La RĂ©daction CHAOS raconte son Festival de Cannes. Jour 11: On a enfin vu le Tarantino (Once Upon A Time
 In Hollywood). On a aussi vu le Dolan (Matthias et Maxime). On a revu la Lina WertmĂŒller (Pasqualino Settebellezze).

[«FAUT QUE ÇA DÉCANTE!»] C’est un peu la rĂ©action unanime qui a saisi les festivaliers au sortir du Tarantino, projet le plus attendu de Cannes (on peut mĂȘme dire de l’annĂ©e!). Pour les plus rĂ©fractaires, l’addition a Ă©tĂ© salĂ©e: file d’attente de deux heures + recalage sans le moindre mĂ©nagement + film pĂ©nible. L’ami Quentin a un peu surpris son monde: on s’attendait Ă  un Pulp Fiction filmĂ© avec l’ironie et la focale d’un Robert Altman; on en ressort avec un film absolument Ă©trange, moins drĂŽle que ce que les rires forcĂ©s dans la salle laissent imaginer, un cocktail mĂ©lancolique qui confirme le virage sombre entrepris par son auteur. Frodon dit sur son blog que le film devrait durer une heure de moins ou de plus : il a peut-ĂȘtre raison. Mais on a quand mĂȘme du mal Ă  se dire que Quentin ait bĂąclĂ© un travail long de cinq ans juste pour faire plaisir Ă  la presse accrĂ©ditĂ©e. À nous donc de tisser des hypothĂšses sur ce film Ă  intrigue trĂšs lente, sur ce refus du climax ou du morceau de bravoure pourtant trĂšs tarantinien. Le jeu de piste truffĂ© de clins d’Ɠil est bien moins souriant ici: les Polanski, McQueen et Manson, peu montrĂ©s Ă  l’écran, tapissent un dĂ©cor inquiĂ©tant oĂč le mal cĂŽtoie le cool sans l’humeur goguenarde habituelle de l’ado freaky des vidĂ©o-clubs. Un peu comme si Quentin avait voulu tremper l’ambiance glauque de L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968) et de Maniac (William Lustig, 1980) dans la citĂ© des rĂȘves. MĂȘme les plans festifs respirent quelque chose de malsain, pas vraiment conformes aux images d’Épinal vendues par Life Ă  l’époque. Tarantino sait le lien affectif qui unit la cinĂ©phile d’aujourd’hui au Nouvel Hollywood – il en fut son meilleur promoteur – et rĂ©pĂšte sans cesse que 1970 fut l’annĂ©e la plus dĂ©terminante de l’histoire du cinĂ©ma. Pourquoi donc avoir choisi le tombeau solitaire et funĂšbre (Brad Pitt ouvrant des boĂźtes de bouffe pour son chat) plutĂŽt que les confettis multicolores?

Sans vouloir spoiler (vous avez vu la petite notule circuler sur Twitter), on peut vous dire que le film dĂ©joue absolument toutes les petites graines patiemment semĂ©es en route, qu’il entreprend de raconter la petite histoire (celle d’un acteur blessĂ© qui devra se contenter de tournages Ă  Rome) plutĂŽt qu’une photo de famille encravatĂ©e aux Oscars, et que mĂȘme sa rĂ©Ă©criture historique finale joue volontairement la carte d’une conclusion dĂ©ceptive, loin du folklorique fan service. En somme donc, une fresque pop et maniĂ©riste qui ouvre vers une dimension mĂ©lancolique et tragique qui dĂ©tonne chez Qweeenteeeen, assumant une narration anti-spectaculaire et se livrant Ă  cƓur ouvert sur la fin d’une Ă©poque et la fin d’un rĂȘve.

On l’avait presque oubliĂ© tant le line-up de l’Officielle est chargĂ©: Xavier Dolan est de retour Ă  Cannes aprĂšs son dĂ©tour pas vraiment heureux au TIFF (Ma vie avec John Donovan), encouragĂ© par son mentor Pygmalion FrĂ©maux. Le film, revenu Ă  une langue aussi hermĂ©tique qu’à ses dĂ©buts (merci les sous-titres français), promettait un retour aux sources bienvenu. On a plutĂŽt le sentiment d’avoir assistĂ© Ă  une petite caricature de l’Ɠuvre dolanienne, du cinĂ©ma cupcake prĂȘt Ă  sortir de la commode la VHS Disney et le ukulĂ©lĂ©, par moment inspirĂ©, mais qui ne peut tenir la distance que sur un format moyen-mĂ©trage. Si le dĂ©but s’annonçait prometteur, avec ces deux garçons copains d’enfance jetĂ©s dans le trouble amoureux aprĂšs un baiser survenu pour les besoins d’un court-mĂ©trage amateur, Matt & Max ne fera que rĂ©citer proprement le programme attendu, avec ses chamailleries autour d’une partie de Time’s Up, et ses visages mĂ©lancoliques filmĂ©s de profil sans trop qu’on comprenne d’oĂč vient le spleen affichĂ©. Serait-ce un pur Ă©lĂ©ment dĂ©coratif, ou une rĂ©fĂ©rence dĂ©jĂ  bien usitĂ©e au cinĂ©ma de Gus Van Sant? Abondance de piano n’aide pas: l’accompagnement sonore est lourdingue, plus signifiant encore qu’une boĂźte Ă  rire dans VidĂ©o Gag, et on se dit parfois que le Dolan gagnerait en Ă©motion ce qu’il perd en saupoudrage arty. Le film tire malgrĂ© tout sa force de son dĂ©but cacophonique, le Xav’ Ă©tant toujours aussi prĂ©cis dans l’écriture des dialogues balancĂ©s et en pleine face (une merveille que ce «EldomovĂ r») et du typage de ses personnages. On a pourtant bien peur que le projet n’emmĂšne avec lui que les aficionados de la premiĂšre heure, ceux qui accompagneront le trentenaire dans sa tombe. On n’est plus trĂšs sĂ»rs d’avoir envie de faire partie de ceu.elles-lĂ (x) Panel moyen chaud.

Finissons par un morceau de choix Ă  Cannes Classics. Chaudement recommandĂ© par son instigateur GĂ©rald Duchaussoy et film culte d’un certain Bertrand Mandico, Pasqualino Settebellezze (Pasqualino, 1975) Ă©tait projetĂ© en version restaurĂ©e, en prĂ©sence de sa rĂ©alisatrice italienne Lina WertmĂŒller, jusque lĂ  connue pour Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l’Ă©tĂ©, une comĂ©die satirique oĂč se cĂŽtoient guerre des sexes et lutte des classes et pour sa trilogie (Mimi mĂ©tallo blessĂ© dans son honneur, Film d’amour et d’anarchie et Chacun Ă  son poste et rien ne va). qui, sur ce coup, s’inscrit dans une veine rĂ©solument chaos. C’est le portrait du pleutre dans toute sa splendeur. SituĂ© Ă  l’époque de la Seconde Guerre mondiale, le film raconte la vie de ce petit mafieux dĂ©serteur de l’armĂ©e italienne que l’armĂ©e allemande capture et envoie dans un camp de concentration. L’homme multiplie alors les actes de lĂąchetĂ© dans le but de sauver sa peau. Lors de sa libĂ©ration, il est renvoyĂ© en Italie et retourne Ă  sa routine d’avant-guerre. Un personnage que la rĂ©alisatrice dĂ©crit comme «un petit tyran domestique se rĂ©vĂ©lant infĂąme couillon face Ă  plus fort que lui.» Ce qui est sĂ»r, c’est que s’il sortait aujourd’hui, le film ferait scandale. Ravi de revoir ça sur un grand Ă©cran en 2019. Mille mercis Cannes Classics.

PS. il faut sauver Valérie

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