ZĂ© do CaixĂŁo, notre croque-mort nietzschĂ©en dans l’Ăąme, cherche la femme parfaite qui pourra donner naissance Ă  l’ĂȘtre supĂ©rieur. Rien, absolument rien, n’arrĂȘte JosĂ© Mojica Marins.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Quand on vous accuse littĂ©ralement «d’assassiner le cinĂ©ma brĂ©silien», autant ĂȘtre fier et persĂ©vĂ©rer, non? Bien sĂ»r que oui! Peu effrayĂ© par ses dĂ©boires avec la censure ou par la pression des autoritĂ©s religieuses, Jose Mojica Marins tourne une nouvelle aventure de son personnage fĂ©tiche et alter-ego ZĂ© do Caixao en 1967, qu’il avait pourtant tuĂ© Ă  la fin du premier film (À minuit, je possĂšderai ton Ăąme, 1964). DĂ©figurĂ© par les spectres qui rĂ©clamaient une vengeance toute lĂ©gitime, le croque-mort sadique retrouve forme humaine sur le billard et repart Ă  l’assaut de la gent fĂ©minine, obsĂ©dĂ© de trouver LA femme pour porter ses idĂ©aux et son futur enfant. Cette fois, on passe Ă  la vitesse maximale: aidĂ© par un serviteur bossu et difforme, ZĂ© emprisonne une cohorte de jeunes femmes pour les soumettre Ă  des Ă©preuves terribles, les arrosant d’araignĂ©es et de serpents dans l’espoir de tester leur limite. Car il lui faut trouver la femme parfaite, la femme sans peurs ni craintes.

Avec son titre Ă  rallonge Ă©voquant aussi bien une possession dĂ©moniaque qu’un acte nĂ©crophile, Cette nuit je m’incarnerai dans ton cadavre suit la logique de la sĂ©quelle bigger & lourder en multipliant les saillies sexy et atroces comme si demain n’existait pas. Le summum Ă©tant atteint dans une longue scĂšne de cauchemar oĂč ZĂ© est traĂźnĂ© par un zombie dĂ©charnĂ© dans un cimetiĂšre oĂč les morts surgissent de leurs tombes pour l’entraĂźner en enfer. Soit l’exacte illustration du cauchemar que fit Jose Mojica Marins avant la crĂ©ation de son personnage mythique! La folie ne s’arrĂȘte pas lĂ , et c’est un pandemonium en Eastmancolor qui s’offre Ă  nous, avec un ZĂ© perdu dans un enfer de glace oĂč l’on Ă©corche, on crucifie, on flagelle et on hurle Ă  l’envi sous des trombes de neige.

Murs de chairs et satan de pacotille: tout y est kitsch, excessif et barbare, comme si Mario Bava avait copulĂ© avec Herschell Gordon Lewis. MalgrĂ© toutes ses audaces, Mojica Marins sera rappelĂ© Ă  l’ordre: lorsque ZĂ© est rattrapĂ© par la traditionnelle foule en colĂšre, il s’en remet Ă  Dieu, Ă  contre-coeur du cinĂ©aste. Comme dĂ©jĂ  Ă©puisĂ©, Mojica Marins fera de son personnage une icĂŽne et une marque de fabrique, comme dans L’Ă©veil de la bĂȘte (1969), rĂ©quisitoire dĂ©lirant anti-drogue oĂč les pĂ©cheurs finiront sous le joug de ZĂ©. AprĂšs des dĂ©cennies de cinĂ©ma d’exploitation plutĂŽt mĂ©diocre pour Marins, il faudra attendre les annĂ©es 2000 pour que ZĂ© fasse enfin un retour fracassant…

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