Retour sur les 56 films annoncés par Thierry Frémaux ce mercredi soir au micro d’un Laurent Weil chaque jour plus chevelu. Pas de compétition, de séances spéciales Netflix, ou de séances de minuit: l’étrange découpage s’opère cette année selon le rond de serviette (les fidèles) ou selon le genre (la comédie, l’animation, etc.).

Les fidèles (n’ayez pas le toupet de les appeler les “habitués”)

Les noms sont beaucoup moins ronflants qu’à l’accoutumée, et pour cause: Verhoeven, Carax, Dumont, Srebrennikov et Lapid attendront selon toute vraisemblance le convoi 2021 pour se dévoiler (ce sera long, mais cette décision ô combien prévisible semble justifiée au vu des attentes). Le gros poisson que tout le monde avait vu venir s’appelle Wes Anderson (The French Dispatch), et il est daté au 14 octobre prochain: voilà qui laisse à Dominique Besnehard et Marie-France Brière un peu de latitude pour organiser une avant-première angoumoisine avec la partie du cast français qui n’a pas encore booké ses vacances d’août.

Comme tout le monde, on l’attend avec une certaine impatience (on en parlait déjà bien pendant cette période pré-confinement où les sorties salle n’étaient pas franchement affriolantes). Tout comme cet Eté 85 de François Ozon dont le teaser est apparu hier, et qui devrait être l’attraction principale du calendrier de juillet. Avec trois nouvelles têtes que vous ne connaissez pas et dont vous devrez entendre parler: Félix Lefebvre, Benjamin Voisin et Philippine Velge, ce qui nous permet de vous dire que cette sélection sans tapis rouge semble, et c’est une heureuse nouvelle, délaisser quelque peu les films dont le seul argument est l’agrégat de célébrités à la pointe du bankable. Tant mieux!

On n’est pas spécialement enthousiasmés par le retour de Naomi Kawase Asa ga Kuru (True Mothers): son histoire de couple infertile menacé par un mystérieux coup de fil devrait susciter l’ennui poli qui nous a gagnés sur ses derniers films, qui eux ne duraient pas 2h20… Steve McQueen s’offre le luxe de placer deux films dans cette sélection virtuelle, avec pour mission de nous faire oublier le quelque peu surestimé 12 years a slave, tellement encensé à sa sortie qu’on ne l’a vu figurer dans aucun top de fin de décennie! Deux films historiques (Lovers Rock et Mangrove) centrés sur la communauté noire dans les 70’s et les 80’s et qui abordent de front les violences policières: McQueen a dédié cette double-sélection à la mémoire de George Floyd et à Black lives matter. Double-programme lui-même tiré d’un package de 5 films initialement pensés pour une série, et finalement transformés en longs-métrages par la BBC. Ce qui rend la chose fichtrement intrigante, et encore plus au vu de l’actu internationale.

Thomas Vinterberg is back avec un “drama about binge drinking” où trois professeurs s’enquilleront des bouteilles en espérant y trouver une source d’inspiration (Druk). Retour cannois aussi pour Maïwenn et son ADN, qui, tel que présenté par Frémaux, avait tout du film français vraiment trop sérieux: “L’histoire d’une jeune femme ayant des liens étroits avec un grand-père algérien qui l’a protégé d’une vie familiale toxique lorsqu’elle était enfant. Quand il meurt, il se retrouve confrontée à une profonde crise d’identité alors que les tensions entre les membres de sa famille réapparaissent.” Un cast curieux composé de Maïwenn herself, Fanny Ardant, Louis Garrel, Marine Vacth et le Dylan Robert de Shéhérazade pour assurer le quota chaos (Caucheteux est à la prod).

Un film francophone plus discret mais dont on a des supers échos: Des hommes de Lucas Belvaux, ou le portrait d’un ancien combattant de la guerre d’Algérie que le passé revient hanté 40 ans après. Depardieu, Frot et Darroussin pour composer un solide casting, le tout assaisonné par la lumière du chef-op des derniers Bruno Dumont: Guillaume Deffontaines. Retenez bien le nom des trois jeunes acteurs qui complètent la brochette (vous aurez lu ici que 2020 sera leur année): Yoann Zimmer, Félix Kysyl et Edouard Sulpice.

Mentionnons évidemment la délégation sud-coréenne avec Peninsula (Yeon Sang-ho), suite alléchante du Dernier train pour Busan dans lequel les survivants tentent de s’organiser pour se faire la malle. Un post-apo qui tranche avec le Im Sang-soo de cette année (Heaven : To The Land of Happiness), un cinéaste qui va donc regagner la salle de cinéma: un road-movie réunissant deux hommes qui se rencontrent par hasard et qui décident de tout foutre en l’air pour “aller chercher bonheur” à deux. Deux hommes, et pas des moindres: le seigneur de l’extrême, Choi Min-Sik (Old Boy, évidemment) et Park Hae-Il, aperçu dans les premiers Bong Joon-ho.

Peu d’infos dispos sur The Real Thing de Koji Fukada, l’histoire d’un brave type qui entretient deux relations avec des filles au taf, et qui voit sa vie basculer le jour où il sauve une femme mystérieuse du suicide (ça dure 3h48 mais on a évidemment envie de voir ça). L’aviné Jonathan Nossiter est lui de retour avec Last Words, fable dystopique se déroulant en 2085 et qui voit les 5 derniers êtres humains se retrouver à Athènes pour affronter dignement le péril écologique. Un film sur la fin du monde quoi, que Titi Frémaux a teasé en relevant son incroyable résonance avec les mois que nous venons de vivre (starking Charlotte Rampling, Nick Nolte et Stellan Skarsgård).

Autre alerte actu activée avec El olvido que seremos de Fernando Trueba, qui n’est autre qu’une évocation de la vie de Héctor Abad Gómez, éminent médecin et leader des droits de l’homme ayant fondé l’École nationale colombienne de santé publique (le Raoult Movie de l’année?). On devrait s’y laver les mains avec la même application que nous autres depuis qu’on a vu les spots préventifs sur Antenne 2…

Sharunas Bartas est bien là avec In the Dusk (Au crépuscule) : comme Une grande fille l’an passé, on s’y intéresse à l’immédiat après-guerre à l’Est. Nous sommes ici en Lituanie, vous l’aurez compris, une Lituanie occupée par l’Allemagne nazie et par l’Union soviétique, un combo qui ne laisse pas indemne…

Les autres (nouveaux venus, premiers films, petits comiques…)

Ça fait un moment qu’on entend parler de Passion simple (Danielle Arbid), transposition de l’anti-roman sentimental de Queen Annie Ernaux: une prod Les films Pelléas qui réunit Laetitia Dosch, Sergei Polunin et Grégoire Colin et qui a tout pour figurer dans le haut du panier du cinéma d’auteur français cette année. Télérama aime déjà A good man rien que pour son cast: Noémie Merlant, Soko et Vincent Dedienne. Le film de Marie-Castille Mention-Schaar s’annonce comme l’un des projets grand public de cette sélection, et on peut déjà vous dire qu’il s’agit d’une histoire de trans-identité (vous ne reconnaitrez pas la Merlant).

Les Films Velvet sont gâtés avec deux films sélectionnés. Teddy, second long-métrage de Zoran et Ludovic Boukherma après leur Willy 1er découvert à l’ACID en 2016, narre l’histoire d’un Anthony Bajon travaillant, par un soleil de plomb, dans un salon de massage. Il développe de curieuses pulsions animales après avoir été griffé par une mystérieuse bête… Une histoire de loup-garou, sortie par The Jokers, qui a tapé dans l’œil du Chaos. Rouge de Farid Bentoumi, l’homme qui avait signé Good Luck Algeria et son affiche douteuse (la sélection offre une place importante à des cinéastes qui n’avaient pas vraiment le profil cannois lors de leurs films précédents), est un film d’investigation à la Erin Brockovich: Zita Hanrot y campe une infirmière du travail fraichement embauchée dans l’usine chimique où travaille son père. Elle découvre les moults secrets bien cracra que cache ce fleuron de l’économie locale…

Beginning (Au commencement) de Dea Kulumbegashvili, jeune cinéaste de l’Est formée à New York, nous intrigue aussi : il y sera question de père mourant et de témoins de Jéhovah, si on se fie aux hasardeuses traductions Google Translate Géorgien-Français (Wild Bunch est derrière tout ça). Déjà pressenti l’an passé, un autre premier long de femme: Jessisa de Ninja Thyberg, sorte de Showgirls au pays du porno (Variety nous informe que l’aspirante actrice commence son ascension dans la catégorie “amateur teen”) avec une jeune Suédoise de 19 ans en lieu et place d’Elizabeth Berkley. Miam.

Les Frenchies seront vraiment bien représentés: Gagarine de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans qui apprend que sa cité va bientôt être détruite, et qui voit son imaginaire d’enfance balayé avec ladite démolition (comment prendre son envol quand on n’a plus de vaisseau spatial ?). Le duo de cinéastes jouit d’une super réputation depuis leur court Chien bleu, distingué un peu partout et auréolé d’une nomination aux derniers César. Petite alerte staff: Lyna Khoudri, Finnegan Oldfield et Denis Lavant complètent un casting avec des têtes moins connues.

On est obligé de vous parler de Vaurien, premier long de Peter Dourountzis qui voit un personnage nommé Djé monter sur Paris sans un sou, et gravir les échelons avec son seul charme (il saisit chaque opportunité pour travailler, aimer, dormir et… tuer). Pour épauler Pierre Deladonchamps, une certaine Ophélie Bau, revenue du porn-scandale du Grand Théâtre Lumière l’an passé, Sébastien Houbani, ainsi que l’inénarrable Inas Chanti (l’une des deux sœurettes d’À genoux les gars).

L’habitué de la Croisette Nicolas Maury est de nouveau sous le feu de la rampe avec un premier long (Garçon chiffon) qui revendique la triple influence d’Apatow, Hong Sang Soo et des premiers Moretti. Une comédie très dialoguée sur les tribulations professionnelles et sentimentales d’un comédien qui quitte Paris pour regagner son Limousin natal ! Le cast est sacrément bien garni (Nathalie Baye, Arnaud Valois, Laure Calamy, Jean-Marc Barr, et surtout la princesse Roxane Mesquida) mais on préfère insister sur le nom des deux scénaristes de talent, Sophie Fillières et Maud Ameline, ce qui laisse augurer du meilleur.

Casa de antiguidades (Memory House) du Brésilien Joao Paulo Miranda Maria pourrait bien avoir des relents fantastiques: un homme solitaire découvre dans une maison abandonnée des objets lui rappelant ses origines, maison qui prend plus en plus vie à mesure que notre hobo-man de l’arrière-pays brésilien s’y installe (une transformation animale est à attendre)…

LA LISTE COMPLETE

  • Les fidèles (au moins une fois en Sélection officielle)

The French Dispatch, de Wes Anderson

Eté 85, de François Ozon

Asa ga Kuru (True Mothers), de Naomi Kawase

Lovers Rock, de Steve McQueen

Mangrove, de Steve McQueen

Druk (Another Round), de Thomas Vinterberg

ADN (DNA), de Maïwenn

Last Words, de Jonathan Nossiter

Heaven : To The Land of Happiness, d’Im Sang-soo

El olvido que seremos, de Fernando Trueba

Peninsula, de Yeon Sang-ho

In the Dusk (Au crépuscule), de Sharunas Bartas

Des hommes, de Lucas Belvaux

The Real Thing, de Koji Fukada

  • Les nouveaux venus

Passion simple, de Danielle Arbid

A Good Man, de Marie-Castille Mention-Schaar

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret

Souad, d’Ayten Amin

Limbo, de Ben Sharrock

Rouge (Red Soil), de Farid Bentoumi

Sweat, de Magnus von Horn

Teddy, de Ludovic et Zoran Boukherma

February (Février), de Kamen Kalev

Ammonite, de Francis Lee

Un médecin de nuit, d’Elie Wajeman

Enfant terrible, d’Oskar Roehler

Nadia (Butterfly), de Pascal Plante

Here We Are, de Nir Bergman

  • Un film à sketches

Septet : The Story of Hongkong, d’Ann Hui, Johnnie To, Tsui Hark, Sammo Hung, Yuen Woo-Ping, Patrick Tam et Ringo Lam

  • Premiers films

Falling, de Viggo Mortensen

Pleasure, de Ninja Thyberg

Slalom, de Charlène Favier

Casa de antiguidades (Memory House), de Joao Paulo Miranda Maria

Broken Keys (Fausse note), de Jimmy Keyrouz

Ibrahim, de Samir Guesmi

Beginning (Au commencement), de Dea Kulumbegashvili

Gagarine, de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

16 printemps, de Suzanne Lindon

Vaurien, de Peter Dourountzis

Garçon chiffon, de Nicolas Maury

Si le vent tombe (Should The Wind Fall), de Nora Martirosyan

John and The Hole, de Pascual Sisto

Striding into The Wind (Courir au gré du vent), de Wei Shujun

The Death of Cinema and My Father Too (La Mort du cinéma et de mon père aussi), de Dani Rosenberg

  • Documentaires

En route pour le milliard (The Billion Road), de Dieudo Hamadi

The Truffle Hunters, de Michael Dweck et Gregory Kershaw

9 jours à Raqqa, de Xavier de Lauzanne

  • Comédies

Antoinette dans les Cévennes, de Caroline Vignal

Les Deux Alfred, de Bruno Podalydès

Un triomphe (The Big Hit), d’Emmanuel Courcol

L’Origine du monde, de Laurent Lafitte

Le Discours, de Laurent Tirard

  • Films d’animation

Aya to Majo (Earwig and The Witch), de Goro Miyazaki

Flee, de Jonas Poher Rasmussen

Josep, d’Aurel

Soul, de Pete Docter

1 COMMENTAIRE

  1. “on n’est pas enthousiasméS par le retour de Kawase…”. Qui est ce “on” définitivement on ne peut plus indistinct ? Perso j’en suis absolument ravi, ayant absolument apprécié ces dernières sorties.
    Merci pour le papier au demeurant !
    belle journée !
    m

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici