Avant le morceau Christopher Walken de ce soir, bref retour sur deux beaux films américains aperçus en ce début de Champs-Élysées Film Festival…

Le premier est l’œuvre de Dan Sallitt, critique et réalisateur connu pour “ses films en microbudget”, nous dit la traduction française hasardeuse de son profil Google. Son Fourteen raconte une amitié étalée sur 10 ans entre les deux trentenaires Mara et Jo, leur velléités d’écriture (nous sommes à Brooklyn), leurs petits boulots mal payés (nous sommes dans un film indépendant), leurs relations plus ou moins fastes avec les hommes… La première, droite dans ses bottes, vient constamment au chevet de la seconde, en proie à la dépendance affective, qui s’emmure peu à peu dans la drogue et les médocs. Sur ce canevas bien classique qu’on ne voit que trop dans un cinéma alternatif qui n’est pas immunisé contre les clichés, Dan Sallit déploie un petit manuel d’épure rafraîchissant, dont on aimerait que les épigones d’Ira Sachs s’inspirent: coupes sèches à la Pialat (la référence du cinéaste, marqué à vie par A nos amours), absence totale de musique sur un mixage volontairement désinvolte que le réalisateur a lui-même effectué, ellipses soudaines qui nous font traverser le temps sans surligner les changements physiques des acteurs acteurs (acteur.trice.s?) On peut trouver le dispositif un brin répétitif : reste qu’on a sous nos yeux un cinéaste aussi élégant que souverain, galvanisé par une actrice principale dont on devrait entendre parler (Tallie Medel), et qui vient de nous réconcilier avec le cinéma new-yorkais fabriqué pour moins de 100 000 dollars. Avis aux distributeurs français qui souhaiteraient aérer un peu leur line-up. On vous conseille, en passant, le blog de Dan Sallit, tout en tops 10 et en codes couleurs cinéphiles.
Dans un registre bien différent, Chained for life d’Aaron Schimberg nous convie à un plateau de tournage où une belle actrice (Jess Weixler) doit composer avec son partenaire de jeu (Adam Pearson), atteint de neurofibromatose de type I. Vous ne savez pas ce que c’est? Plutôt que de faire un tour sur Google Images et d’offusquer vos collègues de bureau les plus nauséeux, souvenez-vous que le comédien est devenu célèbre après son rôle dans Under the Skin, et que cette maladie a longtemps été attribuée à Joseph Merrick (plus connu sous le nom de l’Elephant Man). Le film dans le film réunit un casting calqué sur celui des Freaks de Tod Browning: sœurs siamoises, hermaphrodisme, nanisme, “épinglisme”, et autres entrées au petit catalogue des horreurs érigé dans cet inventaire phare de 1932. Tapi dans l’ombre du plateau, un mystérieux tueur à cicatrices qu’on ne verra jamais (Schimberg confie vouloir s’amuser des clichés qui veulent qu’un défaut moral s’incarne à l’écran par un défaut physique). Trois types de narration ici: la fiction, le tournage donc, et les rêves de la protagoniste principale, pour un acid trip diurne qui croiserait La Nuit américaine de François Truffaut avec le Berberian Sound Studio de Peter Strickland. Pour employer un vocable pratique qu’on ne chérit pas vraiment ici: une sacrée proposition de cinéma, qui devrait garantir à son auteur de grandes destinées festivalières dans les années à venir. Cette compétition américaine commence décidément bien.

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