manuel

jjgoldbJEAN-JACKY GOLDBERG

Manuel’s Fucking French Vacation
Tout en haut de mon panthéon personnel, MFFV est le chef d’œuvre de son auteur/acteur. C’est en fait une déclinaison française de sa série phare, Raw, dans laquelle il part seul, avec sa bite et sa petite camera, baiser des actrices chez elles à Los Angeles ou dans des petites chambres d’hôtel qui changent des impavides villas avec piscine. Le concept est ici le même, mais à Paris : de passage dans la capitale, le meilleur acteur français (toutes catégories de films confondues) passe deux-trois coups de fil pour faire connaissance avec les actrices du cru que son exil angeleno l’a fait rater.

Il y a 3 autres scènes, toutes intéressantes, avec Liza Del Sierra, Angell Summers et Graziella Diamonds, mais le choc c’est vraiment la première. Ça commence donc avec la gracile Lou Charmelle, que Manu est censé retrouver à l’hôtel IBIS de la Place de Clichy. Tout est en vue subjective. Toc, toc, toc. Pas de réponse. Il refrappe, Lou vient lui ouvrir en nuisette. Elle dormait, Manuel est en retard. Il l’essaie de l’entreprendre, elle l’éconduit : « allez, viens te coucher, on fera ça demain« . Déjà c’est magnifique. Cut. Les deux se réveillent, se frottent l’un contre l’autre, Manu tenant toujours la caméra tandis que Lou, la belle Lou, le tease gentiment. La tension monte, Lou arrête : « tu préfères pas boire un café avant ? ». Ils descendent prendre un café, discutent, se racontent leur vie. Qui a dit que le porno ce n’était que du sexe ? La scène a commencé depuis 10 minutes et c’est à peine si on a vu un début de fellation. Ils finissent par remonter, se déshabillent mutuellement, s’allongent sur le lit. Tout est très doux, la camera est alors posée sur un meuble, en face du lit, a 2 ou 3 mètres — assez loin donc. Qui a dit que le porno ce n’était que des gros plans gynécologiques ? Au moment de s’empaler sur le sexe de Manu, qui a la particularité de ne pas être circoncis (contrairement à la plupart) et de ne pas complètement se décalotter, Lou a cette phrase sublime, une des plus inouïes du porno contemporain : « Ça va, je te fais pas mal« . « Non, non, ça va » lui répond-il en chuchotant… Ou ailleurs a-t-on vu une actrice s’enquérir de la fragilité de la queue de son partenaire ? Sérieusement ? Après ce prologue hyper long, toute la tension est relâchée dans une baise aussi belle et intense qu’il se doit, où la camera passe de la commode à la poigne de Manu. Cadrages tous parfaits, lumière simple et chatoyante, à la Caroline Champetier. En plus d’être le meilleur acteur français, Ferrara est un de ses meilleurs chef op.
Le dénuement est total, la dévotion absolue, il y a de l’amour dans l’air. Amour du métier, amour du spectateur pour le moins. Elle lui jette des regards passionnés, il lui chuchote des cochonneries dans l’oreille. Quoi exactement ? Ca restera entre eux, trop intime, évidemment. A ce niveau de vérité, il n’y a plus de gonzo, de POV de tags chelous, ou quoi que ce soit d’autre : c’est du cinéma, point. Sa quintessence crue. Rossellini n’a qu’à bien se tenir.

The Fist.avi
J’ai un jour pris cette vidéo sur le disque dur d’un copain, circa 2000, l’ai regardé 200 fois, puis l’ai perdu. Évidemment, avec un tel titre, et sans actrice connue, impossible de la retrouver. Crève-cœur… Le concept : une douzaine de nanas se retrouvent pour une soirée pyjama, sauf qu’en fait ça se transforme vite en réunion Tupperware de fist fucking. L’une d’entre elles a décidé d’initier ses copines à l’art délicat, s’il est bien fait, du poing dans la chatte — ou autre. Elle leur fait d’abord un speech, leur explique ce qui va se passer, plans de coupe sur les visages mi-excités mi-inquiets des dites-copines.

Puis on passe à la pratique. La cheffe montre l’exemple en passant en premier. Je me souviens encore des visages fascinés et des wow super réalistes proférés par les filles lorsque le premier poing est complètement rentré. Ensuite ça se lâche, tout le monde s’empoigne, certaines prennent double quantités, d’autres n’y arrivent pas (mais, à 4 doigts, sont chaleureusement félicitées par leurs consœurs). Et à la fin tout le monde est exténué et se fait des bisous sur les tapis de sol. Aujourd’hui, la pratique s’est banalisée, mais y a 15 ans, je pense que c’était encore assez exceptionnel et que la plupart faisaient ça pour la première fois. Et si ce n’est pas le cas, comme toujours avec le porno, la réussite d’une scène se juge à la capacité des acteurs à faire croire qu’ils ne jouent pas ; ce n’est pas si différent du cinéma classique donc.

Le démon (Jack Tyler)
Tyler, c’est le dernier utopiste du X français, le seul qui croit encore, dans la lignée des années pré-Giscard, que le porno tient plus de l’art que du sport, et surtout qu’il peut changer le monde. Le démon, réalisé en 2008, est son chef-d’oeuvre. Avec entre autres HPG et Tiffany Hopkins (la muse de Tyler, sa Béatrice Romand même si ça le rend fou qu’on le compare à Rohmer), le film offre une réflexion sur le métier de pornographe, à travers le personnage de Victor Duchemin, érotomane cloué sur une chaise roulante, quelque part entre James Stewart dans Fenêtre sur cour, et Stephen Dwoskin, cinéaste expérimental anglais fasciné par la douleur physique, condamné à projeter ses pulsions scopiques sur l’œilleton de la caméra. Deleuze disait que «le cerveau, c’est l’écran» ; c’est précisément le sujet du Démon : en quoi la pornographie est, plus que tout autre genre, une rêverie participative, une victoire de la fiction sur le réel dépravé.

French Beauty (John B Root)
Avant Tyler, dans la veine utopiste triste à la Houellebecq, il y avait John B.Root. Il est depuis passé à autre chose, mais en 2001, toutes les conditions étaient réunies pour que French Beauty soit une réussite. Déjà, c’est le premier film d’Ally MacTiana, à qui B.Root, fou amoureux, consacrera quelques années plus tard un film sobrement intitulé Ally. C’est surtout celui où le système B.Root fonctionne le mieux : les acteurs sont impliqués dans la fiction, la joie sur le plateau est manifeste, le propos est visionnaire (c’est une sorte de remake de Théorème de Pasolini, avec un ange qui descend sur terre pour pervertir — c’est-à-dire dans le langage B.Rootien « libérer » — une famille bourgeoise) et la grande scène de baise au milieu du film est magique…

Fashonistas (John Stagliano)
Franchise historique pour plein de raisons : le premier (2002) était tourné en 35mm pour un budget dément (500 000$) quand on pense à ce qui se fait aujourd’hui ; il a établi un record d’AVN awards ; c’est le sommet de la relation entre John « Buttman » Stagliano et son meilleur disciple Rocco ; c’est le début de la carrière américaine de Manuel Ferrara ; Belladonna n’a jamais été plus belle… Le 2, sous-titré Safado, est beaucoup plus ingrat visuellement mais y a encore de belles choses, notamment le fameux «punch me in the stomach» lancé par une Sasha Grey alors débutante au pauvre Rocco qui n’en revient pas de se faire dominer par la dominée. Je ne crois pas avoir vu le 3, ou je l’ai oublié.

Pirates : The Stagnetti’s revenge (2008)
Fait rare, cette parodie X de Pirates des Caraïbes 2 est supérieure à l’originale (et au premier). Qu’en dire ? Belladonna, Katsuni, Sasha Grey, Jenna Haze, Jesse Jane, l’impayable Evan Stone en capitaine, des serpents de mer, des squelettes en image de synthèse, du fric utilisé à bon escient, des dialogues bien écrits et bien joués… Je ne sais pas si c’est super Chaos tant c’est l’incarnation du X mainstream. Mais si le porno n’était que ça, crois-moi on serait plus heureux.

Kristina Rose is Slutwoman (with Manuel Ferrara)
Il y a un très long billet sur letagparfait.com à propos de cette scène (qu’ils m’ont faite découvrir, ainsi qu’à un tas de gens) donc je ferai court : un garage souterrain éclairé au néon, le claquement des talons sur le béton, la caméra qui avance et recule langoureusement, sans montage ou presque (ce serait criminel), Manuel Ferrara viril mais correct (comme toujours), et Kristina Rose en transe qui lui hurle « I love you, I love you, there’s no one else but you » à Ferrara qu’on sent un peu sonné de recevoir tant d’amour. Et puis toi spectateur, presque gêné de voir toute cette intimité étalée, et en même temps incapable de décrocher tant il est rare d’apercevoir de tels moments de vérité dans un porno.

La chienne (John Leslie)
C’est simplement le premier porno que j’ai vu sur Canal Plus, en crypté – super chaos donc. Les jeunes l’ont oublié, et tant mieux pour eux, mais à l’époque, 1) il n’était pas aussi facile de se procurer du porno et le film du mois sur Canal, même derrière une passoire, était particulièrement prisé 2) le système de cryptage faisait qu’on entendait rien mais qu’on voyait quand même assez bien ce qu’il y avait à voir. Les détails étaient indiscernables, mais les situations étaient compréhensibles, et pour mon premier porno, je crois que c’est une chance de l’avoir vu comme ça, avec cette distanciation technique, avec ce flou artistique, avec ce grésillement entêtant. Je n’ai jamais osé le revoir normalement (et n’ai donc pas la moindre idée de quoi ça parle), pour ne pas briser la magie du souvenir.

L’essayeuse (Serge Korber)
J’ai vu ce film en 2011 à la Cinémathèque, a l’occasion de la « Nuit de la grande chaleur », programmé à l’occasion de la sortie de l’incroyable Dictionnaire du cinéma érotique et pornographie français en 16 et 35mm de Christophe Bier. Pour l’occasion, l’incollable Bier avait sorti des caves de la Cinémathèque, un incunable de 1975 (remarquablement) réalisé par Serge Korber (qui a fait certains De Funes très cool, dont L’homme orchestre), dont toutes les copies sauf celle que nous voyions ce soir-là avaient été détruites pour « outrage aux bonnes mœurs« . J’ai un peu oublié l’histoire, je me souviens juste d’un type qui matait dans une boutique de sous-vêtements, de bourgeoises émoustillées dans un sauna gay et d’une partouze finale assez longue et conceptuelle. Je n’ai pas de fétichisme particulier pour le X des 70’s, mais ce film est sidérant de liberté et donne un aperçu de ce que le genre a perdu avec les années : des corps variés, jeunes, vieux, blancs, noirs, beaux, laids, des hétéros et des homos dans la même scène. La soirée s’était poursuivie avec un Maléfice Porno du pire acabit, sans doute plus chaos dans le fond, mais dont mon seul souvenir est une aiguille plantée dans le sexe d’un homme noir pour le torturer.

RĂŞves de cuir (Francis Leroi)
Pour être sincère, j’ai un peu oublié le film, mais Sandrine Rinaldi aka Camille Nevers a écrit dessus dans les Cahiers en 1992, et rien que ça, c’est Chaos!

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