effets sonores et de son plan final effrayant, lorsque l’homme cagoulé retire ladite cagoule et révèle son visage zébré de cicatrices. Âmes sensibles, fuir.

Waterpower (Shaun Costello, 1977)
Ce porno s’inspire de l’itinéraire sordide de Michael Kenyon, un tueur en série ayant réellement existé qui, entre 1966 et 1975, qui s’était attaqué à une vingtaine de femmes pour les violer et leur administrer des lavements. Pour avoir commis ces actes, il avait écopé de six ans de prison. Un fait-divers effrayant ayant inspiré à Frank Zappa son morceau The Illinois Enema Bandit. Tout d’abord, impossible de ne pas faire un lien entre ce Waterpower et Forced entry (1972) du même réalisateur qui s’intéressait à un vétéran du Vietnam reconverti garagiste (Harry Reems, complice de Linda Lovelace dans Gorge Profonde) attaquant des clientes ; et déjà Costello s’intéressait moins au sexe qu’à la violence. Le passé interlope de Costello qui a produit des tonnes de porno pour le compte des Gambino (mafia new-yorkaise contrôlant la distribution des films X) y contribue pour beaucoup. Si on y croit, c’est aussi grâce à l’acteur porno Jamie Gillis – que l’on retrouvera des années plus tard aux côtés de Stallone dans Les fauchons de la nuit (1981) – hallucinant dans la peau du tueur au clystère adepte de la poire devenu justicier bourreau. Tout sauf excitantes, les scènes de sexe dans Waterpower sont glauques, à base de lavements punitifs dans le but de purifier et d’exorciser celles qui ont été soumises aux tentations de la chair. Au passage, Costello n’a pas négligé son casting et s’est servi des difformités physiques de certaines actrices comme Jean Silver, amputée de la jambe gauche à sa naissance laissant apparaître un moignon. Ce qui sidère le plus, c’est que rien n’est faux, au sens «truqué». Une séquence scatologique hallucinante est redevable à deux sœurs dans la vraie vie. Waterpower suinte le malaise ; John Hillcoat en a d’ailleurs repris un extrait dans Ghosts of The Civil Dead.

3 A.M. (Robert McCallum, 1975)
La singularité chaos de ce porno vient partiellement de l’identité de son réalisateur Robert McCallum, alias Gary Graver, chef-op pour Orson Welles et Roger Corman. Il a tourné ce premier X comme on participe à une orgie, comme un trip physique et métaphysique, et en même temps parce que dans les années 70, c’était la mode de faire du X. Le résultat n’est pas tant mémorable pour ses scènes de cul, hormis celle des « deux lesbiennes sous la douche » montée par ce gros cochon de Orson Welles himself, mais bien pour la mélancolie inhérente à la super actrice Georgina Spelvin, parcourant le récit sans en avoir l’air et son final, pas loin du tragique. Cette réussite en annonce une autre : V : The Hot One, deuxième expérience très soignée dans le porno…

Bijou (Wakefield Poole, 1972)
A l’instar de ce chef-d’œuvre de Derrière la porte verte (Mitchell bros, 1972), Bijou ne ressemble pas à un film porno pendant son premier quart d’heure. Les cinq premières minutes sont d’ailleurs assez démentes, opératiques, d’une absolue étrangeté : le temps d’un ballet comme De Palma en fera des rutilants plus tard, trois points de vue sont juxtaposés (celui d’un conducteur de voiture, celui d’une femme, celui d’un ouvrier) avant que, fatalement, ces destins se croisent. L’effet est d’autant plus étonnant que nous sommes induits en erreur par la musique classique créant un décalage avec ce que l’on voit à l’écran et qui n’est que celle de l’autoradio du conducteur – d’un mouvement, il l’arrête. De la même façon, le film n’est pas ce qu’il semble être. Plus tard, l’ouvrier se rend au fameux club «Bijou» caché au cœur de Greenwich village, qui ressemble à un étrange musée forain. On n’oublie pas qu’il est hétéro, qu’il se rend là où une femme aurait dû se rendre, qu’il se substitue à elle, en quelque sorte. Accueilli par une caissière sorcière, enivré par une musique de cirque, soumis à des injonctions écrites sur des panneaux lumineux, il bascule dans la quatrième dimension, succombe à un jeu de pistes et rejoint Alice au pays des merveilles. Le climat est anxiogène. Pourtant, quelque chose retient. Des lumières chaudes scintillent, des feux crépitent et dévorent, des rideaux ressemblent à des rivières dorées et enchantées, des écrans et des miroirs démultiplient le corps du Narcisse faisant naître des doubles, des créatures à contours humains venues d’ailleurs, des images surréalistes (un sexe masculin s’échappant d’une bouche, des mains géantes…) ornent les paysages comme autant de trompe-l’œil, abrogeant le temps comme l’espace. Surtout, une mélodie douce, envoûtante, nous rassure, accompagne l’errance hallucinée façon Pink Narcissus (James Bidgood, 1971) pour ne pas perdre son sujet dans un aller-simple de fantasmes. Cet homme, au corps sexuellement frustré dans la vie de tous les jours, réduit à la virilité de son métier et à la masturbation sous la douche, va découvrir dans ce club ce que signifie faire l’amour à un autre, à une femme, à un homme, à soi-même, à plusieurs. Autant d’expériences qui vont le bouleverser à jamais. Lorsque l’aube se lève, le protagoniste ressuscite de sa déambulation, s’échappe du cabaret des rêves, se tourne vers la caméra et sourit, le regard plein. Il est exactement dans le même état d’hébétude que Marilyn Chambers à la fin de Derrière la porte verte, en proie à un sortilège magique, éprouvant lui aussi ce qu’on avait raconté à Marilyn au moment de l’endormir, de l’hypnotiser : vous ne vous souviendrez plus de ce que vous avez vécu, vous vous souviendrez juste que vous avez été aimé. Pour info, Bijou était l’un des films préférés d’Andy Warhol.

Cafe Flesh (Stephen Sayadian, 1981)
Stephen Sayadian a commencé sa carrière en tant que directeur artistique pour LFP (Larry Flint Publications) avant de mettre en boîte au début des années 80 des films qui ne ressemblent à rien de connu, représentatifs d’une époque où la pornographie avait – encore – des ambitions artistiques. Au sexe libre et hédoniste des années 70 succède le sexe solitaire. Pile au moment où les premières cassettes porno sont commercialisées, Sayadian nous plonge dans un monde de surréalisme pulp amer, d’humour zarbi, de tableaux kitsch, de virus et de performance, à l’esthétique alliant mauvais goût et visées poétiques, résistant au sexe boucher. Café Flesh, son film le plus connu, se déroule après l’apocalypse nucléaire ; l’humanité est partagée en deux groupes : les «positifs» qui ont conservé la faculté de faire l’amour et la grande majorité des «négatifs», devenus impuissants. Pour accéder au plaisir, ces derniers regardent les «positifs» se donner en spectacle. Une œuvre pornographique hybride s’appropriant les codes de la science-fiction et du fantastique, dans une atmosphère de fin du monde froide et angoissée. A voir en double-programme avec un autre Stephen Sayadian, Nightdreams.

Les couilles en or (Jean-Pierre Mocky, ?)
On se souvient qu’avec L’ombre d’une chance, Mocky avait profité de la libéralisation des mœurs au cinéma et de l’avènement des premiers pornos pour proposer quelques scènes de sexe, dont l’une contient un insert pornographique de pénétration very furtif. Mais quid de Les Couilles en or? Mocky répond au CHAOS : « J’ai fait ce film X sous le nom de Serge Batman. Pendant le tournage, je portais un masque de Batman pour qu’on ne me reconnaisse pas. Mais il a été retiré de la circulation: la fille qui jouait le rôle principal a épousé un mec qui s’est obstiné à retirer tous les films de la vente. J’en ai une copie chez moi mais je n’ai pas le droit de la diffuser« . La petite histoire veut que « la fille jouant le rôle principal » soit en réalité une star du cinéma français dans les années 60-70. En off, Mocky nous avait révélé de qui il s’agissait mais comme il a une légère tendance à la mythomanie, impossible de vérifier l’existence même de ce film.

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