Y-a-t-il encore une place pour la série B de qualité sur les grands écrans français? La réponse est malheureusement négative quand on voit la frilosité des distributeurs à offrir des sorties décentes à certaines œuvres percutantes. Dernière en date: Brawl In Cell Block 99.

PAR MORGAN BIZET

Présenté hors-compétition à la dernière Mostra de Venise, ce second film de celui qui est d’abord réputé pour son travail de romancier et scénariste (le sympathique The Incident d’Alexandre Courtès) était précédé d’une fringante réputation de pépite bis. On y suit la descente aux enfers de Bradley Thomas, ex-boxeur au flegme impressionnant, qui du jour au lendemain perd son travail et apprend que sa femme le trompe. 18 mois plus tard, on le retrouve dans une situation nettement avantageuse et sa femme de nouveau enceinte après une douloureuse fausse couche. Et pour cause, «Brad» est passeur de drogue pour un vieil ami dealer. Un soir où un gros coup finit mal, il se retrouve finalement derrière les barreaux et doit, pour sauver la vie de sa femme et de sa future fille, assassiner un prisonnier situé dans le «cell block 99», réservé aux criminels les plus dangereux.

Tels ceux de Dante et Virgil, le parcours de Bradley Thomas fonctionne par palier spatial et horrifique. La linéarité du récit entraperçue dans Bone Tomahawk et qui ici arrive à un degré maximal avec son exposition de près d’une heure et son rythme quasi-apathique calqué sur le comportement du protagoniste (Vince Vaughn, impressionnant), s’en trouve constamment parasité. Comme si le film entier était un jeu vidéo composé de multiples niveaux.

Le voyage crépusculaire de notre (anti-)héros commence sous une lumière aveuglante puis se poursuit dans une nuit prophétique. Les décors de prisons s’enchainent, jusqu’à l’irréel avec cet obscur cachot moyenâgeux et ses instruments de torture en guise d’unique ostentation, comme si l’on avait atterri dans le lieu le plus abyssal du monde. Aucune surprise dès lors de se retrouver face à cette fin abrupte, jusqu’au-boutiste. Pas de purgatoire, ni encore moins de paradis pour Bradley Thomas.

La violence, filmée comme rarement, est le cœur de l’œuvre. Elle va crescendo et atteint son apogée dans les dernières minutes avec des scènes de combat hallucinantes. Le point d’orgue d’une approche ambitieuse : filmer les affrontements en temps réel, avec un minimum de coupes, et cadrés assez large pour nous montrer à la fois les corps et les visages des acteurs. Des chorégraphies singulières hyperréalistes qui tendent au final vers l’abstraction.

Imparfait, le scénario bas du front et les personnages secondaires caricaturaux peuvent parfois irriter, Brawl in Cell Block 99 reste une proposition de cinéma alternatif saisissante où le gore, très artificiel, jaillit comme par coups de pinceau. L’acte de naissance filmique d’un auteur qui, après un premier film de caractère mais limité, fait ressurgir la mémoire d’un cinéma pulp, transgressif, barbare et empli de style – Les Chiens de paille, Assaut, The Warriors, Reservoir Dogs.

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