Encore une ravissante Ă©trangetĂ© chaos venue de l’ozploitation…

PAR JEREMIE MARCHETTI

Si on connaît bien le cinéma d’exploitation australien pour ses bandes à sensations fortes (survival, horreur, action, science-fiction, thriller), on connaît moins la face cachée de la lune, la face soyeuse, la face coquine. Il faut dire que dans cet exercice, nos amis Australiens ne sont pas allés aussi loin que leurs comparses américains ou italiens, emballant de temps en temps des comédies sans chemises et sans pantalons comme le diptyque Fantasme ou Felicity. Le plus drôle spécimen du lot, ou du moins le plus étrange puisqu’il n’est pas intrinsèquement drôle en lui-même, c’est bien Centrespread, unique film de Tony Paterson, qui fut un monteur très actif dans le petit monde de l’ozploitation, et qui tripatouilla en particulier les pellicules du légendaire Mad Max. De quoi entretenir davantage le mystère de ce film érotique improbable nous ramenant à une vision du futur très «début 80’s», bloqué quelque part entre les tubes à néons, le cauchemar cyber-punk (mais pas trop), le post-nuke chic et le fantasme modeux. Le genre qu’on pouvait voir dans Liquid Sky et Cafe Flesh, deux œuvres décadentes et mémorables flottant sur les rives de la science-frisson. Centrespread lui, est plutôt science-nichon.

Photographe Ă  la solde d’un important magazine de mode, Gerard enchaĂ®ne les shoots sexy et provocateurs, n’hĂ©sitant pas Ă  mettre en scène une imagerie violente sur ses photographies, titillant – Ă  la demande gĂ©nĂ©rale – les plus bas instincts de son lectorat. Mais au siège, on lui demande une faveur express: trouver un visage angĂ©lique qui ferait exploser les ventes, une beautĂ© innocente, excitante et nouvelle qui trancherait avec les standards habituels. Et Gerard la trouve en flânant dans une boutique d’antiquitĂ©s en la personne d’une adorable vendeuse aux lèvres shiny, une blonde pas très sophistiquĂ©e qui lui tape dans l’oeil et lui glisse entre les doigts.

Le rapport avec la SF? Bizarrement minime, mais bel et bien là, puisque toute l’intrigue se situe dans un futur indéterminé. Personne n’a les sous, alors adieu voiture volantes et robots: le film se contente d’apporter une touche futuriste à certains accessoires, comme pour dissimuler sa radinerie en faisant passer ça pour du génie minimaliste. Et le pire, c’est que ça marche. Le héros ne se sépare pas d’un énorme engin tenant aussi bien de la caméra que de l’appareil photo, annonciateur d’une technologie numérique pourtant à l’époque encore fort lointaine. Comme dans les films sus-cités plus haut, on croit à ce futur torve de papier glacé grâce à la bizarrerie ambiante, bien boostée par de longues séances de shoot photo faisant tout le sexy-sel de ce produit d’exploitation très porno chic sans être tout à fait porno.

Alors que la conclusion se dirige vers une bluette très convenue (le photographe réussit à convaincre sa muse et l’amour triomphera), les premières scènes tendent à des délires quelque part entre la page centrale de Playboy et du Rinse Dreams light, avec des humanoïdes alanguies, des karatéka en papier d’aluminium et, clou du spectacle, une scène de tauromachie entre deux motards qui finiront par baiser à mort sur le sable chaud. Ambiance «demain j’enlève le bas», avec une scène de bronzette où l’huile coule entre les cuisses, une douche collective ou ça mousse partout, de la peinture onctueuse qui s’égare. Le résultat, mi chicos, mi vulgos, est diablement charmant.

 

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