APRÈS JEAN-FRANCOIS DAVY, C’EST AU TOUR DU RÉALISATEUR FABRICE DU WELZ (CALVAIRE, VINYAN) DE FIGURER DANS NOTRE RUBRIQUE “CARRE ROSE” POUR ÉVOQUER LES FANTASMES DE L’ADOLESCENT CINÉPHILE QU’IL A ÉTÉ ET DU CINÉASTE ADULTE QU’IL EST AUJOURD’HUI…

Quels sont vos premiers souvenirs érotiques au cinéma?
J’ai un souvenir très érotique d’un film que j’ai vu à la télévision, enfant. Je l’ai souvent cherché. C’était une espèce de film étrange qui se passait dans la forêt, il y avait un mur et une femme qui tentait en vain de l’escalader. J’ai revu Alice ou la dernière fugue, de Claude Chabrol, avec Sylvia Kristel en pensant que c’était peut-être celui-là et en fait, non. En même temps, à cet âge-là, je ne regardais pas beaucoup la télévision vu que j’étais en pension chez les Jésuites. Il y avait un ciné-club où passaient des films avec Chuck Norris, des trucs comme ça, que j’aimais aussi beaucoup. Ce n’est vraiment que plus tard que j’ai pris conscience des corps au cinéma, j’ai par exemple un souvenir très précis de Claude Jade dans L’île aux trente cercueils. Elle était d’une beauté trouble, fragile et forte à la fois. J’en étais éperdument amoureux. Après, il y a eu l’adolescence. J’ai découvert beaucoup de films de genre italiens. Je pense à Jessica Harper dans Suspiria, à Daria Nicolodi, la femme de Dario Argento, à Adrienne Barbeau dans The Fog, à Barbara Hershey dans L’emprise, à Mia Farrow aussi, dans une scène qui m’a marquée à jamais. C’était dans See No Evil, de Richard Fleischer où elle jouait une aveugle terrorisé par un psychopathe. A un moment donné, elle est poursuivie, elle ne sait pas où elle va et elle erre dans un terrain vague boueux. Les femmes et la boue, je ne sais pas pourquoi, ça me fascine…

Dans Calvaire, il y a Brigitte Lahaie qui apparaît comme un fantasme…
Je l’ai découverte pendant mon adolescence. Le week-end, avec mes potes en pension, on louait des cassettes René Château de films avec Brigitte Lahaie. J’ai pu découvrir Parties très spéciales, Autostoppeuses en chaleur ou encore Je suis à prendre. On passait notre temps à regarder ces films avec beaucoup de fascination. Brigitte Lahaie – et je le pense encore aujourd’hui –, a les plus beaux seins du monde. J’ai eu la chance de l’avoir pour Calvaire et j’ai moi-même fait les polaroïds que l’on voit dans une scène. Pour les faire, j’étais seul avec elle, seins nus dans une chambre et ça reste un excellent souvenir. Je ne me souviens plus trop bien de notre rencontre. Je pense que je suis passé via Laure Sinclair que j’avais faite tourner dans mon court-métrage : Quand on est amoureux, c’est merveilleux. J’ai contacté l’agent qu’elle avait à l’époque du court métrage et je lui ai demandé s’il n’avait pas un contact pour joindre Brigitte Lahaie. Il m’avait donné une adresse e-mail ou un numéro de téléphone, peut-être. J’ai laissé un message et elle m’a rappelé: «Bonjour, c’est Brigitte Lahaie». J’étais tremblant et fiévreux. J’ai toujours été attiré par les actrices porno. A une époque, j’étais obsédé par Laure Sinclair, comme j’ai pu être obsédé par Karen Lancaume ou Ovidie…

Et dans le cinéma traditionnel?
J’ai toujours été frappé par la sensualité qui se dégage des films de Bergman. L’heure du loup, Persona, Monika, La Source et j’en passe… Chez lui, le désir, la concupiscence, la sensualité et le sexe finissent toujours par se confondre. C’est forcément moins explicite que lorsque Sergio Martino filme Ursula Andress dans La montagne du dieu cannibale, mais presque aussi inoubliable… Bergman traite du couple, de la folie, de la contamination. J’ai revu L’heure du loup après avoir vu Antichrist au cinéma. Ce sont des films très similaires, presque jumeaux. Lars Von Trier dédie Antichrist à Tarkovski et Tarkovski filme la nature de manière érotique. Je suis très sensible à cet aspect contemplatif, à cette nature sauvage qui reste éminemment sensuelle et sexuelle. Un peu comme dans Burden of Dreams, le documentaire de Les Blank sur Fitzcarraldo, où Herzog parle de la nature et de la jungle comme un monde putride et sexuel qui bouffe et dévore tout. Il met en valeur son aspect sauvage. Si je dois remonter à mon éveil sexuel, c’est sûr que les années 80 restent une période très forte et le cinéma fantastique et d’horreur a joué un rôle fondamental. C’est mon premier amour ; après, un poil plus âgé, j’ai découvert d’autres cinémas, j’étais plus disposé à les recevoir, plus ouvert à l’apprentissage. En montrant un film comme Voyage en Italie, de Roberto Rossellini à un gamin de 15 ans, ce n’est pas sûr qu’il soit réceptif. Mais une fois que l’on a les clefs pour comprendre, on pénètre un monde fascinant… Plus jeune, certaines scènes de viol au cinéma ont eu un effet indélébile et profondément déstabilisant sur moi…

Lesquelles?
Je pense à la scène de viol de Dupont Lajoie ou à celle de La Traque. Dans La dernière maison sur la gauche, aussi. C’est un film que j’ai découvert assez tôt, qui m’a hanté longtemps. C’est amusant parce que je l’ai revu après avoir vu le remake qui m’a beaucoup plu d’ailleurs, et j’avais un peu oublié l’aspect maladroitement comique de l’original. La scène du viol reste cependant épouvantable. Je me souviens aussi de celle dans Les accusés et puis bien sûr celle de Les chiens de paille et le fait que Susan George a l’air de prendre du plaisir comme d’ailleurs le viol dans Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia, cette ambiguïté chez Peckinpah est fascinante. Sans oublier la grande scène de Delivrance, un sommet…

En ce qui concerne l’ambiguïté des scènes de viol chez Peckinpah, que pensez-vous de celles dans Spetters et La chair et le sang, de Paul Verhoeven?
L’ambigüité sexuelle dans le cinéma de Verhoeven est partout, de Spetters au Quatrième homme, de Showgirls jusqu’à Black book… J’ai découvert les premiers films hollandais de Verhoeven assez tardivement et il est évident que je les aime particulièrement. Ce sont des films hallucinants, des œuvres qui te retournent la tête et aujourd’hui chaque fois que j’entre dans une salle j’espère toujours (re)vivre cette sensation. D’une manière générale, les films qui me déstabilisent m’ont toujours plu. Ils travaillent en moi. Quand je suis dérangé par un film c’est qu’il se passe quelque chose. Ça n’arrive pas fréquemment mais ça me fait avancer. Parce qu’il faut se positionner. Dernièrement, Antichrist m’a fait peur. C’est la première fois depuis longtemps que je retrouve le Lars Von Trier des débuts, imprévisible, fou à lié et complètement génial. C’est un film malade, sur le fil, radical, qui reprend la problématique du couple et de la contamination, un peu comme dans L’heure du loup. Lorsque l’un des deux est malade, l’autre essaye de le sauver et finit par être contaminé par la folie du premier. Résumer Antichrist à un film misogyne, comme beaucoup l’ont fait, est ridicule et déplorable. C’est un film majeur, l’expression sublime d’un artiste hors du commun. Antichrist m’a troublé et bouleversé. Je ne peux qu’être impressionné en tant que cinéaste et prendre un pied monstrueux comme spectateur parce que j’ai vraiment eu peur. Et pour moi expérimenter la peur au cinéma est probablement ce qu’il y a de plus charnel…

Avez-vous déjà envisagé la réalisation d’un film érotique?
Oui, j’ai un projet de film à caractère sexuel. J’y pense souvent et c’est définitivement quelque chose que je ferais un jour. Mais la pornographie est difficile à gérer et surtout à représenter. On fait des films d’horreur pour faire peur et on fait des films de cul pour faire bander. J’imagine que lorsque je m’y mettrais, mon film à caractère sexuel dérapera vers autre chose parce que malheureusement je suis incapable de faire un film porno à la manière de John B. Root ou de Francis Leroi (que j’aime beaucoup). En fait, même si je suis un consommateur de films pornographiques, le cinéma pornographique comme le torture porn m’intéresse assez peu; ce qui me passionne par contre c’est la sexualité, parce qu’elle est un conditionnement à notre existence. Pour faire des films et développer des personnages au cinéma, la sexualité est toujours prédominante ; à mes yeux, déterminante. Alors pourquoi ne pas la montrer?

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