La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. Jour 12: Gaspar Noe termine cette 74e édition avec Vortex réunissant Dario Argento et Françoise Lebrun.

Le jury du Festival de Cannes décerne samedi soir la prestigieuse Palme d’or, après Parasite de Bong Joon Ho en 2019; Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda en 2018; The Square de Ruben Östlund en 2017; Moi, Daniel Blake de Ken Loach en 2016; Dheepan de Jacques Audiard en 2015; Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan en 2014; La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche en 2013; Amour de Michael Haneke en 2012, The Tree of Life de Terrence Malick en 2011; ou encore Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul en 2010. Joe est d’ailleurs de retour en compétition cette année, son film Memoria est numéro un de notre Palmomètre mais cela n’a valeur que d’estimations ludiques. Comme chaque année, le palmarès ne sera pas au goût de tous et la presse devrait, dans son ensemble, se lamenter sur les récompenses. Et nous de ressortir cette cultissime vidéo de déception post-palme!

 

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Très attendu ce vendredi soir dans la section Cannes Première, Vortex de Gaspar Noe a pris au dépourvu celles et ceux qui s’attendaient à un remake tapageur du Amour de Michael Haneke. C’est tout l’inverse, soit un film à la fois très doux (on y parle de rêve, de mémoire, de cinéma) et très cruel (la fin est connue de tous) où sont réunis, en couple vieillissant, le réalisateur de Suspiria (Dario Argento, pour ne pas le nommer) et l’actrice de La maman et la putain, l’un des films préférés de Noé (Françoise Lebrun). Ensemble, dans un lit. Une nuit paisible. Puis une détonation, quelque chose se passe dans la tête de la femme jouée par Françoise Lebrun, qui a ce moment là perd pied, et l’écran de se scinder en deux. Vortex ne racontera que la lente et douloureuse scission d’un couple âgé, ses derniers jours. Il fallait bien cette durée (2h22) pour raconter ce quotidien, cette rouille, ce déraillement. Cette fichue culture aussi, dont on se sert comme rempart face à l’horreur du monde, et qui n’y peut rien, ne protège plus. Elle, Françoise Lebrun, soudain perdue chez elle, soutenue par son fils (Alex Lutz, père junkie d’un petit garçon); lui, Dario Argento, qui se rattache à ses illusions et rêve de nouveaux films s’ouvrant avec les vers d’un poème de Edgar Allan Poe, exactement comme dans Pique-Nique à Hanging Rock de Peter Weir (“Laisse-moi t’embrasser sur le front / Et maintenant que je te quitte, Laisse-moi t’avouer ceci: / Tu n’as pas tort, toi qui estimes / Que mes jours ont été un rêve; / Mais si l’espoir s’est envolé / En une nuit, ou en un jour, / Dans une vision, ou dans aucune / N’a-t-il pas moins disparu? / Tout ce que nous voyons ou paraissons / N’est qu’un rêve dans un rêve“). Lors d’une scène déchirante qui capte quelque chose de très juste sur la communication et la décrépitude du couple âgé au sein d’une famille, le personnage joué par Dario tend les mains pour fendre le split-screen telle une créature fantastique, le temps d’une caresse apaisante. Elles sont nombreuses, les images fortes, elles s’accumulent comme on regarderait un diaporama, autant d’instantanés ravivant des souvenirs du passé. Tout fonctionne parfaitement, pour la simple et bonne raison que le vécu de tous entre en jeu: celui du réalisateur, comme il l’explique dans notre interview; celui des acteurs, trimballant ce qu’ils incarnent dans l’inconscient cinéphile mais arrivant aussi avec ce qu’ils sont (leur visage, leur corps, leur manière de se déplacer etc.); et évidemment, celui du spectateur qui sera touché en plein coeur par cette intimité saisie. C’est le film le plus émouvant de son auteur, l’un de ses plus beaux aussi, où les grands mouvements de caméra sont suffisamment rares pour faire tourner la tête lorsqu’ils surgissent et où résonne longtemps dans la ville une chanson triste et belle de Françoise Hardy (Mon amie la rose, dont on ré-écoutera attentivement les paroles), qu’on entend au début. Des années après Le temps détruit tout, une nouvelle punchline, Gaspar? “La vie est une courte fête qu’on aura vite oublié“, nous dit-il.

 

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Sur ces belles images, nous arrivons à l’épilogue d’une édition qui aura tenu sa promesse jusqu’au bout: célébrer malgré la pandémie le retour dans les salles et les retrouvailles du cinéma mondial. D’ici ce soir, nous aurons quitté la Croisette, tout en ayant enregistré ce samedi matin une petite surprise que nous vous révélerons demain. On vous donne rendez-vous l’année prochaine pour de nouvelles gazettes, avec nos rendez-vous habituels, nos photos, notre Palmomètre avec ses estimations pleines d’étoiles et de Palmes (merci encore à notre jury), nos avis, nos bêtises. Et vous.

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