Alors que des jeunes gens font la course en voiture, une voiture tombe dans une rivière et les passagères se noient. Seule une victime en réchappe. Sixième Sens avant l’heure dans ce parfait film d’Halloween.

PAR PAIMON FOX

Il fut longtemps murmuré que le canevas de Carnival of Souls était tout droit inspiré de “Ce qui se Passa sur le Pont d’Owl Creek” d’Ambrose G. Bierce et accessoirement d’un épisode de La Quatrième Dimension (The Hitchhicker) qui relatait le même parcours hasardeux d’une jeune femme qui, ayant survécu à un accident de voiture, rencontre sans arrêt un même personnage qui cherche à lui asséner une vérité et à l’attirer dans un monde profane. En réalité, il n’en est rien. John Clifford a écrit le script de la première à la dernière ligne en trois semaines à la demande de Herk Harvey qui, après avoir visité un parc d’attraction balnéaire tombé en ruine (Saltair sur les berges du Great Salt Lake dans l’Utah), confia ses impressions bizarres pour donner de l’inspiration à John. Tout le monde connaît la fameuse anecdote qui a donné lieu au Chien Andalou (1928), le chef-d’œuvre du surréalisme coréalisé par Luis Bunuel et Salvador Dali.

Un jour, les deux briscards se rencontrent et se confient leurs rêves : Bunuel dit avoir vu une femme se faire trancher l’œil ; Dali, des fourmis sortir de la paume d’une main. A partir de ces deux éléments, ils ont échafaudé une histoire extraordinaire et absurde qui châtie les lois de la chronologie et de la logique. La mise en commun des inspirations donne parfois des variations subtiles et impressionnantes d’innovation. C’est un peu la même technique pour Carnival of Souls : on s’inspire des sensations (Harvey se souvient qu’un soleil qui se couchait dans le lac l’avait fasciné lors de sa visite et que l’isolement absolu du parc avait suscité en lui des réactions inattendues), des impressions et des rêves pour donner lieu à des substances de scenarii. Régulièrement, cette méthode, expérimentale pour l’époque, débouche sur des œuvres fantastiques sophistiquées et robustes. S’inspirant de l’esthétisme de l’expressionnisme allemand, Carnival of Souls n’est rien de moins qu’un monument du cinéma fantastique pourvu d’effets brillants et d’anecdotes fulgurantes. De La Nuit des Morts-Vivants de George Romero à Alice ou la Dernière Fugue de Claude Chabrol, il est hallucinant de constater à quel point ce film a pu servir de modèle aux cinéastes du monde entier, toutes époques confondues.

Le plus souvent pointé du doigt sera Sixième Sens, de M. Night Shyamalan qui avait tenté de faire une photocopie moderne avec Bruce Willis à l’affiche. Au moins, ces déclinaisons plus ou moins heureuses avaient le mérite de confirmer qu’en matière de fantastique le meilleur reste à puiser aux racines du genre. Carnival of Souls reste une fiction intemporelle qui gagne en profondeur au fil des années, tant le style délicieusement suranné sied pour retranscrire (voire amplifier) cette atmosphère étrange et funèbre.

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