La QUEER PALM récompense un film en sélection officielle au Festival de Cannes qui traite des questions homosexuelles, bisexuelles ou transgenres. Et pour la 7e édition, elle compte dans son jury présidé par les réalisateurs Olivier Ducastel & Jacques Martineau, Joao Federici (le directeur du Festival MixBrasil, à Sao Paolo), Marie Sauvion (journaliste amie du chaos) et Emilie Brisavoine, réalisatrice du 100% chaos PAULINE S’ARRACHE (ENFIN disponible en DVD), qui nous donne ses 10 FILMS QUEER PRÉFÉRÉS.

FEMALE TROUBLE de John Waters
«Le scénario est complètement délirant, une parodie de mélodrame où l’on retrouve tous les poncifs et les aspirations de l’Amérique des 70’s, parodiés et trashés à mort. Un genre de soap grotesque qui flirte avec le film d’horreur. Il y a cette scène hilarante, où Divine joue à la fois Dawn Davenport, l’héroïne du film et Earl, son boyfriend de passage, qui copulent sauvagement sur le bord d’une route. J’adore aussi cette scène où Edith Massey, si maternelle et touchante, s’inquiète pour son neveu straight, parce que «the world of heterosexual is a sick and boring life!». Cette manière de prendre le cinéma Hollywoodien et l’hypocrisie des valeurs puritaines à contrepied, avec ce mauvais goût et cette liberté implacable sont juste totalement jubilatoire.»

UN CHANT D’AMOUR de Jean Genet
«L’unique film de Genet est un puissant poème visuel, entre Buñuel et Cocteau. Tournés au cours du printemps 1950, les plans, l’éclairage, le jeux des acteurs, le montage, sont d’une force, d’une sensualité et d’une délicatesse d’une modernité absolue. Le désir, l’enfermement, le voyeurisme, les rapports de pouvoir sont incarnés par les deux prisonniers (André Reybaz, en poupin narcissique / Java, la brute sensible) et le maton mateur. On passe de la routine du quotidien fait d’onanisme et du manque qui démange à l’évasion dans les fantasmes et le sadomasochisme. Il y a des plans d’une pure beauté, comme la fumée aérienne qui «éjacule» entre les murs, les baisers où les amants dévorent des fleurs, le prisonnier noir qui danse, et ce visage sublime de tragique de Java qui fait littéralement l’amour au mur.»

L’ANNÉE DES 13 LUNES de Rainer Werner Fassbinder
«Le chemin de croix d’Elvira, transsexuelle méprisée, rejetée, tabassée. Ex-ouvrier dans un abattoir, il est tombé amoureux d’un trafiquant de viande pour qui il a changé de sexe. Le grand corps désespéré de Volker Spengler, sapé comme une star Hollywoodienne 50’s avec ses voilettes et ses capelines, erre douloureusement en racontant le besoin d’amour et l’impossibilité d’y accéder. La déréalisation, la stylisation et la distance de la mise en scène (des cadres, des éclairages, du traitement du son), la beauté littéraire des dialogues, racontent le décalage de cet être écorché vif qui n’a de place nulle part.»

THÉORÈME de Pier Paolo Pasolini
«J’adore la figure mystique du désir, à la fois spirituelle et charnelle qui fait irruption dans le système bourgeois et patriarcal. Le mutique Terence Stamp qui vient faire l’amour à chaque membre de la riche famille milanaise me rappelle aussi (en moins puissant, mais peut être plus drôle) le film de Joe Sarno, Abigail Leslie is Back in Town, qui vient mettre le feu aux culottes et slips d’un petit village de l’Amérique profonde où on se fait grave chier.»

LAURENCE ANYWAYS de Xavier Dolan
«L’obstination de ce couple atypique (Laurence/Melvil Poupaud, qui veut devenir une femme et sa compagne jouée par Suzanne Clément, superbes) à vivre leur histoire d’amour qui, au final, se finit mal est génial. Les histoires d’amour par delà les préjugés de genre, envers et contre tous, marchent à mort sur moi. D’ailleurs, j’avais pleuré comme une madeleine sur le dernier plan d’Une Nouvelle Amie de François Ozon, quand David (Romain Duris) travesti en femme et Laura (Anaïs Desmoutier) enceinte de lui vont chercher la petite fille de leur amour défunt à l’école.»

FASTER PUSSYCAT KILL KILL de Russ Meyer
«Des femmes sexys comme des héroïnes de comix et méchantes comme des monstres de série Z qui dézinguent le prototype hégémonique du couple hétéro en plein désert, ça c’est pas courant. Tout ça en noir et blanc, en 1965, et tout droit sorti de la tête d’un amateur de gros nichons. Trop bon.»

FURYO de Nagisa Oshima
«Le trouble, l’admiration et le désir du samouraï Yonoi (sublime Ryuichi Sakamoto) pour son ennemi le major Jack Celliers (sublime David Bowie), impossibles à assumer et à satisfaire, car pris aux pièges de la guerre et des différences culturelles sont mis en scène avec tellement de grâce par Oshima… La figure angélique du petit frère bossu que Celliers a trahi jadis, bizuté par ses camarades de classe, est très belle. Elle incarne le sacrifice, opéré par les institutions, de ce qu’il y a de plus délicat et sacré en l’homme, pour créer de la masculinité par la violence et la destruction.»

DE L’OMBRE IL Y A de Nathan Nicholovitch
«Le jeu de David D’ingeo est juste troublant d’animalité et de finesse. Il campe un travesti français qui se prostitue dans les bas fonds de Phnom Penh et qui se prend de paternité pour une fillette vendue par ses parents. Pour le regard sans concession que porte Nathan Nicholovitch sur le délabrement du corps physique d’un être, ou d’un pays rongé par un passé trouble. Mais aussi la grâce et la lumière qui peut naître du plus profond des ténèbres.»

TANGERINE de Sean Baker
«Kitana Kiki Rodriguez, prostituée afro-américaine transgenre sort de prison en mode super vénère parce que son boyfriend (et mac) l’a trompée avec une femme. Accompagnée de sa meilleure amie jouée par Mya Taylor, on s’enfile presque 24h avec elles à un rythme survolté, sauvage et pop. Un film percutant sur la trahison et la vengeance amoureuse et amicale. Et après ce tour de piste hystérique, la sobriété de la scène finale, où l’amie traitresse donne sa perruque à l’amie humiliée est juste super émouvante.»

TENUE DE SOIRÉE de Bertrand Blier
«C’est vrai qu’en terme de dialogue borderline fleurant bon l’hétéro beaufitude 80’s bien miso et homophobe (« Mais mon vieux, si j’étais pédé, y a longtemps que tu y serais passé. Hop, ramonage des boyaux, bonjour le chocolat, la turbine ensorcelée ») on fait mieux en terme de queeritude … Mais en même temps, il y a dans l’outrance, l’ironie scandaleuse et brutale de Blier, une sensibilité, un dynamitage des conventions qui fait que l’amour que Bob (Gérard Depardieu) porte à Antoine (Michel Blanc) n’est jamais remis en question et tout à fait légitime. Comment ne pas avoir le coeur qui fond devant le regard de labrador de Michel Blanc cédant, tout en retenue et sincérité, à l’amour que lui porte Bob (Depardieu, génialissime en beau parleur amoureux). Et derrière le string léopard et le rouge à lèvre cradouche, Blier touche avec finesse et profondeur au désir d’aimer et d’être aimé.»

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