Les plus pervers d’entre vous se souviennent peut-être de Evil Ed (Anders Jacobsson, 1997), improbable mash-up suédois qui tirait à bout portant sur la censure de son pays d’origine tout en citant allègrement Sam Raimi et Peter Jackson. Un censeur tendance papa col blanc irréprochable y devenait fou à force de coupe-couper des séries Z gores! C’est un peu la même idée que propose Censor, projeté en début d’année à Sundance, qui vise cependant plus loin dans sa portée politique: monsieur tout-le-monde laisse place à une vieille fille chargée de mutiler les films d’horreur les plus sales pour autoriser leur circulation en vidéo dans l’espoir que ces bandes maudites ne puissent corrompre les petits n’enfants. Tout cela parachuté durant les années Thatcher, occasion parfaite de se confronter à la censure british d’antan, bien connue pour sa sévérité, et qui mena justement à l’existence des Video Nasties, cette liste noire de films défiant selon la perfide Albion toutes les lois de la bienséance, et qu’on remonta parfois jusqu’au tribunal.

Loin de la potacherie du film de Anders Jacobsson, Censor vogue plutôt sur les terres de Berberian Sound Studio, où c’était cette fois un ingé son qui était rendu fifou par le tripatouillage d’un film gore. Or, et c’est là le gros problème, Censor n’arrive jamais à retrouver le souffle sensoriel si particulier des films de Peter Strickland (car on pense aussi un peu à In Fabric) et échoue à procurer un vrai vertige. L’héroïne commence en effet à revivre un douloureux trauma d’enfance en visionnant une mystérieuse bande nommée Don’t go in the church: elle devient alors persuadée que sa sœur disparue est peut-être encore vivante quelque part, et que ces productions déviantes forment un jeu de piste macabre visant à la reconduire sur sa route.

Une poignée de jaquettes vhs imaginées pour l’occasion titillent la fibre nostalgique, mais les quelques «films dans le films» aperçus ci et là restent bien hélas sages, comme si, malgré tout le soin apporté à la direction artistique, Censor n’arrivait jamais à lâcher la bride et préférait se reposer sur ses acquis, jusqu’à rabâcher une esthétique peu imaginative (réel froid, cauchemar fluo et au-delà qui grésille). Plus le film avance, et plus on a du mal à se raccrocher à sa bonne foi: on comprend très vite où tout cela va nous mener (et on s’en fout), jusqu’à sa conclusion brazilienne persuadée d’inventer l’eau chaude (disponible sur Amazon Prime U.S)

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