Malgré les difficultés éprouvées par la Poste, nous avons mis la main sur les dernières livraisons Make my Day! dispos comme d’hab en DVD et Blu-ray: trois films qui raviront les complétistes des seventies, les fans de Christophe et les personnes confinées dans le Loiret.

Commençons par la pièce de choix du trio: Fright de Peter Collinson, cinéaste anglais avant tout connu pour son Italian Job (starring Michael Caine) en 1969, mais dont la filmo horrifique méconnue vaut le détour. Nous sommes ici en 1971, et l’intrigue vous dira certainement quelque chose: une jeune baby-sitter, débarque dans une maison isolée de la campagne anglaise, afin de s’occuper du fils d’un couple désireux de passer la soirée en amoureux. Mais une fois seule, elle croit apercevoir un rôdeur derrière les fenêtres. Pendant ce temps, la mère s’inquiète pour une raison qu’on ignore.

Du slasher en gestation? On pourrait égrener la liste des motifs qui façonneront le genre à la fin de la décennie: la traque d’une sexy baby-sitter dont la virginité est menacée (interprétée par Susan George, au même moment terrée dans la campagne anglaise des Chiens de Paille de Peckinpah), le boyfriend insistant, le coup de téléphone présidant à un vif sursaut… Tout est déjà là. Et bien là.

Enfonçons le clou avec d’autres pattern encore plus troublants: un classique du cinéma d’horreur comme par hasard diffusé à la téloche, des pièces à entrées doubles dans lesquelles on multiplie les allers-retours ou encore cette séquence nocturne où l’on voit deux personnages disserter dans une voiture sur une figure horrifique, non sans inquiétude… L’un des deux personnages est, au passage, campé par Honor Blackman, décédée cette semaine à l’âge de 94 ans.

Dans sa traditionnelle préface vidéo, JB Thoret dit qu’il ne sait pas si John Carpenter avait vu Fright au moment d’enclencher sa Nuit des masques (1978). Ou bien nous sommes en face d’une coïncidence assez dingue, ou bien Big John nous avait caché ce bijou séminal qu’il était plus que jamais nécessaire d’éditer, qui resplendit d’autant plus qu’il agrège tout ce que le cinéma de genre d’alors était en train de couver. Un peu comme si toutes les tendances de l’horreur s’étaient alignées: la bâtisse gothique, le feuillage secoué par le vent façon Bava, la dilatation du temps d’Argento, la caméra agressive sortie de l’inconscient de Répulsion et Rosemary’s Baby

On tient bien là entre nos mains un morceau important, à la postérité étrange puisqu’à notre connaissance peu de cinéastes s’en sont revendiqués. L’autre film qui compose ce double programme 100 % rosbif est And Soon the Darkness de Robert Fuest en 1970, soit quelques mois avant que le réalisateur ne s’adonne à son très culte Abominable Docteur Phibes (1972). L’homme qui débuta comme décorateur retrouve pour l’occasion l’équipe qu’il formait sur le plateau de Chapeau melon et bottes de cuir (Laurie Johnson à la musique, et l’incontournable scénariste-producteur Brian Clemens à la baguette, sorte de Rod Serling d’outre-Manche qui officia aussi sur Angoisse et Les Professionnels).

Deux jeunes anglaises en shorts serrés viennent s’enquiller des vacances dans une bourgade orléanaise (apparemment fictive) répondant au doux nom de Landron. À la fraiche, les deux copines arpentent à vélo des vallées désertes, et font régulièrement des haltes au troquet du coin, dont un tenu par un préoccupant Jean Carmet, décidément fier représentant du bistrot tricolore, y compris dans les productions étrangères. Un mystérieux garçon dans le vent fait son apparition, quand l’une des deux amies disparait elle dans la nature après s’être enguirlandée avec sa comparse…

Là encore, un pitch rudimentaire compensé par une mise en scène hyper subtile, préférant la montée en tension graduée plutôt que l’effusion gore. On pourrait qualifier And soon the darkness de soft redneck movie, où les gueules inquiétantes du terroir suscitent pour une fois plus de commisération que d’effroi. Autre influence patente : le film ne cesse de piocher dans la grammaire du western, citant très explicitement La prisonnière du désert et les très gros plans leoniens, servant ici à embastiller les personnages dans un huis-clos diurne et en plein air.

Le film est à l’image de sa BO, quelque part entre le easy-listening d’introduction et un theme principal plus strident: bien plus sérieux qu’il n’en a l’air. Si l’exercice de style n’évite pas certaines longueurs, il donne une autre regard sur la jeunesse pop de l’époque, alors que nous sommes, rappelons-le, en plein moment Zabriskie Point (l’une de nos deux bestah, découvrant le nom du patelin, en profite pour sortir une boutade bien sentie sur le “Swinging Landron”).

Plaisir aussi de revoir Pamela Franklin, révélée neuf ans plus tôt dans Les Innocents de Jack Clayton (1961), l’un des actrices fétiches du lectorat chaos.

Et puisqu’on parle de Zabriskie Point: aviez-vous déjà imaginé une déclinaison filmée au même moment par notre Georges Lautner national? Passé inaperçu à sa sortie fin 1970, La route de Salina s’est depuis refait une réputation dans certains tripots cinéphiliques, et notamment depuis que Quentin Tarantino a rendu la BO de Christophe et Clinic plus illustre que le film lui-même, en la recyclant dans Kill Bill : Volume 2 (2004). Le duo Cattet/Forzani s’en souviendra avec Laisse bronzer les cadavres! (2017).

Comme La Traque (1975), il fait ainsi partie des films méconnus connus. Et comme La Traque, il met en scène Mimsy Farmer, papesse blonde platine dont la plastique aura arrosé tant de sommets des seventies. Elle est ici dans un décalque de son rôle dans More (1969), mais on ne l’avait peut-être jamais vue si ardente: le film est une ode à sa figure scandaleuse, comme l’avait été Gilda en son temps avec Rita “Put the Blame on Mame” Hayworth, qu’on retrouve aussi au casting, dans un registre fort différent.

Sur la route de Salina, Jonas un jeune hippie, s’arrête dans une maison isolée où une mère, Mara, et sa fille, Billie, reconnaissent immédiatement en lui leur fils et frère Rocky disparu quatre ans auparavant. Mais dès que Jonas n’accepte plus d’être Rocky pour la belle Billie dont il est tombé amoureux, la situation se dégrade. On n’a pas envie de vous en dire trop sur ce film noir solaire sorti dans la foulée du Pacha (1969), qui observe la contre-culture le pied gauche au dedans, le pied droit au dehors (c’est la dimension The Great Gatsby du cinéaste). Film qui d’ailleurs ne dépareillerait pas dans la catégorie “Erotica” de vos sites de téléchargements préférés…

Principal bonus: 50 minutes en compagnie d’un camarade de chambrée du chaos, Sylvain Perret, qui revient notamment sur les nombreuses méprises qui ont marqué la carrière de Lautner. C’est bien plus consistant que les bonus légers du double programme anglais, mais on n’aura pas le toupet de cracher sur un combo 4 disques à 24,99 euros, surtout en ces temps de VOD toute puissante…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici