Pierre Lescure et Thierry Frémaux, le Président et le Délégué Général du Festival de Cannes, qui aura lieu du 6 au 17 juillet 2021, dévoilent jeudi 3 juin toute la Sélection officielle. Leos Carax, Paul Verhoeven ou encore Wes Anderson sont déjà annoncés en compétition pour la Palme d’or décernée par un jury présidé par le réalisateur américain Spike Lee. Avant de connaître cette 74e édition en détails, voici notre série des pronostics cannois. 

BELGIQUE

Un Monde de Laura Wandel
Belle hype autour de ce premier long belge, par une réalisatrice découverte avec son court Les corps étrangers en 2014 (sélection officielle des courts-métrages). Une histoire de harcèlement à l’école qui a tout pour s’inviter dans un faste calendrier festivalier (Nora est «partagée entre son père qui l’incite à réagir et son frère qui lui demande de garder le silence»), starring un élégant casting composé de Karim Leklou, Laurent Capelluto et Sandrine Blancke, découverte à Cannes dans Toto le héros (Caméra d’or 1990)!

Les intranquilles de Joachim Lafosse
Avec un tournage emballé en octobre dernier, ça sent bon pour le 9ème long de Joachim Lafosse, un quasi huis-clos qui prend pour thème la bipolarité. Et pas n’importe laquelle: celle de Damien Bonnard (un César pour Bonnard!), entouré d’un casting au très, très fort parfum festivalier (Leïla Bekhti, Jasmine Trinca). Une co-pro où figurent des Luxembourgeois et la maison de production des Gavras, KG Productions, heureux géniteurs du hit de 2018, Jusqu’à la garde. On demande à voir.

CANADA

Babysitter de Monia Chokri
Tandis que depuis 2019, Xavier Dolan s’enlise dans du cinéma cupcake plus molletonné encore que du Lotus Confort, sa complice Monia Chokri nous revient avec un pitch qui devrait faire parler chez les voisins de Justin Trudeau: Babysitter relate les mésaventures d’un homme (Patrick Hivon, déjà présent dans La Femme de mon frère) qui perd son emploi après avoir fait une blague sexiste devenue virale sur les réseaux sociaux. Il se lance dans l’écriture d’un livre d’excuses adressé aux femmes… Annoncé comme une comédie féministe inspirée de la pièce éponyme de Catherine Léger, le film peut accrocher à peu près tous les strapontins cannois possibles (Monia avait connu l’ouverture d’Un Certain Regard en 2019). Scoop de la rédaction: on peut déjà vous dire que ce sera moins con qu’un film de Philippe Lacheau.

COREE DU SUD

Decision to leave de Park Chan-Wook
On en parlait pas mal lors du début du tournage en octobre, mais depuis peu d’infos ont fuité sur ce nouveau projet, qui n’est pas sans similitude avec l’oeuvre de l’enrubanné Bong Joon-ho: «Un honnête policier enquête sur une mort suspecte survenue dans une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner la femme du défunt tout en étant attiré par cette dernière…». Park Hae-il, vu justement dans The Host, et Tang Wei (Lust, Caution; Hacker…) tiennent les rênes de cette romance mystérieuse qui pourrait réconcilier le Park avec la Croisette, après l’accueil un peu mou du genou réservé à Mademoiselle en 2016 (un grand cru, il faut le préciser).

ETATS-UNIS

The French Dispatch de Wes Anderson
Tout a été dit ou presque sur cette pièce montée angoumoisine qu’on imaginait mal découvrir sur un écran 13 pouces, les fesses mal cramponnées à notre canapé-lit. On peut juste vous dire de bien réviser vos pontes du journalisme du début du 20ème: Londres, Kessel, et surtout Nellie Blye, la femme qui – bien avant Florence Aubenas – se fit interner dans un asile afin d’y dénoncer les conditions d’enfermement des aliénés, et qui envoya Jules Verne aux orties en parcourant le monde en 72 jours. Assurément la plus belle montée des marches de cette édition (afin de ne pas gaspiller de papier, on vous épargnera ici le casting, facilement consultable sur Wikipédia si vous avez 30 minutes devant vous). PS: un membre de l’équipe technique nous a quand même fait cette confidence très Gossip Girl: sur le plateau, entre les méga stars US et la délégation française, ce n’était pas les premiers qui se la racontaient le plus…

Red Rocket de Sean Baker
Une nouvelle fois distribué par A24, l’intrépide Sean Baker is back (désolé pour la lourdeur) avec un nouveau long qui envoie du bois: Mikey Saber, une ex-star du porno établie à LA, revient s’installer dans sa petite ville natale du Texas mais les habitants sont opposés à son retour… Pour jouer cet acteur sur le retour, un comédien plus vrai que nature en la personne de Simon Rex. Si les enfants des années 90 se souviennent de sa tronche de second couteau dans des séries comme Jack & Jill, Felicity, Summerland (oui, on parle bien du machin avec Jesse McCartney) ou ses apparitions dans les Scary Movie, peu de gens savent que l’idole des jeunes commença elle-même sa carrière dans l’industrie du porno gay des glorious nineties… Avec le chef-opérateur de la série Euphoria au générique et au vu des précédents films du réal, pape du nouveau ciné indé US plus stimulant que la majorité du tout-venant sundancien, nul doute que l’estampille Chaos ne sera pas très loin…

The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal
Curiosité de rigueur pour ce premier long de Maggie, adaptation de l’ouvrage d’Elena Ferrante, dans sa période pré-L’amie prodigieuse (le roman s’appelle Poupée volée, publié en 2006). On peut sans trop se mouiller vous dire que l’ambiance sera mélancolico-transalpine: Leda est une femme de la quarantaine divorcée. Elle est professeure d’anglais à l’université. Elle part en vacances sur la côte italienne après que ses deux filles l’aient quittée pour rendre visite à leur père au Canada… Olivia Colman, Peter Sarsgaard, et surtout Dakota Johnson (très amie avec le père Frémaux, et qui a pourtant été plus souvent conviée à Venise qu’à Cannes jusque-là) seront de la partie, sur un potentiel créneau qui rappelle un peu l’ouverture de la Semaine de la Critique 2018: c’était avec Wildlife de Paul Dano. Notre estimation au doigt mouillé: on met une petite pièce sur celui-là.

Soggy Bottom de Paul Thomas Anderson
Le grand retour de PTA à ses premières amours (ses seules, en fait): les roaring seventies, et tout le folklore qu’elles charrient (les chemises colorées, ce doux fumet psychotropique, les devantures de cinéma sous fortes influence lettriste)… Le Paul a fini de tourner ce qui s’annonce comme un teen-movie dans la San Fernando Valley. On y découvrira le fils de Philip Seymour Hoffman (Cooper Hoffman), camper comme par hasard le fils d’un brillant comédien. À ne pas confondre avec Bradley Cooper, dont le personnage sera lui inspiré de Jon Peters, le producteur de films (notamment du A Star is Born de 1976, ce qui est tout à fait méta!) et compagnon de Barbra Streisand. Les internautes qui analysent la moindre publication autour du film nous indiquent que le talentueux Ben Safdie incarnera lui un politicien inspiré de Joel Wachs, membre du conseil municipal de Los Angeles, défenseur les droits LGBT et proche de David Hockney. Il va sans dire qu’on attend ce film avec impatience.

Mona Lisa and the Blood Moon d’Ana Lily Amirpour
Un film fantastique sur une jeune fille aux pouvoirs mystérieux qui s’échappe d’un asile psychiatrique de la Nouvelle-Orléans… Le nouveau film d’Ana Lily Amirpour (A Girl Walks Home Alone at Night) coche bien des cases: réalisatrice pas encore méga connue, film de genre capable de s’adresser à ceux qui ne mangent d’ordinaire pas de ce pain-là, female gaze déjà prêt à être ausculté par les meilleurs spécialistes du pays… Sans parler d’un cast finement travaillé: Kate Hudson, Craig Robinson, Jun Jong-Seo (star féminine du Burning de Lee Chang-dong, présenté non sans éclat en 2018). Le film était promis à Venise l’an passé mais Cannes semble désormais avoir la faveur des bookmakers internationaux. Notre critique express en exclu mondiale: ou c’est génial, ou c’est encore un film de genre arty qui se regarde le nombril à grands coups de lens flare.

The Tragedy Of Macbeth de Joel Coen
Gare à l’indigestion Frances McDormand! En retour de grâce depuis le douteux 3 Billboards, Les panneaux de la vengeance (une wanna-be cohenade tellement inoubliable que personne n’a pensé à le citer dans son top de la décennie écoulée), la Frances vient de braquer les Oscars avec un Nomadland qui n’envoie pas les signaux les plus subtils (et qui ne passa pas loin d’un lancement à Cannes en 2019). Denzel Washington sera l’autre star de ce revenge movie en noir et blanc, grande première du Joel en autonome sans son frère. Ave, César! (2016) et La Ballade de Buster Scruggs (2018) ayant tous deux squeezé la Croisette, on voit mal l’équipe du Festival lui résister cette année… à moins que le nom d’Apple au générique (le projet est piloté avec A24) ne pose des problèmes de conscience à nos sélectionneurs?

3000 Years Of Longing de George Miller
Une «romance épique en Cinémascope» pour le papa de Mad Max et de Babe, qui, après de multiples bisbilles financières avec la Warner et des retards provoqués par ce connard de virus, a commencé à tourner en novembre. Une relecture d’Aladdin featuring Tilda Swinton et Idris Elba, présentée par son auteur comme un anti-Mad Max: «En voyage à Istanbul, une Britannique solitaire et amère découvre une ancienne bouteille. Il en sort un Djinn qui lui offre trois vœux. Apathique et sans désir d’aimer ou d’être aimée, cette femme demeure incapable d’imaginer un seul vœu». Aucune garantie que le projet sera prêt pour juillet, mais on l’imagine mal squeezer le slot festivalier (Venise, Toronto, voire évidemment Cannes si la date de juillet est à nouveau décalée).

Pig de Michael Sarnoski
Visez-nous ce synopsis et ayez le toupet de nous dire que ce revenge movie n’est pas fait pour nous: un chasseur de truffes qui vit seul dans la nature sauvage de l’Oregon, incarné par un certain Nicolas Cage, débarque à Portland pour y chercher son cochon de chasse bien-aimé après l’enlèvement de ce dernier. Une quête qui va contraindre le Nic Cage à affronter un lourd passé, qu’on imagine pas spécialement glorieux… Un premier long qui fait du bruit depuis un moment et dont la sortie sera chapeautée par Neon, le distributeur derrière Parasite et Portrait de la Jeune fille en feu aux U.S. On est plutôt confiant sur les chances de ce rutilant Pig, que l’industrie espère vraiment découvrir en salle, et dans lequel on retrouvera notamment le jeune Alex Wolff, que vous découvrîtes voici trois ans maintenant dans Hérédité (2018)!

The Card Counter de Paul Schrader
Le scénariste-réalisateur-polémiste (voilà enfin quelqu’un qui a compris comment utiliser son compte Facebook) est bien parti pour amarrer sur la Croisette cet été, 45 ans après Taxi Driver et 5 ans après son Dog Eat Dog, présenté à la Quinzaine époque Waintrop. Avec Oscar Isaac en tête d’affiche, The Card Counter déploie un scénario aux contours assez subtils (on n’a pour ainsi dire rien capté), on a juste compris qu’il y sera question d’ancien combattant, d’addiction au poker et d’esprit de vengeance obsessionnelle, qui rappelle là les sempiternelles obsessions de l’homme sadisé dans l’enfance par sa famille protestante. Les fidèles Martin Scorsese (producteur exécutif) et Kent Jones ont aidé au projet, perturbé par un cas positif sur le plateau début 2020. Willem Dafoe, Tye Sheridan et Tiffany Haddish complètent le casting, et le film est dans les petits papiers de plusieurs sources US. Soyons confiants.

Stillwater de Tom McCarthy
C’est notre précieux ami Thomas Gastaldi de wask.fr qui l’assure: Matt Damon accompagnera Stillwater sur la Croisette cette année, selon toute vraisemblance en hors compétition. Un thriller qui sent fort le petit jaune sur une chaise de camping puisqu’il narre l’histoire de Bill Baker, un foreur de pétrole originaire de l’Oklahoma qui se rend à Marseille pour y retrouver sa fille (Abigail Breslin), emprisonnée et accusée d’un meurtre qu’elle jure ne pas avoir commis. Camille Cottin et Anne Le Ny sont de la partie (!), ainsi que les deux maîtres-sorciers du scénario made in France que sont Noé Debré et Thomas Bidegain. Ça a l’air un peu moins assommant d’ennui que le précédent film du réalisateur, Spotlight, Oscar du meilleur film en 2016 (la bonne blague), insulte au film dossier des années 70 que tout le monde a bien oublié depuis (pas étonnant que nos confrères se soient paluchés dessus à l’époque). Why not!

Flag Day de Sean Penn
Si tu reviens, j’annule tout? Après la cata industrielle The Last Face (2016), Titi Frémaux cultive une dette envers de Sean Penn, immédiatement rabaissé à ce statut peu glorieux de “Yann Arthus-Bertrand du film pop-corn”, ayant prodigué des crises involontaires de rire à des spectateurs du Grand Théâtre Lumière médusés. Serait-ce avec ce Flag Day, dont on ne peut pas dire qu’il soulève beaucoup d’attentes, que Sean Penn lavera l’affront? Le film est dans les cartons depuis un moment et on y retrouvera Sean himself, sa fille Dylan, Josh Brolin, Miles Teller, Jez Butterworth et James Russo. Le Pacte et Wild Bunch sont associés à ce projet adapté du livre de la fille de John Vogel, faussaire, escroc, pyromane, nouvelliste et inventeur de génie. Attention au sujet trop ambitieux, Seanny…

The Velvet Underground de Todd Haynes
Voilà un bon moment qu’on évoque cet alléchant documentaire de Todd Haynes qu’AppleTV+ a déjà annoncé pour cet été, mais qui espère un petit tremplin festivalier pour lancer les hostilités. Montré à Cannes en 2019 alors qu’il cherchait des distributeurs, ce film truffé d’images inédites est vraisemblablement repassé par la case montage pendant le confinement. S’il loupe la sélection cannoise, il devrait être montré à Venise (la fidèle productrice de Todd, Christine Vachon, faisait partie du jury lagunéen l’an passé…) Côté biopics et docs musicaux montrés à des horaires tardifs, on parle aussi beaucoup du Get Back de Peter Jackson (consacré aux Beatles), ainsi qu’un documentaire sur Rihanna signé Peter Berg (avec pourquoi pas la petite protégée de Jay-Z sur le red carpé?). Un docu lui préempté par Amazon… exactement comme le Gimme Danger de Jarmusch, présenté au Grand Théâtre Lumière en 2016, avec un Iggy qui fit comme à son habitude n’importe quoi dans la salle, devant les mines mi-amusées mi-embarrassées de Jim et Frémaux…

FRANCE

Bruno Reidal de Vincent Le Port
Chaos in the air, avec ce premier long qui traîne depuis un moment déjà une savoureuse réputation: dans le Cantal en 1905, un wanna-be prêtre introverti et studieux décapite un marmot de 13 ans. Dans une France où l’anthropologie criminelle a le vent en poupe, le corps médical lui demande de rédiger une autobiographie pour comprendre son geste. «Ce que je me rappelle bien, c’est que le soir, au lit, avant de m’endormir, je me représentais en train de tuer ou de faire souffrir de jeunes garçons […] alors ma “verge” grossissait […] et il me semblait que je jouirais véritablement et que je serais soulagé dès que je pourrais réaliser ce que je me représentais.» Pour diriger ce Lacenaire auvergnat, un jeune réal au parcours brillant (prix Sopadin, Jean Vigo, Fondation Gan pour le cinéma…) du nom de Vincent Le Port. Et pour incarner l’enfant sauvage, un certain Dimitri Doré, grosse sensation excentrique des planches (c’était l’ère pré-Covid) dont vous allez entendre parler cette année (il sera aussi à l’affiche du prochain Laurent Larivière). Une seule question: un film tourné à la Chartreuse de Villefranche-de-Rouergue peut-il décemment manquer un détour par la Croisette?

France de Bruno Dumont
Alerte affiche très moche pour le nouveau Dumont avec Léa Seydoux, ayant subi un récent repositionnement marketing qui cherche à amasser très large (ne manque que le nom de Kad Merad sur le visuel). Les premiers clichés colorés parus dans Les Cahiers – quand le film s’appelait Par ce demi-clair matin et faisait encore référence à Charles Péguy – laissaient pourtant entrevoir autre chose, mais passons (si on devait juger les films uniquement depuis leur matériel promotionnel, on n’irait plus rien voir). France nous narre la vie frénétique d’une journaliste star de la télévision, prise entre la célébrité et une spirale d’événements – publics comme intimes – qui entraîneront sa chute. Benjamin Biolay et Blanche Gardin composent cette intrigante livraison, finalement sans Benoît Magimel. Mais avec le score du fidèle Christophe. Vous vous en doutez, on a très envie de voir ça. Officielle, Quinzaine, UCR: le Bruno s’accommode toujours bien de l’écrin que Cannes lui réserve, et à en lire ce qu’en disent nos confrères, pas de raison que ce nouveau film déroge à la règle.

Les amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Tacquet
Auscultant comment l’attente d’un simple texto peut nous transformer en bétail irascible, son Pauline asservie (2018) avait déjà charmé la Semaine de la Critique il y a de ça trois ans. Toujours avec la Demoustier, Charline Bourgeois-Tacquet devrait être de retour cette année (à la Semaine ou ailleurs), entourée de Valeria Bruni Tedeschi et Denis Podalydès, et produite par le duo (souvent gagnant) des Films Pélléas. Haut et Court sortira ce film qui tournera autour des pérégrinations amoureuses d’une jeune trentenaire sans thune (vous en connaissez forcément!), qui s’enamoure assez rapidement des gens qu’elle croise. Du très lourd pour cette comédie qui, vous l’aurez lu ici, triomphera aux César 2022! C’est écrit.

L’Infiltré / Les années 10 / Enquête sur un trafic d’Etat de Thierry de Peretti
Étions-nous spécialement mal lunés à la Semaine 2017, ou simplement assommés de fatigue? Donnant dans la neurasthénie pas très corsée (sic), Une vie violente avait en tout cas décroché notre palme du ronflomètre. On est quand même intrigués par le nouveau Thierry de Peretti – déjà affairé à son 4e long, qui sera lui adapté d’un roman de Jérôme Ferrari – bien que ça sente un peu le “film de la maturité taillé pour ce genre de manifestations estivales” (Vincent Lindon, Roschdy Zem, Valeria Bruni-Tedeschi, Pio Marmaï). Le premier cité incarnera Hubert Avoine, informateur qui a infiltré un cartel mexicain IRL et qui raconta dans un livre paru en 2017 une croisade anti-stups qui se conclut en eau de boudin. “Un récit sidérant, à la lisière du polar, qui pourrait dissimuler un des plus gros scandales de la Ve République”: Juan Branco a déjà choisi la couleur de son noeud pap’…

Feu!! / Amour et acharnement de Claire Denis
Quelque part entre un nouveau projet avec l’ami Robert Pattinson et un documentaire maison consacré à The Weeknd, la matriarche du cinéma chaos a eu le temps de boucler Feu!!, s’inspirant là d’une graphie enthousiaste qui n’est pas sans rappeler le site que vous consultez actuellement. Une plongée dans l’univers radiophonique qui devrait restituer sur grand écran «les silences, les respirations, l’hésitation aussi» qui tapissent chaque jour notre Maison de la Radio adorée, et qui réunira la garde rapprochée de la cinéaste: la bestah Juliette Binoche, Vincent Lindon, Grégoire Colin, Mati Diop, Bulle Ogier ainsi que la jeune Hannah Magimel, qui est la fille de son père mais surtout la fille de Juju Binoche. Un triangle amoureux où s’exacerbent rivalités amoureuses et professionnelles, qui sort tout droit du livre de Christine Angot, Un tournant de la vie, à nouveau présente sur le travail d’adaptation. Pensé comme un huis-clos, le film devrait quand même faire la part belle au canal Saint-Martin et à ses maraîchers du dimanche (Atmosphère, atmosphère!!!). Branchée sur la toute pimpante appli Radio France, la rédac l’attend sagement…

Benedetta de Paul Verhoeven
Problème à la hanche, petit souci pandémique… Le Festival de Cannes l’a annoncé: on verra bien cette année le tant attendu Benedetta du père Verhoeven, qui s’impatiente depuis qu’il a rendu le Grand Théâtre Lumière hilare avec une histoire de viol cagoulé, de chat noir et de réunions brainstorming autour du jeu vidéo en 2016 (c’état avec Elle, déjà une autre époque)? Virginie Efira sera de tous les plans dans cette plongée en Toscane à la fin du XVe siècle, dans un contexte de peste généralisée (tiens, tiens!), où la nonne blonde provoquera bien des miracles au sein du petit couvent de Pescia. Par miracle, il faut entendre un cocktail détonnant de sexe, de violence, et de premier témoignage autour du lesbianisme dans l’Occident moderne, puisque le film s’appuie sur le livre de Judith C. Brown, Immodest Acts: The Life of a Lesbian Nun in Renaissance Italy. Voilà qui devrait ravir les lecteurs.tristes d’Alice Coffin, qui pourront de toute façon crier à l’appropriation culturelle en cas de désaccord (“un boomer hétéro-batave qui raconte la vie d’une lesbienne au XVe… Such a shame!!!“). On a hâte.

Les Héroïques de Maxime Roy
Parmi les beaux projets qui s’entassent dans les cartons de Pyramide faute de calendrier favorable, un premier long qui suscite beaucoup d’espoir: Les Héroïques de Maxime Roy, jeune réal de 32 berges ayant fait carton plein en festival avec ses premiers bébés (from Namur to Clermont, en passant par une nomination aux César époque Terzian…) Extension de son Beautiful Loser (2019), Les Héroïques raconte l’histoire de Michel, un ex-junky de 55 ans en sevrage, qui vient d’avoir un marmot avec son ex, qui assiste à l’émancipation inéluctable de son fils de 18 ans, et qui apprend que son père est en train de tomber gravement malade. Pour accompagner le camé (François Creton), un solide casting festivalier, avé des accents de la Canebière et du Piémont: Richard Bohringer, Ariane Ascaride, Clotilde Courau, Patrick d’Assumçao et Clara Ponsot. Tout était prêt pour la Quinzaine l’an passé, mais le Festival n’exclut pas un achalandage en Sélection officielle… Et si la crise avait du bon?

Bergman Island de Mia Hansen-Løve
Très fort parfum de compétition pour ce projet déjà annoncé l’an dernier (il n’était de toute façon pas prêt) où l’on croisera la revenante Mia Wasikowska, Vicky Krieps, Tim Roth et Anders Danielsen Lie. C’est ce qu’on appelle un casting aux petits oignons, finement équilibré pour une paparazzade red-carpet. Mia a connu UCR, Berlin, Toronto mais n’a curieusement pas encore goûté à la première division cannoise. Nul doute que le sujet de son film s’y prête bien: Un couple de cinéastes s’installe pour écrire, le temps d’un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille… Avec le Guiraudie et le Carax, la passe de trois pour Charles Gillibert (l’homme qui a produit aussi bien Kiarostami que Les dents, pipi et au lit)? Notre boule de cristal répond par l’affirmative.

Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse
Voilà un merveilleux synopsis Allociné qui n’a pour une fois pas été expédié en trois coups de cuiller à pot. En France, un couple de retraités surendettés tente de remporter un concours de danse rock, un ministre est soupçonné de fraude fiscale et une jeune adolescente rencontre un détraqué sexuel. Une longue nuit va commencer. Le berger répondra à la bergère… Denis Podalydès, Blanche Gardin, Vincent Dedienne et Christophe Paou rendent visite aux Chiens de Navarre, nouveaux arbitres des élégances en matière d’humour noir sulfato-potache hérité de Dada. Patrice Laffont, un suicide à plusieurs et Manuel Chiche sont au programme de ce film recalé de l’avance sur recettes, le CNC n’ayant rien compris: de bonne augure? Assurément, mon capitaine!

Robuste de Constance Meyer
Lorsque son bras droit et seul compagnon doit s’absenter pendant plusieurs semaines, Georges, (Gérard Depardieu) star de cinéma vieillissante, se voit attribuer une remplaçante, Aïssa (Déborah Lukumuena). Entre l’acteur désabusé et la jeune agente de sécurité, un lien unique va se nouer. Le gros Gégé de retour sur la Croisette? C’est en tout cas ce que la rumeur la plus brûlante laisse imaginer, avec ce premier long, signé par une cinéaste qui convole depuis 10 ans avec le Cyrano belge (ou russe, on sait plus) dans ses courts-métrages: Frank-Étienne vers la béatitude, Rhapsody, La belle affaire… En dépit de vos recherches Google, Constance Meyer n’est pas la femme qui fricota avec Serge Gainsbourg alors qu’elle était encore ado, mais bien une jeune cinéaste de 37 ans, diplômée de la Tisch School de New York, qui devrait connaître la consécration cette année. Avec le Dupieux, le Ducournau et le Ozon: est-ce l’année Diaphana? Le chaos répond oui.

Tromperie de Arnaud Desplechin
Ça buzze de plus en plus autour du nouveau Desplechin, qui n’a pas souvent manqué les festivités cannoises depuis une première apparition il y a pile poil 30 ans (eh oui!) avec La Vie des morts. Des morts, il en sera évidemment question dans ce nouveau bébé, qui n’est autre qu’une adaptation du court roman dialogué de Philip Roth, paru en 1990, et qui voit un écrivain s’entretenir allègrement avec des personnages féminins (compagnes, amantes…) et autres créations issues de son imagination. Labellisé «film de confinement» puisque claquemuré entre les murs d’un bureau, le film n’évitera probablement pas les thèmes rothiens (le sexe, l’adultère, la petite saillie provocatrice, l’antisémitisme, les livres) auxquels on ajoutera, il faut du moins s’y attendre, une bonne dose de psychanalyse et de jeu sur les mots. Le tout avec Léa Seydoux, Denis Podalydès et Emmanuelle Devos: comment dit-on «ça passe ou ça casse» en jargon lacanien?

Ils sont vivants / Assoiffés / Calais, mon amour de Jérémie Elkaïm
On n’a pas bien compris le nom du premier long de Jérémie Elkaïm, dont la principale mission cette année sera de laver l’affront du cacochyme Marguerite et Julien, à qui Titi Frémaux avait réservé une place en compét’ en 2015 (un coup de poker bien hasardeux). Tourné bien avant que cette histoire de Covid n’affecte nos moindres faits et gestes, le film est centré sur Béatrice, une veuve sympathisante de ce qu’on appelait alors le Front National (le monde d’avant, on vous dit), et qui vit à une vingtaine de kilomètres de la jungle de Calais, où s’entassent 9 000 personnes. Un soir, en sortant du travail, elle accepte de prendre en stop un jeune migrant. En découvrant ladite jungle, sa vie bascule. Elle devient bénévole occasionnelle – ce qui n’est déjà pas fréquent pour une Marine girl – et ne tarde pas à entamer une romance avec un dénommé Mokhtar, ce qui là dépasse carrément les voies du Seigneur… Marina Foïs et Laetitia Dosch accompagnent le Jérémie pour ses grands débuts, cast auquel il faut ajouter le nom de notre Gilles Marchand sur le travail d’adaptation: trois noms qui rendent tout de suite le projet plus attractif, en dépit de son cachet Inrocks gros comme ça…

Onoda, 10000 nuits dans la jungle de Arthur Harari
Qu’est-il arrivé à ce projet dont on parle depuis maintenant quatre ans? Pourquoi les Amerloques n’en parlent pas dans leurs pronos? Beaucoup de mystères demeurent autour de cet ambitieux deuxième long qui vient d’être daté par Le Pacte au 21 juillet, ce qui ne laisse pas beaucoup d’autres écrins festivaliers que ceux de La Croisette… Le film relate l’histoire d’Hiroo Onoda, cet irréductible soldat japonais qui refusa de croire à la fin de la Seconde Guerre mondiale et à la reddition du Japon en 1945, et qui poursuivit le conflit avec trois camarades de chambrée jusqu’en 1974. On vous recommande d’éviter le traditionnel détour au McDo d’avant-séance puisque le film dure 2 heures 40… Une sélection qui viendrait en tout cas récompenser le travail de bathysphere productions, qui oeuvre (en sous-marin) depuis des années maintenant à nous livrer le meilleur du «jeune cinoche français de festival pas chiant»: Guillaume Brac, Ilan Klipper, Émilie Brisavoine, Emmanuel Gras, Hubert Viel…

Arthur Rambo de Laurent Cantet
Qui est Karim D.: l’écrivain engagé que les médias s’arrachent ou son alias Arthur Rambo, auteur d’anciens messages haineux que l’on exhume un jour des réseaux sociaux? Si vous reconnaissez ici l’histoire du jeune Mehdi Meklat, c’est que vous regardez un peu trop les plateaux fichtrement animés (avec un incroyable sens de la nuance) par la verve du muti-vitaminé Pascal Praud. Laurent Cantet est un fidèle de Cannes et on voit mal ce nouveau film sociétal (la jeunesse, les réseaux, l’intelligentsia gauche Converse qui glorifie une idole avant de la massacrer…) manquer cette grand-messe. Le casting est on ne peut plus Cannes-compatible – Rabah Naït Oufella, Antoine Reinartz, Sofian Khammes – et le projet, daté au 29 septembre, est produit par Marie-Ange Luciani (la femme derrière 120 BPM)… Ça sent pas mal le Certain Regard, tout ça.

Mon légionnaire de Rachel Lang
Promis à une belle carrière festivalière en 2020, ce film – avec encore du Louis Garrel dedans – s’est fait couper l’herbe sous le pied: plus grand monde n’en cause aujourd’hui. On parle pourtant de l’une des cinéastes européennes les plus en vue, Rachel Lang, française ayant fait son parcours en Belgique, déjà bien cotée en festoche (souvenez-vous de son génialissime Baden Baden en 2016) mais pas encore honorée par le plus beau de tous, pour peu qu’on aime les stars de la télé-réalité et l’ambiance foire à saucisses qui prévaut sur le tapis rouge chaque année. Le film va suivre le quotidien de familles et de couples confrontés à la dure réalité de la Légion étrangère, corps de l’Armée de terre qu’on n’a pas tellement vu au cinéma (exception faite de Denis Lavant écoutant du Corona dans Beau travail bien sûr). Au casting également: la princesse des cœurs Camille Cottin, et Alexander Kuznetsov, révélé par Leto (2018). Bac Films n’a toujours pas daté le film: on a quand même quelques doutes sur celui-ci, curieusement disparu des radars depuis un an…

Petite Nature de Samuel Theis
Bon buzz autour du premier long de Samuel Theis qui n’en est pas vraiment un puisque Party Girl, la Caméra d’or 2014 réalisée à six mains, est à mettre à son actif (cette imposante et affriolante Angélique n’était autre que sa génitrice adorée <3). Celui qui a commencé comme comédien offre son premier rôle au tout jeune Aliocha Reinert, à ne surtout pas confondre avec Antoine Reinartz, également de la partie, et Izia Higelin, elle aussi lauréate d’un César du Meilleur espoir. De quoi ça cause? Johnny, dix ans, ne s’intéresse qu’aux histoires des adultes. Dans sa cité HLM en Lorraine, il observe avec curiosité la tumultueuse vie sentimentale de sa jeune mère. Malgré son jeune âge, il se met lui aussi en quête de l’amour. Fraîchement débarqué de Lyon, son nouvel instituteur va révéler en lui un goût pour les études, le savoir, la culture et l’extraire de son quotidien forbachois pas toujours rose. À la photo, Jacques Girault, le chef op de Sauvage qui en 2018 suivait les passes d’un Félix Maritaud bien destroy. La garantie “Région Grand Est” de cette édition 2021 (on prend les paris).

Rien à foutre (le monde n’attend pas) / Carpe Diem d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre
Nos amis des Inrocks nous ont grillé la politesse sur ce titre (nous attendions lâchement qu’un titre de presse s’avance avant de vous en parler). Star des festivals et des plateformes qui ne distinguent pas le moyen-métrage du court, Emmanuel Marre (D’un château l’autre, une moitié des Films de l’été) se lance dans le grand bain du long avec Adèle Exarchopoulos comme égérie. La meilleure copine de Léa Seydoux y incarne Cassandre, une hôtesse de l’air de 26 ans qui officie pour une compagnie low-cost, et qu’on aurait volontiers vu jouée par Sara Forestier (elle a choisi Carpe Diem en guise de pseudo Tinder, et se reconnaît pleinement dans la devise romain-gavrasienne de son insigne compagnie: “Le monde n’attend pas”). Les jeunes espoirs que sont Alexandre Perrier et Mara Taquin complètent le casting. Un intrigant mélange des genres qui suscite toute notre attention, et qui sent fort la sélection parallèle + le joli shooting photo dans Vanity Fair.

Viens, je t’emmène de Alain Guiraudie
Une nouvelle Guirauderie bouclée début janvier qui fait figure, comme à chaque fois, d’événement pour nous: l’histoire d’un trentenaire tombant amoureux d’une prostituée plus âgée, sur fond d’attentat terroriste à Clermont-Ferrand. Le tout armé d’un cast redoutablement équilibré (Noémie Lvovsky, Jean-Charles Clichet, Iliès Kadri, Doria Tillier et Charles Gillibert à la prod). Le tournage et la post-prod ayant subi bien des interruptions, on voit mal comment ce beau bébé distribué par Les films du Losange envisagerait de sortir sans un soutien festivalier. Gare toutefois à l’excès d’enthousiasme: le Guiraude a prévenu au Monde qu’il s’agissait d’un film d’hiver, et que ce long ne devrait pas gagner les écrans avant la prochaine tombée de flocons. On nous a pourtant suffisamment répété qu’il n’y avait plus de saisons…

Earwig de Lucile Hadzihalilovic
Premier long-métrage en langue anglaise, là encore: il y sera question de dentition moisie et de petite fille de 10 ans recluse qu’on sort de son appartement natal pour la toute première fois. D’après le roman éponyme de Brian Catling et avec l’éclairage d’un Jonathan Ricquebourg en pleine bourre (Shéhérazade, L’angle mort, Mange tes morts, La mort de Louis XIV…). Tournage fini en janvier: le chaos croit évidemment énormément en ce projet porté par la maman de La Bouche de Jean-Pierre, qui fête cette année son quart de siècle, ici à Cannes, là où tout a commencé…

Tout s’est bien passé de François Ozon
Tournage commencé (avec du retard) à la rentrée 2020 pour le Stakhanov du cinéma français, qui a pu tourner discretos cette adaptation du récit d’Emmanuèle Bernheim, dont le père, victime d’un AVC, lui avait demandé de l’aider à mourir. L’ambiance sera un peu moins festive que pour Eté 85, même si le père Ozon a enfin réussi à convaincre Sophie Marceau pour ce projet, faisant ainsi fi de quatre précédents refus. Un cast particulièrement chaos pour accompagner la môme Marceau et le père Dussollier: Jacques Nolot, Hanna Schygulla, Charlotte Rampling, Grégory Gadebois, Géraldine Pailhas, Eric Caravaca! Pour patienter, vous pouvez toujours revoir le très beau Être vivant et le savoir consacré par Alain Cavalier à son amie Bernheim, en tête de notre «Les séances dont tout le monde se fout» lors de notre (épique) Cannes 2019!

Titane de Julia Ducournau
Tourné entre les deux confinements (on ne sait plus trop lesquels), ce deuxième long très attendu ne devrait pas manquer la sélection cannoise, même si la jurisprudence Deniz Gamze Ergüven existe. Le pitch n’a pas bougé depuis des années (“Dans un aéroport, les inspecteurs de la douane recueillent un jeune homme au visage tuméfié. Il dit se nommer Adrien Legrand, un enfant disparu il y a 10 ans. Pour Vincent, son père, c’est un long cauchemar qui prend fin alors qu’il le ramène chez lui. Au même moment, une série de meurtres macabres met la région sous tension. Alexia, hôtesse dans un salon auto, a tout d’une victime désignée“) et son acteur principal, le chouchou de Titi Frémaux, j’ai nommé Vincent Lindon, non plus. La réalisatrice de Grave a elle chopé le Covid en février 2020 avant d’être alitée six semaines et d’observer des rues absolument désertes depuis son balcon; de quoi peut-être donner à son film une teinte zombiesque. Alerte info people en exclusivité BFM/Chaos: vous y croiserez un certain Bertrand Bonello…

GRANDE-BRETAGNE

Last Night in Soho de Edgar Wright
Ça sent la séance tardive (de minuit?) à plein nez pour ce film initialement programmé au 28 avril, finalement repoussé à novembre. Sortez les boots du placard à balai et révisez bien votre Swinging London: Une jeune fille, passionnée par la mode, parvient mystérieusement à voyager dans les années 1960 où elle rencontre son idole, une éblouissante chanteuse en devenir. Mais le Londres des années 1960 n’est pas ce qu’il paraît, et le temps semble se désagréger avec d’obscures conséquences. Un joli petit cast où l’on croisera Anya Taylor-Joy, Matt Smith, Terence Stamp et la regrettée Diana Rigg, emblème de cette merveilleuse décade. Edgar Wright mélangera comme d’hab les genres, ira chercher du côté de l’horreur psychologique tendance Répulsion (1965) et Ne vous retournez pas (1973), et devrait à nouveau nous gratifier de son immense culture cinématographique, partageant avec les bibles Tarantino et Del Toro le goût des listes et des obscures recommandations confinées. On peut déjà booker une interview?

The Power of the Dog de Jane Campion
Ce retour au long pour la cinéaste palmée en 1993 coche absolument toutes les cases: histoire de deux frères (Benedict Cumberbatch, Jesse Plemons) propriétaires d’un grand ranch dans le Montana qui se mettent peu à peu sur la tronche, adaptation d’un bouquin de Thomas Savage paru en 1967, présence de l’habituée Kirsten Dunst au casting… Sauf que c’est Netflix qui a racheté les droits, malheureux! Vu le joyeux chaos dans lequel on vit depuis un an, on serait très étonnés que le fameux cordon sanitaire empêchant Reed Hastings et ses potes de concourir tienne le coup… Au grand dam des exploitants, qui avaient engueulé le père Frémaux après les sélections de Okja et The Meyerowitz Stories en 2017, et qui avaient, selon la presse spécialisée, failli obtenir sa peau!

HONGRIE

The Story of My Wife / L’histoire de ma femme d’Ildikó Enyedi
Non retenu par la Berlinale cette année – la réalisatrice y avait pourtant décroché la timbale avec son Corps et Âme en 2017 – ce film bouclé depuis un bon moment ne devrait pas se faire prier pour rejoindre la Croisette, où un très beau tapis rouge l’attend (Léa Seydoux, Gijs Naber, Louis Garrel, Josef Hader, Jasmine Trinca…). Sauf catastrophe industrielle, on voit mal le Frémaux se passer de cette co-prod d’envergure développée entre la France, l’Allemagne, la Hongrie et l’Italie, et qui fera office de parfaite prolongation à l’Euro 2021. Le pitch, succinct, si ça vous intéresse: Dans un bar, le Capitaine Jacob Storr fait le pari d’épouser la première femme qui passe la porte. Arrive alors Lizzy… À ne surtout pas confondre avec le Amoureux de ma femme (2018) de Daniel Auteuil donc.

ISRAEL

Le genou d’Ahed de Nadav Lapid
C’est l’éternelle rengaine depuis deux ans, mais notre petit doigt nous dit que cette fois, c’est la bonne. Le film, dont le tournage a commencé fin 2019, se fait une ultime beauté en post-prod. Si on a bien compris le pitch IMDB laconique, l’histoire se focalise sur un cinéaste qui se jette éperdument dans deux combats voués à l’échec: “l’un contre la mort de la liberté dans son pays, l’autre contre la mort de sa mère“. Le genou en question n’a pas grand-chose à voir avec la fable estivale de Rohmer (en tout cas, sur le papier) puisqu’il s’agit du membre anatomique de l’activiste palestinienne Ahed Tamimi, millennial intrépide et fougueuse qui avait giflé un soldat israélien en 2018, ce qui provoqua le regret d’un député de la Knesset (Bezalel Smotrich), qui eût souhaité qu’on lui tirasse une balle dans le genou… Vous le voyez, l’ambiance de ce quatrième long ne sera pas plus rose que pour le glaçant Synonymes, qui avait raté d’un poil de fesses un strapontin cannois en 2018, finalement abandonné suite à des retards dans le tournage. Notez que Saïd Ben Saïd a cédé sa place au tandem de productrices Judith Lou Lévy et Eve Robin des films du Bal, qui nous ont notamment gratifié des derniers Mati Diop et Beber Bonello. Comment ça, tous les voyants sont au vert?

Where is Anne Frank? d’Ari Folman
Dans les cartons depuis un moment, le nouveau Folman fait la navette entre Venise et Cannes: on gage que c’est ce dernier qui emportera la mise, ayant besoin d’animer sa case animation avec un film qui a tout à fait le standing pour figurer en compétition. Where is Anne Frank? fera forcément partie des livraisons les plus attendues de cette édition (remember Valse avec Bachir et le légèrement sous-estimé Le Congrès, passé lui par la Quinzaine). Pas la peine de vous narrer le pitch de celui-ci, si?

ITALIE

Très piani / Trois étages de Nanni Moretti
Ça paraît quasiment acté pour l’italien le plus assidu de ces dernières décades cannoises, qui a, disons le franchement, rarement déçu. Pour son 13ème long, Nanni s’attaque (c’est une première) à une adaptation du roman israélien d’Eshkol Nevo, qu’il transpose dans son Italie chérie. Le délicat transalpin semble ici lorgner en terres bruni-tedeschiennes: trois histoires de trois familles qui habitent dans trois appartements du même immeuble bourgeois… Il y sera question d’isolement, d’absence, de déambulations mélancoliques vers le passé, et de parents inquiets suspectant un abus sexuel du voisin sur leur fille (Haneke n’a qu’à bien se tenir…). Pour accompagner le Moretti au sein du casting, les trois seuls acteurs qui empilent encore des rôles dans ce qui reste du cinéma italien: Riccardo Scamarcio, Margherita Buy, et Alba Rohrwacher (ne manquent donc que Valerio Mastandrea et Jasmine Trinca pour une photo de famille complète). Privé cette année de ses poules aux œufs d’or Loach et Kore-eda, Jean Labadie a déjà choisi son costume pour la cérémonie de clôture, avec une onzième palme en ligne de mire…

Caravaggio’s Shadow de Michele Placido
Quatre ans de préparation pour un ambitieux projet du vétéran italien, visiblement fini de tourner en décembre: un film-enquête sur les dix dernières années de débauche du Caravaggio, featuring (attention tout le monde) Zaza Huppert, Louis Garrel, et Riccardo Scamarcio dans le rôle du Maestro della luce! Wild Bunch et Le Pacte gravitent autour de cet alléchant biopic qui sent le soufre. Attendez-vous à un nouveau débat (original) sur la distinction entre l’homme et l’artiste au sein de vos titres de presse fatigués…

JAPON

Drive my Car de Ryūsuke Hamaguchi
Yusuke est un acteur et metteur en scène de théâtre. Il est marié à Fukaku qui est dramaturge. Leur mariage est heureux, mais un jour, Fukaku disparaît et laisse derrière elle un secret… Gros buzz de ces 10 derniers jours, le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi (Passion, Senses, Asako I & II) est attendu au tournant, encore plus depuis son récent triomphe berlinois (Wheel of Fortune and Fantasy, ours d’Argent 2021). Selon nos sources incontestables (des contacts Facebook), le film, tiré de la nouvelle éponyme de Murakami, s’étend sur 2 heures 50 et il est très, très fortement pressenti pour descendre sur la Croisette. Avec le Get Back de Peter Jackson, un deuxième film en Officielle qui rendra hommage aux Beatles?

NORVEGE

La pire personne au monde de Joachim Trier
On peut presque vous l’assurer: il sera fin prêt, après deux phases de tournage bouclées en août puis en novembre. Le beau Joachim revient à ses premières amours avec ce film qui vient clore sa trilogie osloïte (après Reprise et Oslo, 31 août). L’accueil timoré de Louder Than Bombs, propulsé en compétition officielle en 2015, a peut-être donné des envies de retour aux fondamentaux au Président du Jury de la Semaine de la Critique 2018, alors constamment associé à Augustin Trapenard pour dérober des chouquettes aux buffets de ladite édition. The Worst Person In The World raconte l’histoire de Julie, une jeune femme de 30 ans qui, comme l’ensemble de la génération iPhone 3, cherche encore sa voie. Bien qu’heureuse avec Aksel, un dessinateur à succès qui vient d’entamer sa quarantaine (son âge hein, pas sa situation sanitaire…), elle ne veut pas de l’enfant que lui désire. Quand Julie se décide à la quitter, elle espère, une fois de plus, commencer une nouvelle vie… Le film devrait avoir une teinte comique et on peut déjà vous dire qu’on y croit énormément (son Thelma méritait mieux qu’une sortie sous le manteau). “Il m’aura fallu du temps pour m’attaquer à un thème aussi universel que l’amour sans risquer de tomber dans le cliché, mais je pense avoir trouvé l’approche narrative et la forme filmique nécessaires à cette entreprise.” We believe in your fresque des sentiments, Joachim!

PORTUGAL

Journal de Tûoa de Miguel Gomes et Maureen Fazendeiro
L’orchestre reprit mais cette fois sans voix. Les autres instruments se turent et il ne resta que le piano qui exécuta quelques minutes de variations acrobatiques sensationnelles. Même si on ne le voulait pas, on écoutait. Puis l’orchestre couvrit le piano et l’engloutit. Pendant ce numéro, les lampes et les réflecteurs, qui éclairaient les arbres, changèrent magiquement de couleur, et nous fûmes tout à tout verts, rouges, jaunes.” Un synopsis sibyllin (présenté comme «un journal de confinement atypique»), un film sur un couple de réalisateurs confinés, le grand retour du cinéaste portugais le plus dorloté par les festoches ces dernières années… Ajoutons les mines enthousiastes de nos coupains de Shellac et une sortie programmée courant juillet: tous les voyants sont au vert pour le Miguel, qui devrait juste avoir le temps de se remettre de la défaite des siens face aux Bleus en phase de poules de l’Euro…

RUSSIE

Petrov’s Flu de Kirill Serebrennikov
Avant de s’attaquer à la vie d’Andreï Tarkovski, le dissident au nom imprononçable avait booké un rendez-vous avec la Croisette en 2020, ce qui devrait lui assurer une place au chaud cette année. En dépit des apparences, Les Petrov ont la grippe n’est pas un film de Noah Baumbach, quoique: “Dans la Russie post-soviétique, une journée dans la vie d’un auteur de bandes dessinées et de sa famille. Souffrant d’une grippe intense, Petrov est entraîné par son ami Igor dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent.” Le Drunk de cette année 2021?

SUEDE

Triangle of Sadness de Ruben Östlund
La Palme la plus clivante de la décennie passée étant revenue à The Square en 2017 (plus chahutée encore qu’une consécration pour un Ken Loach), nombre d’entre vous seront dégoûtés en apprenant que le Ruben termine le montage de son prochain opus, là encore une satire ambiance Pinçon-Charlot: «un couple de mannequins ultra-riches fait une croisière en compagnie d’un capitaine de bord (Woody Harrelson) 100% marxiste…» (dixit nos copains des Inrocks). Sauf que le yacht fait naufrage, et que les rapports de force s’inversent… Premier long en langue anglaise pour le papa de Snow Therapy, dont le rond de serviette à Cannes a déjà fait un tour par la case pressing.

LAISSEZ-NOUS RÊVER
Sinon, outre ces films sus-mentionnés, on mise pêle-mêle chez les Français sur les présences de Paradis sale de Bertrand Mandico; Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux; Un autre monde de Stéphane Brizé; Le temps d’aimer de Katell Quillévéré; Les cinq diables de Léa Mysius; Supremes de Audrey Estrougo; Tralala de Arnaud et Jean-Marie Larrieu; Le sommet des dieux de Patrick Imbert; L’événement d’Audrey Diwan… Et ailleurs, dans le reste du monde: A Cover-Up de Dong Yue (Chine); Hatching de Hanna Bergholm (Finlande); Wicked Games de Ulrich Seidl (Autriche); Club Zero de Jessica Hausner (Autriche); Violence of action de Tarik Saleh (Suède); Zeros and Ones de Abel Ferrara (Etats-Unis); The Long Night de Ali Abassi (Iran); Impasse de Zhang Yimou (Chine); The Innocents de Eskil Vogt (Norvège); Nitram de Justin Kurzel (Australie); The Green Knight de David Lowery (USA); Sweat de Magnus Von Horn (Suède); El estado del imperio de Amat Escalante (Mexique); The Northman de Robert Eggers (USA); Baltazar de Jerzy Skolimowski (Pologne); Inexorable de Fabrice du Welz (Belgique)… Mais on se fait sans doute des films.

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