Deux tueurs qui traquent un grand chaperon rouge (Hunted de Vincent Paronnaud); un ingénieur informatique qui développe de manière trop intensive une addiction (Butt Boy de Tyler Cornack); un des plus beaux films de tous les temps (La clepsydre de Wojciech Has).

Butt Boy de Tyler Cornack
Un ingénieur informatique (Tyler Cornack en personne), désoeuvré dans son travail, plus du tout désiré par sa femme, connait une révélation après un examen de routine de la prostate. Au même moment, des enfants et des chiens disparaissent. Et s’il y avait un lien? Un détective en plein sevrage le pense. Et il pourrait bien avoir raison. Là où, avec un tel argument scatologique, une comédie (américaine comme japonaise) aurait fait dans l’humour gras, le film, lui, reste imperméable, inflexible, presque froid, traitant son sujet scabreux comme un thriller avec acteurs impliqués, néons et synthés. Un peu à la manière de Chris Morris (la série Jam), il s’agit de traiter au premier degré, dans un esprit de sérieux, des choses monstrueuses ou improbables. La manière avec laquelle cet argument est développé constitue la vraie étrangeté d’une telle proposition, permettant incidemment une savoureuse satire d’une Amérique moyenne asphixiée par les valeurs patraques, voulant transformer des fonctionnaires anesthésiés en winner du mois.

Hunted de Vincent Paronnaud
Deux tueurs parcourent le pays. Des cadavres de femmes fleurissent sur leur passage. A cause d’un accident de voitures aux abords d’une forêt, leur dernière proie (Lucie Debay qui ressemble à un mélange entre Edith Scob et Jessica Chastain) réussit à s’échapper. Une course poursuite sans merci s’engage alors dans les bois entre cette dernière et ses prédateurs, la jeune femme n’aura qu’un seul allié: la forêt. Un thriller horrifique efficace réalisé par celui que l’on connait aussi sous le pseudonyme de Winshluss, à qui l’on doit des bédés comme Welcome to the Death Club, Pat Boon ou Pinocchio et qui est aussi connu pour avoir coréalisé avec Marjane Satrapi de Persepolis et de Poulet aux prunes, et auteur d’un film de zombies bien de chez nous (Villemolle 81, en 2009). Il n’est pas question de révolutionner quoi que ce soit à ce genre archi-balisé qu’est le survival mais rien de honteux pour autant (ou justifiant des avis négatifs ou des notes faibles): le cinéaste reprend les codes des contes, comme il le souligne le temps d’un prologue visuellement inspiré, jouant sur les lumières, les ombres et les couleurs, témoignant un vrai savoir-faire technique, révélant l’effroyable monstruosité de son tueur principal (Arieh Worthalter, ad hoc), maniant un second degré bienvenu dans la dernière partie (ah, cette merveilleuse visite d’une maison par un agent immobilier à un jeune couple) et ce jusque dans son défouloir féministe de bon aloi.

La clepsydre de Wojciech Has
On dit merci à Maxime Lachaud d’avoir programmé dans sa carte blanche des films-rêves ce film sublime, l’une des plus envoûtantes fantasmagories de l’histoire du cinéma: La clepsydre (1973), où tout est illusion, tout est cinéma. Un film où l’on dort les yeux ouverts. Suite à la réception d’un télégramme, un homme se rend dans un sanatorium immense pour voir son père dont il craint qu’il ne soit déjà décédé. Et devient peu à peu Alice au pays des merveilles au pays de Kafka. Dans ce bâtiment aux dimensions infinies, le héros se confronte à un magma de souvenirs, de fantasmes, de songes qui se succèdent comme dans une transe et auquel il va essayer de donner un sens. Le temps est suspendu pour que ceux qui sont morts sur la terre y rejouent leur vie. Tel un récit picaresque où plane une allégorie de l’Holocauste, on passe de la grande Histoire aux micro-séismes de l’intime, en changeant de lieux comme d’époque, d’une séquence de guerre à un mariage, d’un train d’épouvante à un repas des enfers, d’un grenier truffé de plumes et d’insectes à un cimetière tapissé de cierges. Une errance dans les limbes, bourrée de symboles, présentée comme hors du temps mais qui parle bien de son pays et de son époque et de nous, par la même occasion. Avec des séquences surréalistes inoubliables, par paquets de cents, célébrant le pouvoir enchanteur du cinéma.

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